Les gouvernements successifs n'ont jamais osé aborder ces questions de front. Parce qu'elles impliquent de délicats arbitrages politiques. Des documents comme celui de l'OCDE apportent une base de comparaison objective et permettent d'évaluer la performance de la Belgique sur une série d'indicateurs. Mais comme l'a très justement rappelé la Première ministre Sophie Wilmès en présentant ce rapport, le but n'est pas de se caler sur la moyenne de l'OCDE pour chaque indicateur mais de s'appuyer sur l'ensemble des données pour étayer ses choix politiques. Que l'on veuille supprimer les allocations de ...

Les gouvernements successifs n'ont jamais osé aborder ces questions de front. Parce qu'elles impliquent de délicats arbitrages politiques. Des documents comme celui de l'OCDE apportent une base de comparaison objective et permettent d'évaluer la performance de la Belgique sur une série d'indicateurs. Mais comme l'a très justement rappelé la Première ministre Sophie Wilmès en présentant ce rapport, le but n'est pas de se caler sur la moyenne de l'OCDE pour chaque indicateur mais de s'appuyer sur l'ensemble des données pour étayer ses choix politiques. Que l'on veuille supprimer les allocations de chômage au bout de deux ans, accélérer la décarbonisation de l'économie belge ou tendre vers un régime unique de retraite pour tous les Belges, on trouvera chaque fois les indicateurs internationaux pertinents pour avancer en ce sens. Mais l'addition des moyennes de l'OCDE ne fournira jamais un projet de société. Or, sans projet de société, sans vision d'avenir, personne n'est spontanément prêt à remiser ses habitudes, à ranger sa voiture de société, à voir son revenu cadastral réévalué ou à reconsidérer ses droits à la pension. C'est, en gros, l'écueil sur lequel bute le monde politique belge depuis le 26 mai : moins nous serons certains d'un avenir commun à terme, moins nous osons avoir de l'ambition et de l'enthousiasme pour cet avenir commun et moins nous serons prêts à accepter des compromis ponctuels sur telle ou telle mesure. Comme on trouve de tout dans les publications de l'OCDE, attardons-nous sur une autre de ses études publiées en janvier et qui traite du coût économique de la pollution de l'air. On y apprend que réduire de 25% les émissions de particules fines coûterait 1,2 milliard d'euros par an aux pays européens... avant d'en rapporter le double grâce aux effets tant sur l'innovation technologique que sur la santé des habitants, et donc sur leur productivité (moins d'absentéisme pour maladie notamment). Selon cette analyse de l'OCDE, les efforts pour améliorer la qualité de l'air ont contribué à 15% de la croissance économique en Europe entre 2000 et 2015. Voilà une donnée intéressante à prendre en compte au moment de repenser, par exemple, les aides à l'investissement des entreprises. Malheureusement, les dernières recommandations de l'OCDE n'indiquent pas vraiment que notre pays soit à la pointe en ce domaine. " L'effort d'innovation qui est consacré aux inventions liées à l'environnement en Belgique est moins dynamique que partout ailleurs dans la zone OCDE ", lit-on dans le rapport consacré à notre pays. Les budgets publics alloués à la recherche en matière de production d'énergie renouvelable et de stockage de l'électricité demeurent en outre " relativement modestes ". L'éclatement des compétences entre les niveaux de pouvoir n'aide évidemment pas à dégager des stratégies fortes dans ces matières vertes. Au risque, peut-être, de nous faire manquer un train économique porteur.