Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, comme à l'époque où la révolte avait fait échouer le plan Juppé portant sur une autre réforme des retraites. Comme à cette époque, et comme cela se fait en Belgique, les fers de lance de la protestation sont les agents des services publics de transport, qui craignent de perdre leurs privilèges de pensions élevées prises très tôt, en France parfois à 51 ou 56 ans. Pourtant, la réforme était modérée. Elle portait sur la suppression des régimes particuliers, maintenait l'âge plancher de la prise de pension à 62 ans et fixait un " âge d'équilibre " à 64 ans pour prendre une pension complète. C'est encore fort en dessous du régime applicable dans la quasi-totalité des pays de l'Union européenne, où l'âge de référence se rapproche de 67 ans minimum.
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Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, comme à l'époque où la révolte avait fait échouer le plan Juppé portant sur une autre réforme des retraites. Comme à cette époque, et comme cela se fait en Belgique, les fers de lance de la protestation sont les agents des services publics de transport, qui craignent de perdre leurs privilèges de pensions élevées prises très tôt, en France parfois à 51 ou 56 ans. Pourtant, la réforme était modérée. Elle portait sur la suppression des régimes particuliers, maintenait l'âge plancher de la prise de pension à 62 ans et fixait un " âge d'équilibre " à 64 ans pour prendre une pension complète. C'est encore fort en dessous du régime applicable dans la quasi-totalité des pays de l'Union européenne, où l'âge de référence se rapproche de 67 ans minimum. Les grévistes ne se rendent sans doute pas compte du fait que, si de telles réformes sont nécessaires, c'est en raison de deux mesures catastrophiques et démagogiques prises par des gouvernements socialistes. La pire est certainement l'abaissement, décidé par le président Mitterrand, de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans en 1981. D'un coup, et sans financement approprié, l'Etat s'est privé de cinq années de cotisations par personne (et le plus souvent des cotisations les plus élevées) et s'est engagé à payer des retraites pendant cinq ans de plus. Cela suffit amplement pour déséquilibrer à jamais le financement des retraites. La deuxième erreur fut l'abaissement de la durée du travail de 40 à 35 heures sous le gouvernement Jospin. Même si elle fut décidée en théorie avec maintien des revenus, et donc des cotisations, il est clair qu'une telle mesure accroît encore les coûts des employeurs et les pousse à restreindre leur personnel, et donc à accroître le chômage, ou au minimum à reporter les augmentations de salaires. Là encore, le financement des retraites en subit les conséquences. A cela s'ajoute un recours presque exclusif, en France, au système de répartition introduit de manière démagogique par le régime de Vichy. Nous ne devrions pas croire que la situation est tellement meilleure en Belgique. Certes, notre pays a évité l'abaissement de l'âge légal de la pension à 60 ans et la réduction du temps de travail hebdomadaire malgré les pressions des syndicats et de certains partis de gauche qui, encore aujourd'hui, réclament la semaine de 35 voire de 32 heures. Mais il a adopté le même système de répartition, impayable lorsque la démographie baisse. La situation réelle n'est donc pas toujours bien meilleure que celle qui prévaut en France. L'âge légal de la pension est de 65 ans mais, dans les faits, la moyenne de la population la prend avant ses 62 ans, et la durée de travail n'est plus de 40 heures (à comparer avec les 44 heures en vigueur en Suisse...) mais de 38 heures, sans compter que certaines conventions collectives l'abaissent à 37 ou 36 heures. Le gouvernement Michel, au prix de grèves et de manifestations, a certes entrepris une réforme portant l'âge de la retraite, à terme, à 67 ans, mais l'entrée en vigueur de cette réforme est exagérément progressive et on a toléré de trop nombreuses exceptions à ce principe, notamment parce que presque toutes les professions ont tenté de faire valoir leur " pénibilité ". Or, on se trouve dans un domaine où toutes les décisions ont des conséquences pour des dizaines d'années parce qu'il est pratiquement impossible de revenir sur les " droits acquis " et que la démographie elle-même n'évolue que très lentement. Si, à terme, en Belgique comme en France, les pensions actuelles sont impayables, c'est en raison de fautes majeures commises pendant des décennies par les gouvernements successifs. Il est vrai qu'il s'agit d'un domaine où la démagogie est pratiquement toujours payante. Non seulement les électeurs aiment beaucoup qu'on leur promette de nouveaux avantages tout de suite, mais les conséquences quant au financement du système ne commencent à se remarquer que de nombreuses années plus tard, lorsque les dirigeants qui ont pris les décisions malencontreuses ne sont plus au pouvoir. Leur horizon se limite toujours à quelques années alors que la question des pensions porte sur le long terme, ignoré tant par les élus que par les électeurs. On se souvient de l'échec de Guy Verhofstadt qui, à l'époque où il défendait des idées libérales, n'a pu convaincre d'opter progressivement pour un régime individuel de capitalisation plutôt que pour le maintien, illusoire dans le long terme, de la méthode collectiviste de la répartition.