Il y a moins de travailleurs wallons et bruxellois actifs en Flandre que par le passé

Jan Denys © belga
Alain Mouton Journaliste chez Trends  

Même si l’on parle d’une plus grande mobilité interrégionale du travail, le nombre de Wallons actifs en Flandre a diminué ces dernières années. En 2005, 2,9% des travailleurs du nord du pays provenaient de Wallonie. Une étude de Randstad révèle que cette part a entre-temps reculé à 2,3%.

Depuis des années, les trois régions du pays affichent des différences en termes de taux de chômage. En Flandre, il s’élevait à 4,1% en 2007 et à 4,2% en 2017. Il reste beaucoup plus élevé dans le sud du pays malgré une baisse de 10,2% en 2007 à 9,6% en 2017. Même scénario à Bruxelles où il est passé sur la même période de 16,7% à 14,9%.

Ces disparités sur le marché du travail ont incité les responsables politiques à prendre des mesures ces dernières années pour favoriser la mise à l’emploi d’un plus grand nombre de Bruxellois et de Wallons en Flandre. Le VDAB diffuse systématiquement ses offres d’emploi dans les autres régions. De leur côté, le Forem en Wallonie et Actiris à Bruxelles fournissent davantage d’efforts au fil des années pour les pourvoir.

“Même si la presse relate régulièrement le succès de cette politique, il faut toutefois le relativiser au vu des chiffres actuels”, affirme Jan Denys, expert du marché du travail chez Randstad, dans l’étude qui vient de paraître. “En 2006, la Flandre comptait 1,9% de travailleurs originaires de Bruxelles et 2,9% de Wallonie, contre respectivement 1,9% et 2,3% selon les derniers chiffres disponibles qui remontent à 2015. Le flux relatif en provenance des autres régions a donc diminué.”

En comparaison avec 2006, la Flandre emploie désormais un plus grand nombre de travailleurs étrangers (de 1,3% à 1,9% en 2015). Ceux-ci trouvent plus facilement le chemin de la Flandre que les Bruxellois et les Wallons. La Flandre n’est pas la seule à enregistrer un recul du flux de travailleurs émanant des autres régions. La Région de Bruxelles-Capitale et la Région wallonne en font aussi le constat. Elles sont exposées au phénomène de la mobilité pendulaire. “Il faut aussi envisager la possibilité que des Bruxellois et des Wallons s’installent en Flandre”, avertit Jan Denys.

L’écart reste grand

Sur la base des chiffres de l’étude, l’expert du marché du travail ne peut que conclure que l’écart sur le marché du travail entre la Flandre et les deux autres régions du pays reste grand et ne tend certainement pas à se rétrécir. En Flandre, le taux d’emploi a augmenté de 1,4 point de pourcentage entre 2007 et 2017. Bruxelles a affiché une hausse du même ordre (de 54,8% à 56,2%), tandis que la Wallonie n’a progressé que de 0,7 point de pourcentage.

“En Belgique, la frontière linguistique est aussi une frontière économique historiquement, ce qui a entraîne un marché du travail incontestablement moins performant. Ce constat est le plus visible dans le sud des provinces de Flandre orientale et de Flandre occidentale situées en bordure du Hainaut ainsi que dans la province du Brabant flamand qui entoure Bruxelles”, note Jan Denys.

En Flandre orientale et en Flandre occidentale, le taux de chômage oscille autour des 3,2%, tandis qu’il culmine à 11,2% dans le Hainaut. En Brabant flamand, il s’élève à 4,7% contre 15% environ à Bruxelles.

International

Dans les comparaisons internationales, les disparités régionales ont un impact négatif sur les chiffres de la Belgique en termes de nombre de travailleurs, compte tenu du taux de chômage plus élevé en Wallonie et à Bruxelles. Le nombre de personnes exerçant un travail rémunéré en Belgique est nettement inférieur à celui d’autres pays européens. En 2007, 62 personnes sur 100 en âge de travailler (15 à 65 ans) avaient un emploi contre près de 67 dans l’Europe des 15. Dix ans plus tard, ils sont 63,1 en Belgique et environ 68 dans l’Europe des 15. Aussi bien la Belgique que l’Europe des 15 enregistrent une faible augmentation de l’ordre d’un point de pourcentage. Jan Denys : “C’est une hausse très modérée, qui découle en partie de la grande crise économique de 2008. Celle-ci a entraîné presque partout un recul du taux d’emploi. Tant l’Europe des 15 que la Belgique ont dû attendre 2016 pour voir une amélioration du taux de 2007. Les chiffres bruts révèlent que la Belgique n’a pas rattrapé son retard sur l’Europe des 15 au cours de la dernière décennie. Celui-ci s’est même creusé si l’on compare avec l’Europe des 28 où le taux d’emploi a progressé de 2,3 points de pourcentage pour passer de 65,3% à 67,6%. En Belgique, il n’a augmenté que de 1,1%.”

Dans le classement en fonction du taux d’emploi, la Belgique a même chuté de la 20e à la 24e place ces dix dernières années. Les seuls pays à faire moins bien en 2017 sont la Grèce, l’Espagne, l’Italie et la Croatie. “Cela n’a rien d’un constat inspirant”, conclut Jan Denys.

Traduction : virginie·dupont·sprl

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