La planète financière s'était donné rendez-vous ces jours-ci à Washington pour le traditionnel pow-wow d'automne du Fonds monétaire international sur les berges du Potomac. Des discussions animées par trois rapports éclairants que le FMI avait publiés pour l'occasion.
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La planète financière s'était donné rendez-vous ces jours-ci à Washington pour le traditionnel pow-wow d'automne du Fonds monétaire international sur les berges du Potomac. Des discussions animées par trois rapports éclairants que le FMI avait publiés pour l'occasion. Le premier, sur les perspectives de l'économie mondiale, montre que la croissance a encore et toujours des ratés. Le deuxième, sur la stabilité financière, souligne qu'en fait, c'est plutôt l'instabilité qui gagne du terrain, en raison notamment de la fragilité persistante des banques européennes et des taux négatifs, un outil qui semble avoir atteint ses limites. Mais c'est le troisième rapport qui a fait le plus de bruit : le FMI a pour la première fois calculé avec précision l'ensemble des dettes contractées par le public et le privé non seulement dans les vieux pays développés mais aussi dans les pays émergents. Et l'ardoise est salée : le monde a 152.000 milliards de dettes, soit plus de deux fois le PIB mondial... Cette dette grandit plus vite que la croissance : elle représentait en 2002 200 % du PIB mondial. Elle pèse aujourd'hui 225 %. La crise financière de 2008 n'a certes rien arrangé, mais le mal date d'avant et n'est pas du fait des Etats. C'est avant la crise que les acteurs privés, qui représentent les deux tiers de l'ardoise, ont gonflé leur endettement, surtout dans nos vieux pays industrialisés et en Chine. Réunissez 10 économistes autour d'une table et demandez-leur de fixer le niveau optimal d'endettement d'une économie, vous aurez 10 réponses différentes. Cependant, ils vous diront tous que ces 152.000 milliards constituent un niveau intenable et dangereux. Personne ne peut assurer que ces sommes seront remboursées. Et l'on sait qu'un endettement privé excessif ralentit la reprise, et apporte l'instabilité financière. Rappelons-nous en effet les années 2002-2006 et la montée des crédits immobiliers des ménages américains... Nous voilà donc pris au piège : plus la dette augmente, plus la croissance ralentit. Et plus la croissance ralentit, plus la dette augmente... Il n'existe malheureusement pas d'antidote anti-dette. Mais il y a des pistes. Citons-en trois. La première, évoquée par le FMI, est d'encourager les pays non endettés (il y en a ! ) à débloquer l'investissement public, afin d'aider à relancer la croissance. On songe à l'Allemagne. La deuxième est d'inciter les entreprises à investir ou à dégonfler leur bilan. Bien des entreprises conservent en effet un imposant trésor de guerre qu'elles ne veulent ou ne peuvent investir, et contribuent donc à cet excès d'épargne qui est la base du mal. Et la troisième est de permettre au monde un peu d'inflation. Par le passé, nous avons régulièrement connu des bouffées de hausses des prix qui " nettoyaient le système ", rappelle le journaliste François Lenglet dans son dernier ouvrage (Tant pis ! Nos enfants paieront, Albin Michel). Elles permettaient d'alléger le fardeau des endettés, et donc de doper la croissance et d'affronter les crises futures dans une meilleure posture. Elles dégonflaient aussi l'excès d'épargne puisque les épargnants voyaient leur cagnotte quelque peu démonétisée. Une telle purge remettait les compteurs à zéro. Mais depuis des décennies, en Allemagne comme ailleurs, l'inflation est devenue un gros mot et non un outil économique. Et le monde a de plus en plus de mal à supporter cette dette de 152.000 milliards. Certes, pour beaucoup, il s'agit d'un chiffre abstrait, collationné par des économistes qui s'ennuient et sans grande conséquence dans notre vie quotidienne. La réponse se trouve cependant dans notre dossier sur les "assassins de l'emploi bancaire". Cette dette et l'excès d'épargne qui est son pendant (il faut bien en effet un excès d'épargne d'un côté pour financer un excès de dette de l'autre) sont les responsables directs des bouleversements que subissent chez nous des milliers d'employés, dans les banques et ailleurs. Remettre les finances mondiales sur les rails est donc une tâche urgente et nécessaire. Et cela commence par le fait de régler ce problème de surendettement planétaire.