Les acteurs sur les marchés s'attendent de façon quasi-unanime à ce que la Fed abaisse d'un quart de point de pourcentage (0,25%) son taux au jour le jour qui tombera désormais entre 1,50% et 1,75%.

Ce sera la troisième baisse de taux en trois mois présentée comme une "assurance" contre les incertitudes liées au commerce et au ralentissement de la croissance mondiale.

Mais Donald Trump, qui a définitivement rompu avec la tradition de respect de distance et d'indépendance vis-à-vis de la puissante Banque centrale, bouscule souvent la Fed par des tweets rageurs.

La Fed "manque à ses devoirs si elle ne baisse pas les taux et même, idéalement, si elle ne stimule pas" l'économie, a reproché à la fin de la semaine dernière le bouillant président.

M. Trump a pris la Fed et son dirigeant, Jerome Powell --qu'il a pourtant lui-même nommé--, pour ses boucs émissaires favoris sur le front de l'économie, alors que la croissance ralentit et qu'il entre en campagne pour sa réélection.

"Nous avons un potentiel illimité, seulement bridé par la Fed", a encore lancé l'hôte de la Maison Blanche sur Twitter mardi.

Mécontent d'un dollar fort qui handicape les exportations américaines en pleine guerre commerciale avec la Chine et qui renchérit le coût de la dette, M. Trump plaide en effet pour des taux à zéro comme en Europe.

Mais si la Fed a donné un coup de pouce à la poursuite de l'expansion en baissant les taux par deux fois depuis juillet, elle n'est pas disposée à faire descendre le coût du crédit jusqu'à zéro alors que la croissance américaine est encore soutenue.

- Une réunion après l'autre -

Une troisième baisse des taux d'un quart de point paraît néanmoins acquise mercredi, selon l'évolution des prix des produits à terme. Pour la suite, c'est plus obscur.

"Ils savent que tout le monde va se demander s'ils vont envoyer le signal que ces baisses sont terminées pour l'instant ou bien qu'ils agiront par la suite au coup par coup, une réunion monétaire après l'autre", se demande David Wessel, un expert qui suit la politique monétaire à la Brookings Institution.

Jerome Powell avait qualifié ces abaissements de taux d'"ajustement de milieu de cycle", faisant référence aux trois baisses intervenues en 1995 puis en 1998 qui avaient permis de soutenir l'expansion. Cette fois-ci aussi, cette succession de baisses pourrait s'arrêter à trois.

Car la Fed veut être prudente et ne pas trop user de l'arme monétaire lorsque l'économie n'en a pas encore vraiment besoin.

L'expansion des Etats-Unis va encore avancer deux fois plus vite que celle de la zone euro pour l'ensemble de 2019, selon les projections du FMI, à 2,4% contre 1,2%.

Mais sur le trimestre, la croissance de la première économie mondiale devrait accuser le pas, plombée notamment par l'impact, sur le secteur manufacturier, du bras de fer commercial avec Pékin.

Le gouvernement publiera mercredi, avant l'annonce de la décision de la Banque centrale, la première estimation du Produit Intérieur Brut (PIB) du pays pour le 3e trimestre.

Les prévisionnistes s'attendent à 1,5% en rythme annuel après 2% le trimestre d'avant.

Le patron de la Fed doit aussi composer avec un Comité monétaire (FOMC) divisé depuis le début face à cette série de baisses de taux. Certains membres craignent en effet qu'une politique trop accommodante n'encourage la course au rendement sur les marchés et ne présente des risques pour la stabilité financière.

En début de semaine, dopé par les attentes sur la Fed et les résultats d'entreprises, l'indice S&P 500 à Wall Street, considéré par les investisseurs comme le plus représentatif, a atteint un niveau inédit.

Trois membres du FOMC avaient voté contre la décision de baisser les taux à la mi-septembre, deux parce qu'ils la jugeaient inutile, un parce qu'il aurait voulu une baisse plus importante.