C'est, dans certains domaines précis, la poursuite de l'éternelle discussion entre les confédéralistes, les fédéralistes, les régionalistes et les quelques unitaristes qui subsistent. En période de pandémie, c'est évidemment l'exemple de la Santé publique qui est le plus souvent cité. On a particulièrement mis en exergue la présence de neuf ministres différents compétents pour des matières liées, d'une manière ou d'une autre, à la Santé publique. L'argument a été utilisé sans répit pour invoquer une prétendue nécessité d'unifier les questions de santé au niveau fédéral.
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C'est, dans certains domaines précis, la poursuite de l'éternelle discussion entre les confédéralistes, les fédéralistes, les régionalistes et les quelques unitaristes qui subsistent. En période de pandémie, c'est évidemment l'exemple de la Santé publique qui est le plus souvent cité. On a particulièrement mis en exergue la présence de neuf ministres différents compétents pour des matières liées, d'une manière ou d'une autre, à la Santé publique. L'argument a été utilisé sans répit pour invoquer une prétendue nécessité d'unifier les questions de santé au niveau fédéral. La réalité est plus complexe. Beaucoup des compétences régionalisées n'avaient que peu de rapport avec la pandémie, et il est certainement abusif de soutenir que l'échec patent de la politique de santé suivie en matière de Covid-19 par la Belgique est lié à la répartition des compétences locales. L'exemple de la Suisse, présentée souvent comme un modèle dans la gestion de la crise sanitaire, montre qu'en ayant 26 services cantonaux compétents en matière de santé, et une direction temporaire au niveau confédéral des seules opérations liées au Covid-19, un système peut être très efficace. Ce n'est donc pas le nombre d'intervenants qui est en cause, mais la qualité de leurs décisions. Et là, il faut bien reconnaître que malgré la multiplicité des compétences, c'est la ministre fédérale de la Santé qui est apparue en permanence en première ligne, avec un autre ministre, non compétent en matière de santé mais en Commandes publiques, également au niveau fédéral. Et leurs décisions ont été une accumulation de maladresses : impréparation de la crise, absence et confiscation inutile des stocks de gel hydroalcoolique, affirmation de l'inutilité des masques, incapacité de s'en procurer, volonté absurde d'en fournir à toute la population - qui en a trouvé beaucoup plus aisément que le gouvernement - alors qu'il aurait peut-être suffi que l'Etat en fournisse aux plus nécessiteux, dictature tatillonne envers les hôpitaux et les professionnels de santé, mépris injustifié envers ceux qui étaient en première ligne. Enfin, et surtout, gestion de la crise autoritaire " à la chinoise " avec des résultats parmi les plus catastrophiques au monde. Cette liste d'erreurs monumentales n'a rien à voir avec la régionalisation et résulte simplement de décisions malencontreuses prises au niveau fédéral. On peut d'ailleurs se demander si les ministres en charge ont réellement été capables de " décider " quoi que ce soit, tant ils ont été à la remorque de leurs experts, sans doute par peur d'assumer des responsabilités. On a en effet vu des experts omniprésents, jouant parfois un jeu proche de la politique, alors qu'ils n'ont pas été élus pour cela. Lorsque les politiques se déchargent de leurs responsabilités sur des experts et avalisent les ukases malencontreux des fonctionnaires de Sciensano, ce n'est jamais une bonne chose. Certes, ceux-ci sont plus compétents dans leur domaine, mais ils ont une fâcheuse tendance, logique, à ne voir que celui-ci. L'un d'entre eux a ainsi reconnu que si cela n'avait dépendu que d'eux, le confinement aurait été imposé de manière absolue à toute la population pendant au moins un an, et ce en courant le risque de causer des milliers de décès pour d'autres causes par manque de soins, et la certitude de ruiner tout le monde. Quant à la question de savoir qui doit décider quoi, il faut en revenir, comme toujours, au " principe de subsidiarité " : dans le doute, c'est le pouvoir le plus proche du citoyen qui doit primer, et cela ne joue pas en faveur d'une refédéralisation. D'ailleurs, le principe de subsidiarité doit être appliqué jusqu'au bout. Et il implique que, partout où c'est possible, la décision doit revenir au citoyen lui-même, qu'il faut cesser d'accabler de contraintes, de règlements et de sanctions. La vraie question n'est donc pas de dire à quel niveau de pouvoir une décision doit être prise, mais avant tout de rechercher s'il faut vraiment un pouvoir pour la prendre, et s'il n'est pas préférable de reprivatiser des domaines entiers de la santé, où les bureaucrates n'ont pas leur place. Il s'agit de rendre les individus et les médecins maîtres de leur choix, de leur santé, ne pas en faire des mendiants de masques et plus généralement de soins, et de laisser aux différents pouvoirs, sans distinction de niveau, le rôle subsidiaire qu'ils n'auraient jamais dû quitter.