La BCE poursuivra une politique monétaire accommodante tant que cela sera nécessaire. Elle sera attentive aux " effets secondaires " de cette politique et donc, aux taux négatifs. Et la BCE plaide pour que les Etats réalisent davantage d'investissements productifs.

On pourrait s'amuser, comme le fait l'excellent Carsten Brzeski, économiste en chef d'ING Allemagne, de la confusion des genres. " Le discours de Madame Lagarde, dit-il, a beaucoup plus porté sur l'état général de l'Europe et de la zone euro que sur la politique monétaire, suivant la tradition récente selon laquelle les banques centrales préfèrent parler de politiques structurelles et budgétaires plutôt que de politique monétaire. Les politiciens préfèrent parler de politique monétaire plutôt que de politique budgétaire. " Chacun, finalement, se refile la patate chaude. Pour les Etats, c'est à la BCE de soutenir l'activité. Pour la BCE, c'est aux Etats de doper la croissance.

Le fait de dépenser beaucoup n'est pas répréhensible en soi. Tout dépend du service que l'on a en retour. Mais les deniers publics sont-ils tous bien employés ?

Alors, qui doit faire l'effort ? On voit mal comment la BCE pourrait faire davantage : elle a poussé les taux aux plus bas et achète déjà des tombereaux d'obligations publiques. Ce serait donc aux pouvoirs publics à aller au charbon. Mais ces derniers hurlent que l'Europe ne leur laisse plus de marge. La Commission vient de crosser plusieurs nations, parmi lesquelles la Belgique, pour ne pas avoir tenu avec assez de fermeté les cordons de la bourse. Le budget belge, à politique inchangée (mais on ne voit pas, dans l'immédiat, comment quitter les douzièmes provisoires), devrait accuser un déficit budgétaire de 4,3% l'an prochain ! Comment, dans ces conditions, accélérer encore l'investissement public ?

Lorsque nous l'avions rencontré le mois dernier, celui qui était encore commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, nous avait dit : " La bonne question est de se demander comment nous pouvons avoir à la fois des finances publiques bien gérées et dégager des moyens pour investir. Est-ce que cela concerne les règles budgétaires européennes ou la bonne gestion des finances publiques ? " Bonne question, en effet : en Belgique, les dépenses de nos administrations publiques représentent plus de 52% du PIB, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro qui est de 47%. Certes, le fait de dépenser beaucoup n'est pas répréhensible en soi. Tout dépend du service que l'on a en retour. Mais les deniers publics sont-ils tous bien employés ?

Nos dépenses d'enseignement pèsent 6,3% du PIB (moyenne européenne : 4,6%). Or, il n'échappe à personne que nous sommes, et plus spécialement en Wallonie et à Bruxelles, bien mal classés dans les enquêtes Pisa. La Finlande, qui dépense pour son enseignement 0,5 point de PIB en moins que nous, se classe dans le top 3 des pays de l'OCDE.

Dans les soins de santé, nous dépensons 7,7% du PIB, contre 7,1 % en moyenne dans la zone euro. Pourtant, dans nos hôpitaux, il n'y a qu'un infirmier pour 10,7 patients, alors que la moyenne européenne est de 1 pour 9. En revanche, comme le pointe le Centre fédéral d'expertise des soins de santé, il y a encore chez nous, par rapport à nos voisins, trop de traitements inadaptés, trop de malades sous antidépresseurs de courte durée, trop d'actes coûteux d'imagerie médicale, trop de dépenses en dépistage inutiles (notamment du cancer du sein sur des femmes de moins de 50 ans)...

Et puis, il y a notre lasagne institutionnelle : il existe, souligne la Cour des comptes, de belles poches d'inefficience qui résultent de l'absence de concertation et de flexibilité entre les diverses entités fédérées.

Lorsque l'on parle donc de soutenir les investissements publics productifs, il n'est pas nécessaire de plomber davantage les budgets. On peut commencer par améliorer la manière dont l'argent public est employé. Et ce ne sont pas les contribuables des communes actionnaires d'Enodia/ Nethys qui nous démentiront.