Quelques beaux discours sur la nécessité de développer un monde commun, de réduire les inégalités, de soutenir la croissance. C'était d'ailleurs le thème cette année (Creating a Shared Future in a Fractured World, créer un avenir commun dans un monde fracturé). Mais surtout, et cela n'était pas au programme, une déclaration de guerre commerciale des Etats-Unis au reste du monde.

Guerre des monnaies contre l'Europe d'abord, avec des propos du secrétaire d'Etat américain au Trésor, Steven Mnuchin, qui ont accentué encore un peu plus la chute du dollar, afin de donner de l'air aux exportations américaines. Guerre commerciale ensuite, avec Wilbur Ross, secrétaire d'Etat américain au Commerce, qui a affirmé que les Etats-Unis ne désiraient pas être "la bonne poire" (le terme utilisé en anglais était un peu plus cru) du commerce mondial. Cela en référence à la toute récente décision prise par les Etats-Unis de relever les tarifs douaniers sur les importations de machines à laver et de panneaux solaires. Une décision qui vise directement l'industrie chinoise, grande exportatrice de ces deux produits. "Il y a toujours eu des guerres commerciales, s'est défendu Wilbur Ross. La différence, aujourd'hui, est que les troupes américaines sont montées au créneau."

En une décennie, les risques économiques et géopolitiques ont cédé la place aux risques technologiques et environnementaux.

Nous sommes désormais très loin du "doux commerce" de Montesquieu. D'ailleurs, aujourd'hui, bien peu croient encore à sa réalité. Pourtant, c'est bien lui qui a permis de rassembler, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les peuples européens qui s'étaient déchirés avec une férocité inédite pendant un demi-siècle. Et comme le faisait remarquer Jack Ma, l'emblématique patron d'Alibaba, lui aussi à Davos: "Sanctionner commercialement un pays, c'est comme bombarder sa population. Si le commerce s'arrête, la guerre commence". Ce n'est donc vraiment pas le moment de réveiller les conflits commerciaux, alors que certains risques mondiaux se font de plus en plus pressants et nécessiteraient au contraire une réponse internationale coordonnée.

Chaque année, les responsables du Forum économique mondial de Davos interrogent en effet un millier d'experts, de chefs d'entreprises et de chercheurs pour leur demander quels sont les risques qui pourraient survenir avec le plus de probabilité au cours de l'année qui vient. Dans ce concours de cauchemars, on voit aujourd'hui apparaître aux premières places "les événements climatiques extrêmes" et les désastres naturels et, juste derrière, le risque de "cyberattaque". En 2008, soit au moment du déclenchement de la crise des subprimes, les trois premiers risques potentiels étaient: "l'effondrement du prix des actifs" (autrement dit, un krach immobilier ou financier), "l'instabilité au Moyen-Orient" (autrement dit, le terrorisme islamique) et "la déconfiture de l'un ou l'autre Etat" (autrement dit, l'éclatement de la zone euro).

En une décennie, donc, les risques économiques et géopolitiques ont cédé la place aux risques technologiques et environnementaux. Risques dont l'intensité, ajoutent les experts interrogés, a grandi. La réparation d'un système financier ou la remise en ordre des comptes d'un Etat ne demande pas nécessairement une coopération nationale approfondie. Il en est autrement s'il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'origine de changements climatiques majeurs ou faire disparaître les déchets plastiques non biodégradables qui aujourd'hui étouffent les océans.

Comment coordonner les forces mondiales si les divers protagonistes se livrent une guerre commerciale sans merci? Non, vraiment, Messieurs Ross, Mnuchin et Trump, sonner la charge de la bataille commerciale n'est vraiment pas une bonne idée.