"Je vous emmène ici pour vous montrer comment on peut réussir des choses exceptionnelles en Wallonie. Nous avons un entrepreneur qui a étudié ici, qui a travaillé chez nous dans un secteur de pointe, la pharmacie, avant de lancer son entreprise d'ingénierie. " Pierre-Yves Dermagne est impressionné par la réussite de Becarv. Cette société n'a pas 10 ans et elle réalise un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros, fournit des équipements aux plus grands de l'industrie pharmaceutique et vient de mettre un premier pied à l'étranger, en l'occurrence en Suisse.
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"Je vous emmène ici pour vous montrer comment on peut réussir des choses exceptionnelles en Wallonie. Nous avons un entrepreneur qui a étudié ici, qui a travaillé chez nous dans un secteur de pointe, la pharmacie, avant de lancer son entreprise d'ingénierie. " Pierre-Yves Dermagne est impressionné par la réussite de Becarv. Cette société n'a pas 10 ans et elle réalise un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros, fournit des équipements aux plus grands de l'industrie pharmaceutique et vient de mettre un premier pied à l'étranger, en l'occurrence en Suisse. Et, une fois n'est pas coutume, c'est un chef d'entreprise qui n'a pas de cahier de doléances à transmettre au monde politique. Au contraire, Michael Jeanty salue l'appui public dont il a bénéficié pour lancer sa société, il félicite le Forem pour son aide dans le recrutement et la formation de techniciens qualifiés et il ne se plaint même pas du coût de la main-d'oeuvre. " Il faut travailler sur des systèmes et des produits qui vont justifier les niveaux salariaux et sous-traiter le reste, dit-il. Je collabore, par exemple, avec un tôlier qui travaille l'acier et l'inox. Il a développé un atelier si performant, grâce à l'automatisation, qu'il est moins cher que ses concurrents de Slovénie ou de Pologne. Nous devons absolument garder cette création de valeur chez nous, cette économie qui fabrique des choses et qui a du poids. " " Vous voyez, j'ai bien fait de vous emmener ici, sourit Pierre-Yves Dermagne. On ne donne pas assez la parole aux gens réellement de terrain. " Cette politique industrielle, la Wallonie tente de la mettre en oeuvre depuis plus d'une décennie à travers le Plan Marshall. Avec des résultats positifs mais insuffisants. " Il faut d'abord stabiliser les dispositifs de financement des pôles de compétitivité et des projets de recherche, précise le candidat socialiste. Il faut fixer des objectifs clairs et évaluer de manière indépendante les actions. Sur cette base et en intensifiant les interactions avec le tissu de PME, je pense que nous pouvons reconstruire une politique industrielle ambitieuse. " Le PS plaide notamment pour des synergies entre les pôles de compétitivité, pour un renforcement des axes transversaux (digital, énergie, mobilité, économie circulaire, économie du vieillissement) et pour la concentration des efforts de valorisation de la recherche en vue d'en accroître le rendement. " Nous pouvons encore mieux accompagner le développement des PME, avec du soutien financier, de la mise à disposition de bâtiments, explique Pierre-Yves Dermagne. Becarv est installée dans un hall relais sur le zoning de Rochefort, l'un des plus anciens de la région, il date des années 1970. " L'un des défis de la Wallonie est d'amener ces entreprises prometteuses de 10-20 personnes à croître pour multiplier leurs effectifs par 10. " Sky is the limit ", répond du tac au tac Michael Jeanty, manifestement toujours prêt à bondir sur les opportunités de marché. Becarv a déjà bondi sur le segment des énergies renouvelables et de l'économie circulaire. Depuis quelques mois, elle propose des solutions de production d'énergie à partir des effluents agricoles et des déchets ménagers, sous la marque Dminor. Cela peut donner, selon les besoins, de l'électricité, du gaz ou du carburant CNG. " Il y a un appel pour du business vert, pour des nouvelles solutions énergétiques, explique Michael Jeanty. Les technologies sont connues. Il faut maintenant parvenir à les placer sur un modèle économique à taille industrielle. C'est ce que nous essayons de faire. " Pour lui, c'est clair, la transition écologique ne fonctionnera que si les consommateurs et les entreprises y trouvent un intérêt économique. " La population est sensibilisée, les solutions telles que celles qu'apportent Dminor nous montrent que c'est possible, embraye Pierre-Yves Dermagne. Cela implique que nous soyons attentifs aux publics les plus précarisés. Il faudra des soutiens publics bien calibrés mais aussi un phasing out. Sinon, on le voit avec le photovoltaïque, le coût est reporté sur la collectivité et cela génère dans l'opinion un impact négatif à l'égard du renouvelable. Il y a un vrai enjeu de cohésion sociale, nous devons l'avoir en tête si nous voulons réussir la transition énergétique. " Le PS défend le principe d'un " financement équitable et solidaire des investissements, des réseaux et des missions d'intérêt public " en modulant la contribution des ménages selon leur consommation mais aussi selon leurs moyens financiers. Pour l'entrepreneur, il y a là un boulevard pour l'industrie européenne. " Les mastodontes numériques ne sont pas européens, nous avons raté ce virage mais nous avons une belle carte à jouer dans les énergies renouvelables, affirme-t-il. La transition énergétique nécessitera un mix de plusieurs technologies. Nous avons laissé échapper le photovoltaïque, une technique conçue en Europe mais désormais surtout produite en Asie, gardons le lead pour les autres technologies. " Et c'est ici que Michael Jeanty laisse poindre une critique à l'égard du monde politique. Il regrette " le manque de continuité " dans les politiques énergétiques, tantôt la biométhanisation est soutenue, tantôt elle ne l'est plus. " Nous avons besoin de stabilité pour réussir un développement économique serein, dit-il. Il y a un manque de cohésion dans les choix, à la fois dans le temps et d'un pays ou d'une région à l'autre. " La réalité économique se heurte ainsi à la réalité démocratique qui implique, de temps à autre, des alternances et des revirements de politique. Pierre-Yves Dermagne entend cependant l'inquiétude de son interlocuteur. Mieux, il la partage. " En Wallonie, nous avons besoin d'un consensus politique sur les grands enjeux énergétiques et de développement économique, explique-t-il. Ces thèmes nécessitent de dépasser nos clivages habituels pour inscrire des politiques dans la durée. C'est ce qui a fait la force de la Flandre. Nous devons nous rassembler sur les grands enjeux avec les partenaires sociaux et d'autres, si nous voulons pouvoir faire face à la réduction des mécanismes de la solidarité prévue dans la nouvelle loi de financement. " Le mandataire socialiste regrette cette propension au conflit, à l'affrontement, à la critique pas toujours constructive. " Ça m'énerve un peu de voir que nous mettons toujours en avant ce qui ne va pas bien, poursuit Pierre-Yves Dermagne. Il ne s'agit évidemment pas de faire la politique de l'autruche mais d'arrêter l'auto-flagellation. " Et c'est un peu pour cela, on l'aura compris, qu'il nous a emmené chez un jeune entrepreneur qui ne semble pas avoir peur de grand-chose... " Notre économie, notre société a besoin de gens qui prennent des risques comme Michael l'a fait, reprend le candidat PS. Je ne veux pas que des gens s'autocensurent et n'osent pas entreprendre à cause des risques. Accompagner l'échec, c'est un enjeu politique. Nous devons offrir des filets de sécurité plus importants aux indépendants, un droit au chômage notamment. "Ce discours surprend peut-être venant d'un élu socialiste. Pierre-Yves Dermagne hausse les épaules : " Je suis fils d'indépendants, mon épouse est indépendante, je sais très bien ce que c'est. Je connais l'importance d'avoir un statut social de qualité pour les indépendants ". L'idée de ne pas stigmatiser l'échec intéresse Michael Jeanty. " Mais, il ne faut pas stigmatiser la réussite non plus ", ajoute-t-il. Songerait-il à la taxation des grands patrimoines, qui figure au programme de son interlocuteur du jour ? " Je ne suis pas contre une taxation juste ", répond-il sobrement. Le PS évoque une taxation progressive des patrimoines de plus de 1,25 million d'euros, hors habitation familiale et bâtiments professionnels. " Nous avons exclu les biens affectés à l'activité économique, insiste Pierre-Yves Dermagne. L'objectif est de faire contribuer la rente aux besoins collectifs, au fonctionnement des écoles, des transports en commun, de la sécurité, etc. C'est une question d'impôt équitable et juste, pour reprendre le terme de Michael. La grogne que l'on sent monter dans la population provient d'un sentiment d'iniquité, d'inégalité. Nous devons vraiment y faire attention. " Parallèlement, le PS souhaite relever la quotité exemptée d'impôt et accentuer la progressivité de l'impôt, afin d'améliorer le pouvoir d'achat des ménages à revenus faibles et moyens. " On paie trop vite trop d'impôts dans notre pays ", estime Pierre-Yves Dermagne. Les pouvoirs publics peuvent, selon lui, faire un geste fiscal pour cela. En revanche, le parti socialiste n'envisage pas de geste parafiscal visant à réduire le coût du travail pour l'employeur. Son programme préconise une évaluation de l'impact réel des réductions de cotisations sociales sur la création d'emplois et un plafonnement des avantages salariaux (écochèques, bonus salariaux, voitures de société, etc.) afin de réduire la part non cotisée dans les salaires et de pérenniser ainsi le financement de la sécurité sociale. Au risque d'écorner la compétitivité des entreprises belges ? " Le véritable enjeu, c'est celui de la formation, répond Pierre-Yves Dermagne. C'est là que nous devons être compétitifs. " Il y ajoute un autre élément, plus rarement évoqué : le cadre de vie. A Rochefort, la commune dont il est le bourgmestre et où est installée Becarv, 46% du territoire est classé en zone Natura 2000. " C'est une contrainte mais aussi une ressource, dit-il. Notre cadre de vie, ainsi que la réputation de la marque Rochefort, sont des atouts auprès des entrepreneurs qui cherchent la meilleure implantation pour leurs activités. "