C'est une bonne nouvelle dans la grisaille ambiante : jamais autant de personnes n'ont eu un emploi dans notre pays. Il y a, pour la première fois, plus de 5,05 millions de Belges au travail. C'est 123.000 de plus qu'au premier trimestre de l'an dernier. En 20 ans, le marché s'est renforcé de 800.000 travailleurs de plus.
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C'est une bonne nouvelle dans la grisaille ambiante : jamais autant de personnes n'ont eu un emploi dans notre pays. Il y a, pour la première fois, plus de 5,05 millions de Belges au travail. C'est 123.000 de plus qu'au premier trimestre de l'an dernier. En 20 ans, le marché s'est renforcé de 800.000 travailleurs de plus. C'est a priori étonnant alors que notre économie affiche depuis des années une croissance relativement molle (on excepte l'an dernier et les premiers mois de cette année qui étaient un rattrapage après le plongeon accusé lors de la pandémie). Mais c'est la conséquence de la tertiarisation de l'économie. En 20 ans, notre économie a certes vu disparaître 120.000 emplois industriels, 30.000 emplois bancaires et 17.000 jobs dans l'agriculture. Toutefois, en parallèle, elle a créé près d'un million d'emplois dans les services. Alors bien sûr, en moyenne, les activités dans les services créent moins de richesses que les activités industrielles et peuvent offrir des rémunérations très variables selon que l'on soit spécialiste des big data ou technicien de surface. Mais ces activités sont de grandes pourvoyeuses de jobs. Ce qui est réjouissant, c'est que cette croissance de l'emploi est plus rapide que celle de la population. Et cela explique la chute du nombre de demandeurs d'emploi: ils étaient encore près de 600.000 en 2014. Ils ne sont plus que 430.000 aujourd'hui. Ces chiffres généraux ne peuvent cependant masquer le fossé Nord-Sud. La Région wallonne, dont le PIB n'équivaut pourtant qu'à 40% de l'économie flamande, compte 190.000 demandeurs d'emploi, soit 40.000 de plus qu'en Flandre. Avec un taux d'emploi des 20-64 ans qui n'est que de 65-66%, le sud du pays accuse un retard énorme par rapport à la Flandre (qui est à 75-76%) mais aussi par rapport à la plupart des pays voisins. On ne rappelle pas ces chiffres pour le plaisir pervers de s'autoflageller mais, au contraire, parce que malgré la crise, malgré la guerre, malgré la flambée des prix, la situation est encore très favorable si nous voulons faire bouger les lignes. De grands secteurs comme la construction, les technologies de la communication, la gestion des déchets, la production et la distribution d'énergie sont appelés à connaître une forte croissance ces prochaines années pour accompagner la transition énergétique qui vient. D'autres secteurs, comme les aides à la personne, l'horeca, les soins de santé sont également en demande. Il est donc urgent de surfer sur la vague. A l'heure où la Région wallonne ploie sous le fardeau d'une dette d'une trentaine de milliards d'euros et qui, si rien n'est fait, approchera les 50 milliards aux alentours de 2030, la mise au travail des Wallons et des Bruxellois est la priorité des priorités. Le problème est que la Région n'est pas directement incitée à se retrousser les manches sur ce dossier puisqu'une série de dépenses de sécurité sociale restent fédérales. Pourtant, si la Wallonie et plus largement le pays veulent assainir leur situation budgétaire pour disposer à l'avenir de nouveaux moyens pour leur politique et pour résoudre le problème lancinant posé par le vieillissement de la population, la seule solution est d'inciter les gens à travailler en moyenne davantage et plus longtemps. La forte dynamique du marché de l'emploi et les plaintes continuelles des entreprises qui ne trouvent pas assez de bras devraient donc pousser les autorités à mettre le paquet dès maintenant pour remettre les gens au travail. C'est la seule manière de résoudre nos problèmes de budget et de pouvoir d'achat. Et c'est maintenant qu'il faut le faire.