La semaine prochaine, le cdH déposera une brochure dans les boîtes aux lettres de toutes les habitations de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Soit très exactement 2.438.010 exemplaires qui seront envoyés par bpost au domicile de chaque électeur potentiel. Portés par le titre En avant ! , ces toutes-boîtes auront une apparence identique, mais seront cependant déclinés dans une douzaine de versions différentes selon le découpage géographique des circonscriptions. Le trombinoscope des candidats cdH à la Chambre et à la Région y variera d'une province à l'autre, alors que la double page dédiée aux élections européennes sera exactement la même.
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La semaine prochaine, le cdH déposera une brochure dans les boîtes aux lettres de toutes les habitations de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Soit très exactement 2.438.010 exemplaires qui seront envoyés par bpost au domicile de chaque électeur potentiel. Portés par le titre En avant ! , ces toutes-boîtes auront une apparence identique, mais seront cependant déclinés dans une douzaine de versions différentes selon le découpage géographique des circonscriptions. Le trombinoscope des candidats cdH à la Chambre et à la Région y variera d'une province à l'autre, alors que la double page dédiée aux élections européennes sera exactement la même. La semaine prochaine, le cdH ne sera pas la seule formation politique à envoyer, par la poste, une missive électorale à tous les Wallons et les Bruxellois. DéFI prépare, lui aussi, son offensive imprimée, tout comme le MR qui peaufine l'envoi d'un courrier imminent dans les boîtes aux lettres de tous les électeurs francophones du pays. Si son porte-parole Georges-Louis Bouchez refuse d'en dévoiler le contenu et le format, il consent toutefois à expliquer les raisons de cette démarche singulière à l'heure où la communication digitale n'a jamais été aussi simple et bon marché. " La stratégie numérique du MR est importante dans ces élections mais, aujourd'hui, il y a toujours un public qui n'est pas connecté, constate le politicien montois. La fracture numérique est une réalité et une campagne 'zéro papier' n'aurait donc aucun sens. D'autant plus que, sur les réseaux sociaux, les algorithmes renforcent les convictions de chacun et enferment les gens dans des communautés de pensée qui s'auto-entretiennent. Il faut donc aller chercher l'électeur ailleurs, dans la vraie vie. Voilà pourquoi le média papier est toujours essentiel dans une campagne. " Si la part du numérique ne cesse de progresser dans la communication des partis, le papier reste bien majoritaire lors des campagnes électorales. Ainsi, au MR, Georges-Louis Bouchez affirme que " 60 à 70% du budget total de la campagne sont consacrés à la production d'affiches et de tracts électoraux ". Même son de cloche au cdH qui a fait du papier son média prioritaire pour les élections du 26 mai avec, là aussi, une évaluation d'environ 60% du budget total destinés à l'imprimé contre 40% réservés au numérique : " Il y a toujours un public qui aime être informé de manière traditionnelle, explique Fanny Charpentier, porte- parole du parti humaniste. Ce ne sont pas nécessairement les gens les plus âgés car les jeunes aiment également prendre des brochures avec eux pour les lire, par exemple, dans les transports en commun. Les toutes-boîtes que nous allons distribuer la semaine prochaine par la poste présenteront non seulement nos candidats, mais ils seront aussi un résumé de nos propositions politiques. Il y a un côté informatif qui est essentiel. Et nos candidats distribueront aussi leurs propres tracts afin d'établir le contact humain et d'entretenir ce lien avec l'électeur ". Laisser une trace, garder le lien, prolonger la conversation... Pour les partis politiques, le papier présente l'énorme avantage de maintenir le débat dans la vie réelle, là où les réseaux sociaux souffrent du zapping incessant sur écran. Dans le monde numérique, " l'infobésité " et l'agressivité triomphent alors que l'imprimé permet justement de poser les bases d'une réflexion plus posée et davantage ancrée dans le quotidien. " Quand on mène une campagne sur le terrain, le tract est un outil qui se révèle utile pour faire du porte-à-porte ou pour aller à la rencontre des gens, enchaîne Maxime Hardy, porte-parole du PS. C'est une espèce de pense-bête qui permet de laisser un souvenir de la conversation entamée précédemment et aussi un point de contact pour la suite. Toutefois, nous essayons de ne pas abuser du papier, pour des raisons environnementales. Nos brochures de campagne sont d'ailleurs imprimées sur du papier recyclé et nous décourageons nos candidats de bourrer les boîtes aux lettres afin de privilégier davantage le contact humain. " A l'heure où les marches pour le climat se multiplient et où la conscientisation environnementale rebat les cartes du jeu politique, les recours massif au papier pour diffuser sa propagande peut être en effet mal perçu par les électeurs. Attendu au tournant, le parti Ecolo est évidemment dans la ligne de mire des " anti-gaspi ", mais les verts ne se défilent pas pour autant et assument le choix d'une communication qui doit être aussi partiellement imprimée dans une stratégie de campagne où le numérique prend néanmoins de l'ampleur. " Tout le monde n'est pas sur les réseaux sociaux, répète Pascal Devos, directeur de la communication chez Ecolo. Le tract est donc nécessaire pour établir le contact, mais nous veillons cependant à ce que tout soit imprimé sur du papier recyclé. En revanche, il n'est pas question pour nous de distribuer des brochures dans toutes les boîtes aux lettres de Wallonie et de Bruxelles. Ce serait du pur gaspillage, étant donné que le taux de lecture est extrêmement faible. Nous essayons d'être économes et donc de privilégier les tracts plutôt que les toutes-boîtes car ces petits supports sont importants lorsque l'on veut engager la conversation en face-à-face. " Titillé sur le gaspillage potentiel d'une vaste campagne électorale qui arroserait chaque domicile wallon et bruxellois, le porte-parole du MR ne se démonte pas et repasse même à l'attaque. " Je ne sais pas si d'autres partis le feront, mais nous nous engageons à ce que notre campagne soit respectueuse de la planète et donc neutre en CO2, affirme Georges-Louis Bouchez. Concrètement, nous établirons le bilan carbone des dépenses électorales engagées - que ce soit en termes d'affiches imprimées ou de kilomètres parcourus - avec un cabinet indépendant et nous investirons dans un projet de reforestation. " Serait-ce un argument marketing pour laver plus vert que vert ? " Pas du tout, réagit le porte-parole du MR. Nous sommes dans une recherche de cohérence et nous n'avons pas attendu les marches étudiantes pour agir. Mais pendant ce temps-là, je constate que les affiches individuelles d'Ecolo se multiplient, alors qu'elles étaient beaucoup moins nombreuses auparavant. Cherchez l'erreur... " Pas du tout démodé, le tract imprimé reste donc une valeur sûre dans des campagnes électorales qui, au fil du temps, se sont toutefois professionnalisées. Aujourd'hui, les candidats sont en effet priés de ne plus faire cavalier seul et doivent se fondre dans un canevas défini par le parti. Ainsi, la plupart des instances dirigeantes disposent d'un " guide des bonnes pratiques " pour mener campagne et ont développé des outils informatiques qui permettent aux hommes et aux femmes politiques d'épouser au mieux la charte graphique du parti en ajoutant simplement leur photo et leur slogan dans un cadre existant. Au PS, chaque candidat a par exemple accès à une plateforme numérique où il peut, grâce à un login et un mot de passe, personnaliser son tract et son affiche à sa guise dans un modèle prédéfini par le parti. Les photos, quant à elles, sont prises au siège central, toujours avec le même photographe professionnel, histoire d'harmoniser la communication. Beaucoup moins riches, les plus petits partis ne disposent évidemment pas de ces armes stratégiques, mais n'en restent pas moins attachés au papier, surtout lorsque les projecteurs médiatiques se braquent rarement sur eux. Au Parti Populaire, le président Mischaël Modrikamen déplore ainsi le " boycott " de la RTBF et de RTL-TVI à son égard et déploie " une stratégie de contact " pour exister dans le paysage électoral. Celle-ci passe notamment par Facebook, mais surtout par la distribution massive de tracts de la main à la main qui permet à l'avocat d'expliquer son programme aux citoyens. " Avec un budget d'environ 200.000 euros, nos moyens sont insignifiants par rapport aux grands partis qui vont dépenser pas loin d'un million d'euros pour cette campagne, explique Mischaël Modrikamen. La majorité de notre budget, environ 60%, sera consacrée au papier, essentiellement pour des tracts et des affiches, mais aussi pour une grande campagne de communication dans la presse écrite qui paraîtra bientôt. " Au MR, Georges-Louis Bouchez confirme cette estimation d'un budget " de 800.000 euros à un million " pour la campagne précédant les élections du 26 mai. Un montant bien supérieur à celui du PTB dont le budget pour les actions menées en Wallonie plafonne à 150.000 euros. " Il est bien sûr très limité par rapport à celui des autres partis, mais c'est pourtant notre budget électoral le plus important de notre histoire, confie Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB. Heureusement, beaucoup de gens nous soutiennent en apposant nos affiches à leur fenêtre ou en diffusant nos toutes-boîtes dans la rue. C'est une manière très concrète de soutenir notre campagne et cela est essentiel face aux autres partis qui ont des moyens considérables pour faire diffuser leurs tracts par la poste ou qui disposent d'un accès médiatique important. Voilà pourquoi notre campagne passe essentiellement par un travail sur le terrain et par le contact direct avec les gens. " Au bureau du parti historiquement bruxellois DéFI, on privilégie également ce contact direct pour aller chercher l'électeur en territoire quasiment inconnu - la Wallonie - tout en pointant, une fois de plus, les limites des plateformes comme Facebook ou Twitter pour cette campagne électorale. " Il est important de rappeler que les réseaux sociaux ne touchent pas l'intégralité des citoyens en âge de voter, conclut sa porte-parole Mélanie Hoareau. De plus, l'attention des utilisateurs de ces réseaux sociaux ne cesse de baisser et les algorithmes de Facebook donnent de moins en moins de place aux pages et aux comptes professionnels utilisés notamment par les partis et les candidats. Il est donc compliqué d'être vu et remarqué au coeur de ces réseaux sociaux qui, en outre, laissent peu de place à l'humain. Or, la distribution de tracts permet justement une meilleure proximité avec le citoyen et se révèle donc un moment privilégié où l'écoute, le débat d'idées et l'échange sont mis en avant. " Des valeurs essentielles pour tout parti désireux de nouer ou de resserrer les liens avec ses futurs ou anciens électeurs.