L'année 2018 a été mauvaise pour la démocratie. De Caracas au Caire, des despotes (la plupart se faisant passer pour des démocrates) ont jeté leurs opposants en prison, tué des manifestants et fermé des journaux. Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple perd pied. Que peut-on faire pour le défendre en 2019, où plus d'un tiers de la population mondiale devra se prononcer lors d'élections nationales, et pour commencer à inverser plus d'une décennie de déclin démocratique général ?
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L'année 2018 a été mauvaise pour la démocratie. De Caracas au Caire, des despotes (la plupart se faisant passer pour des démocrates) ont jeté leurs opposants en prison, tué des manifestants et fermé des journaux. Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple perd pied. Que peut-on faire pour le défendre en 2019, où plus d'un tiers de la population mondiale devra se prononcer lors d'élections nationales, et pour commencer à inverser plus d'une décennie de déclin démocratique général ? En premier lieu, nous ne devrons pas nous laisser convaincre par l'argument selon lequel la démocratie étant imparfaite, mieux vaudrait donner le pouvoir à des " hommes forts ". Les électeurs font parfois de mauvais choix. Mais dans une démocratie libérale mature, le système de pouvoir et de contre-pouvoir limite les dégâts et empêche généralement ces dirigeants de s'installer à vie. Quoi que vous pensiez de Donald Trump (pour prendre un exemple au hasard), il est freiné par les lois, une presse libre et des fonctionnaires d'Etat consciencieux. En 2019, la Chambre des représentants lui sera hostile et l'aura à l'oeil. Si les électeurs se lassent de lui, ils pourront le congédier en 2020 et, de toute façon, il ne pourra pas rester plus de huit ans au pouvoir. Rien de tout cela ne s'applique à Xi Jinping, le président chinois. Nous devrons également repousser tous les assauts menés contre le pluralisme. Les hommes forts de nombreux pays affirmeront que des ennemis agissent dans l'ombre pour saboter l'Etat, menacent la culture nationale ou insultent la religion majoritaire. Ce ne sera souvent qu'un prétexte pour éliminer des juges déloyaux, museler les journalistes qui parlent trop et mettre les copains à la tête d'institutions prétendument indépendantes. Les démocrates devront traiter chacun de ces actes comme le début de la fin. Ces agressions seront fréquentes en 2019. En Chine, l'espace de la dissidence rétrécira au fur et à mesure que l'intelligence artificielle renforcera l'état de surveillance. En Tanzanie, le président John Magufuli, alias " le Bulldozer ", débarquera ou arrêtera quiconque se mettra en travers de son chemin. L'Egypte et l'Iran tortureront encore plus de manifestants irréprochables. Le nouveau président du Brésil, le populiste Jair Bolsonaro, montrera s'il accepte ou non les contraintes démocratiques. En Europe, le parti au pouvoir en Pologne (le très conservateur Droit et Justice, le PiS) va continuer à éviscérer les institutions et à les remplir de séides incompétents, mais il restera populaire grâce à de grosses dépenses sociales. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, jurera de protéger son peuple contre les immigrés musulmans. Pendant ce temps, ses acolytes transmueront le pouvoir en or. Les contribuables européens feraient bien d'arrêter de subventionner ces deux régimes. Les perspectives ne sont pas toutes aussi sombres. L'Inde va organiser en avril ou en mai le plus grand scrutin de l'histoire du monde, comme tous les cinq ans. Et le parti nationaliste hindou au pouvoir, le Bharatiya Janata Party, a de fortes chances d'être battu. Des élections gigantesques et relativement honnêtes vont se tenir en Indonésie en avril. Le très pragmatique président du pays, Joko Widodo, va probablement gagner, malgré les coups bas des partisans de son adversaire, Prabowo Subianto, un ancien sbire du dictateur Suharto. L'Afrique fera mieux en 2019 que par le passé. La présidentielle au Nigeria en février sera sale et féroce, mais elle reflétera largement la volonté du peuple. Muhammadu Buhari, l'actuel chef du gouvernement, est sur la sellette et acceptera le résultat s'il perd. En Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa redressera certaines des institutions que son prédécesseur avait essayé de corrompre. Après avoir libéré des milliers de prisonniers politiques et fait la paix avec l'Erythrée, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, continuera sur sa lancée et accordera plus d'espace à la dissidence. Les grands bailleurs de fonds devront l'aider. Les gouvernements autocratiques sèment souvent la graine de leur propre perte. Lorsque l'opposition est muselée, les dirigeants n'entendent plus les avis pourtant éclairés qui ne leur plaisent pas. Lorsque le tissu du pouvoir et du contre-pouvoir est déchiré, les greffes métastasent et finissent par affaiblir le régime en place. En 2018, le ras-le-bol des Malaisiens et des Sud-Africains face à la corruption a fait tomber des têtes. En 2019, ce sont les régimes violents et corrompus du Venezuela et du Nicaragua qui risquent d'être mis à mal. De même que le président autoritaire de la Zambie, Edgar Lungu, menacé par une crise de la dette. S'il n'engage pas sérieusement des réformes, les bailleurs de fonds ne devront pas le renflouer. Même le Russe Vladimir Poutine semble plus fragile. En 2018, il n'a même pas réussi à imposer une réforme des retraites plutôt raisonnable. Les sondages montrent que moins de la moitié des électeurs soutiennent son gouvernement. Les autres pays devront maintenir les sanctions contre les amis de Poutine. Ils devront également répondre à la propagande du Kremlin avec de vraies informations. Comme l'a dit récemment l'écrivaine Anne Applebaum, les dictatures d'hier se sont construites sur " un grand mensonge " (comme les grandes théories de Staline, de Mao et d'Hitler). Aujourd'hui, elles s'élèvent sur des mensonges de taille moyenne (comme les affirmations d'Orban selon lesquelles George Soros projette d'inonder la Hongrie de musulmans). Les mensonges de ce type doivent être dénoncés sans relâche. Ceux qui pensent que la démocratie est la forme de gouvernement la moins mauvaise doivent défendre les valeurs sur lesquelles elle repose, et qui incluent la vérité. Par Robert Guest.