Alors que certains, du côté de Washington notamment, continuent de soutenir que les rapports du Giec sont de la rigolade et que le réchauffement climatique est un mouvement naturel qui n'a rien à voir avec l'activité humaine, un autre groupe estime que notre civilisation est un moteur thermique impossible à couper. La seule manière d'éviter l'extinction de l'espèce humaine est de revenir à l'état sauvage, ce qui n'est pas possible. Dès lors, conclut Guy McPherson, ancien professeur d'écologie à l'université d'Arizona et grand " collapsologue ", l'humanité s'éteindra dès 2030....

Si l'on embrasse une telle vue, rien ne sert plus de s'exciter, en effet. Adoptons le même comportement que ceux qui persistent à croire que le réchauffement climatique est une galéjade. Brûlons allègrement toutes nos réserves pétrolières et charbonnières, achetons des Hummer, allongeons-nous ensuite dans nos transats en attendant la fin puisque, de toute façon, il ne sert plus à rien de s'exciter. Comme le disait une actrice d'une série télé française gagnée par cette idéologie catastrophiste : " Je pars du principe que mes enfants n'atteindront pas leur majorité. Chaque jour de pris est un jour merveilleux ". On se demande quand même quelle est l'ambiance, le soir, à la table de famille.

Cette philosophie, malheureusement, se répand. Une jeune Belge interrogée cet été dans De Standaard se demandait ainsi à quoi cela servait encore de se lancer dans des études et de faire des efforts pour construire sa vie alors que le monde était en train de s'effondrer. Ce qui avait suscité un tweet rageur de Geert Noels, l'économiste et fondateur d'Econopolis : " En 1980, c'était la bombe atomique, en 2020, c'est le climat. Tenez les penseurs funestes loin des jeunes, s'il vous plaît ! " Et l'économiste flamand ajoutait avec raison : " Les solutions viennent de rêveurs, d'audacieux et de bâtisseurs ".

Une des grandes leçons du passé est en effet que rien n'est inéluctable. Dans l'histoire, l'humanité a réglé de grands problèmes qui demandaient des actions complexes et cordonnées au niveau international.

En France, un collectif d'experts a publié voici quelques jours une tribune qui rappelle justement que pour attaquer les réels problèmes auxquels nous sommes confrontés, " la panique de la collapsologie est tout aussi paralysante que les doutes des climatosceptiques ". En 2017, une lettre ouverte de scientifiques américains publiée par le Washington Post disait déjà la même chose.

Une des grandes leçons du passé est en effet que rien n'est inéluctable. Dans l'histoire, l'humanité a réglé de grands problèmes qui demandaient des actions complexes et cordonnées au niveau international, qu'il s'agisse de l'assainissement du Rhin ou du trou dans la couche d'ozone ou de l'apparition de l'arme nucléaire, qui a donné lieu ensuite à des traités de désarmement et à un moratoire qui a tenu plus d'un demi-siècle (et qui pourrait tenir encore).

On ne voit pas pourquoi nous ne pourrions pas résoudre, aujourd'hui aussi, ces problèmes qui nous font face. Nous avons la capacité d'y apporter une réponse. Une réponse elle-même raisonnée : rien ne sert de prôner une décroissance inatteignable. Prendre à bras le corps les problèmes environnementaux nécessite au contraire de développer plus encore l'activité économique pour améliorer les bâtiments, mettre en place un mix énergétique valable, améliorer le stockage de l'électricité, etc.

Le temps n'est ni à l'incantation stérile, ni à la négation, ni à la prostration. Il est à l'action. Et c'est tant mieux, parce que c'est dans nos cordes.