It's still the economy, stupid. Le slogan que la FEB a lancé au monde politique à l'approche des élections législatives en dit long. L'organisation des employeurs souligne que la prochaine législature doit accorder la priorité à la politique de relance socio-économique.
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It's still the economy, stupid. Le slogan que la FEB a lancé au monde politique à l'approche des élections législatives en dit long. L'organisation des employeurs souligne que la prochaine législature doit accorder la priorité à la politique de relance socio-économique.Celle-ci a également été le leitmotiv du gouvernement Michel ces dernières années. Celui-ci s'est qualifié de gouvernement de relance socio-économique et se targue d'une belle création d'emplois, grâce au tax shift qui a renforcé la compétitivité des entreprises et soutenu le pouvoir d'achat. Le mois dernier, l'étude menée par Joep Konings et Gert Bijnens allait dans le même sens que les partis de la Suédoise. Les auteurs ont calculé l'impact des mesures gouvernementales sur l'emploi pour la période 2014-2018. D'après leurs conclusions, 133.000 des 230.000 postes créés entre le troisième trimestre de 2014 et le troisième trimestre de 2018 sont des emplois salariés du secteur privé. Et 55% de ces 133.000 postes (soit 73.000) sont attribuables au tax shift, au saut d'index et à la réforme de la loi sur la norme salariale. À ces mesures s'ajoute la réforme de l'impôt des sociétés.Mais le gouvernement Michel a également été critiqué pour sa politique budgétaire (l'équilibre promis n'a pas été atteint), les réformes plus timides dans le domaine des pensions et les interventions quelque peu déconcertantes en matière de fiscalité du capital, avec la taxe sur les comptes-titres et la hausse du précompte mobilier à 30%. Trends a demandé à cinq économistes d'évaluer la politique du gouvernement sortant sur la base de cinq questions : la meilleure mesure, la pire mesure, l'occasion manquée, la surprise et l'intervention inutile. Bart Van Craeynest (Voka), Geert Janssens (Etion), Véronique Goossens (Belfius), Gert Peersman (UGent) et Etienne de Callataÿ (Orcadia) donnent leur avis.+ La meilleure mesureGeert Janssens (économiste en chef de l'organisation patronale Etion). "Sans aucun doute le tax shift qui, comme le montre l'étude de la KU Leuven, a effectivement permis la création d'emplois. Il convient toutefois de tempérer notre enthousiasme car cette mesure n'a pas été financée. Très rapidement, les calculs de la Banque nationale de Belgique l'ont assimilée à un allègement fiscal qui, malgré les retours sur investissement, génère un trou de plusieurs milliards. En outre, la baisse de l'impôt des sociétés était cruciale pour permettre à la Belgique de se maintenir dans le peloton de tête au niveau européen."Bart Van Craeynest (économiste en chef Voka). "La réduction des charges sur le travail par le biais du tax shift. Le taux d'emploi bien trop bas en Belgique reste le maillon le plus faible de notre État-providence. Les lourdes charges qui pèsent sur le travail - tant pour les employeurs que pour les travailleurs - jouent un rôle important à cet égard. Les efforts visant à les réduire sont positifs pour notre marché du travail mais restent insuffisants."Véronique Goossens (économiste en chef Belfius). "Les interventions les plus importantes sont incontestablement le tax shift, le saut d'index et le renforcement de la norme salariale. La Belgique avait besoin de mesures pour rendre ses coûts salariaux plus compétitifs. Le tax shift en particulier a eu un impact majeur sur la création d'emplois. Il se fait encore ressentir aujourd'hui. Son concept était particulièrement original : une baisse des cotisations patronales pour les entreprises couplée à une hausse des salaires nets pour les travailleurs. L'augmentation du pouvoir d'achat et la poursuite de la création d'emplois permettent à notre économie de rester à flot cette année.""Par ailleurs, le tax shift aurait pu aller encore plus loin. Il a surtout soulagé les salaires les plus bas. Pour les salaires moyens, la différence entre les coûts salariaux et le net en poche reste très marquée chez nous par rapport au reste de l'Europe. Un nouveau tax shift serait bénéfique à cet égard. En Belgique, les recettes liées aux taxes ayant un impact sur l'environnement sont très faibles. Nous savons donc où nous pouvons chercher le manque à gagner."Gert Peersman (Université de Gand). "Selon moi, la meilleure mesure est la réduction du handicap salarial de la Belgique par rapport aux pays voisins. Elle est importante pour l'avenir."- La pire mesureGeert Janssens. "La taxe sur les comptes-titres était un exemple de politique symbolique. Le concept en lui-même avec l'instauration d'un seuil est déjà discutable. Et la hauteur du seuil, 500.000 euros, est également très arbitraire. Le capital a un sens différent pour les personnes qui ne bénéficient pas d'une pension significative - comme les indépendants - et pour les fonctionnaires qui reçoivent un salaire dit différé durant le reste de leur vie. Il en va de même pour les travailleurs du secteur privé, qui perçoivent une pension limitée et doivent donc souvent compter sur leur propre épargne pour préserver leur niveau de vie pendant leurs vieux jours. Pour ceux qui ont la chance de vivre longtemps, un demi-million d'euros représente un montant relativement modeste." Bart Van Craeynest. "Les tergiversations sur la taxation des revenus du capital. Le problème majeur de notre régime fiscal réside dans sa complexité et ses effets secondaires involontaires. C'est certainement aussi le cas en matière de fiscalité du capital. Des mesures telles que la taxe sur les comptes-titres et la hausse du précompte mobilier, sous la pression de la demande d'un système fiscal équitable - quoi que cela puisse signifier - n'ont pas réduit cette complexité, bien au contraire."Véronique Goossens. "La hausse du précompte mobilier à 30% n'a pas été une décision heureuse. Ce taux est très élevé par rapport à nos voisins. D'autre part, un gouvernement qui met en oeuvre un tax shift a besoin de revenus stables. Les revenus du capital apparaissent alors comme une source logique, bien que le capital soit déjà lourdement taxé dans notre pays. Les droits d'enregistrement et de succession par exemple restent élevés.""Par ailleurs, on peut se demander pourquoi l'imposition ne frappe pas tous les revenus du capital. Les dividendes sont taxés, mais pas la plus-value sur la vente d'une société. Les opérations boursières le sont, mais pas les plus-values sur actions. Il existe une taxe sur les comptes-titres, mais de nombreux épargnants bénéficient d'intérêts non imposables. Mettez tous ces revenus dans un grand pot, déterminez éventuellement une partie exonérée et appliquez un taux plus attractif. Mais tout cela n'est pas simple."- L'occasion manquéeGeert Janssens. "Ce gouvernement disposait des connaissances et des moyens nécessaires pour rendre notre régime fiscal plus transparent et le structurer de façon plus logique. Nous aurions pu ouvrir la voie à un système dual, qui traite les revenus du capital de manière égale et gomme les nombreuses incohérences. Trop de groupes de pression font blocage à des réformes aussi importantes dont l'avancement a probablement aussi souffert d'un manque de discernement." "En outre, le report de l'équilibre budgétaire est une occasion manquée qui pourrait avoir de graves conséquences à terme. Le gouvernement aurait dû mieux financer le tax shift. On notait dès le départ un déficit croissant de 6 milliards d'euros. Pourquoi n'a-t-on pas fait preuve de plus de prudence ? La Banque nationale l'avait pourtant très clairement calculé."Bart Van Craeynest. "La réforme des pensions. Le gouvernement a pris un certain nombre de mesures importantes, comme le relèvement de l'âge de la pension et la limitation des possibilités de retraite anticipée. Mais elles ne s'inscrivaient pas dans une réforme des pensions au sens large. Maintenir davantage de personnes plus longtemps au travail doit être la priorité. Le simple relèvement de l'âge de la pension ne suffira pas. La fixation des salaires doit également être ajustée pour éviter que les travailleurs âgés ne deviennent trop chers. En outre, les montants des pensions dans les différents systèmes doivent être davantage alignés les uns sur les autres et les dispositions relatives aux pensions complémentaires doivent faire l'objet d'un développement accru. Le gouvernement a raté l'occasion de préparer le régime des pensions à l'impact du vieillissement de la population."Véronique Goossens. "L'absence de solution pour les métiers lourds n'est pas sans rapport avec le problème des pensions. Ce travail qui incombe aux partenaires sociaux n'a pas abouti. Le gouvernement aurait dû trancher. Dans la dernière étude du Comité d'étude sur le vieillissement, les métiers lourds n'ont même pas été inclus dans les calculs faute d'accord en la matière. Le coût du vieillissement a été une fois de plus sous-estimé."Gert Peersman. "L'absence de réformes fermes dans le domaine des pensions. Si, comme les pays voisins, nous avions progressivement relevé l'âge légal de la retraite au cours de cette législature, nous n'apparaîtrions pas en queue du peloton européen en termes de croissance et le budget se porterait beaucoup mieux. De plus, le fait que l'âge légal de la pension ne sera relevé qu'en 2025 et qu'en 2030 signifie que les choses ne vont pas s'améliorer d'ici là."Etienne de Callataÿ (Orcadia). "Le manque de réformes budgétaires structurelles et les pensions. Mais je pense avant tout à la politique environnementale, ou plutôt à son absence."+ La surpriseGeert Janssens. "L'introduction de la prime bénéficiaire pour les travailleurs a créé chez nous la plus grande surprise. La possibilité pour les sociétés d'octroyer à leurs travailleurs un bonus sur leur bénéfice sans CCT est carrément révolutionnaire. Elle met fin à une disparité entre le travail et le capital qui appartient au passé."Bart Van Craeynest. "Le relèvement de l'âge de la pension. La période de transition est trop longue, l'écart entre l'âge effectif et l'âge officiel de départ à la retraite persiste et nous nous contentons de nous adapter à la tendance internationale. Pourtant, c'est une mesure qui, jusqu'au gouvernement Michel, ne semblait même pas discutable. Le relèvement de l'âge de la pension pourrait apparaître comme un symbole fort de la nécessité absolue de travailler plus longtemps."Véronique Goossens. "La plus grande surprise est survenue immédiatement après la formation du gouvernement, lorsque celui-ci a décidé de relever l'âge légal de la pension à 66 ans à partir de 2025 et à 67 ans à partir de 2030. Une surprise parce que cette réforme ne faisait même pas partie de l'accord de gouvernement. Cette mesure nécessaire et courageuse n'est qu'un pas dans la bonne direction. Actuellement, on dénombre 2,6 millions de pensionnés. Dans dix ans, ils seront trois millions. Et ce mouvement est appelé à s'accélérer durant les dix années suivantes. Aujourd'hui, nous pouvons à peine payer la facture du vieillissement de la population. Plus de la moitié de l'ensemble des dépenses publiques (hors charges d'intérêts) est consacrée aux mesures sociales, y compris les soins aux personnes âgées. La seule solution pour maîtriser les coûts consiste à travailler plus longtemps. La retraite anticipée doit devenir impossible ou financièrement peu attrayante. Comparé aux autres pays de l'OCDE, l'âge effectif de départ à la retraite en Belgique est l'un des plus bas du monde." Etienne de Callataÿ. "S'il peut s'agir aussi d'une mauvaise surprise, je mentionnerai la taxe sur les comptes-titres. Comment se fait-il que cette coalition ait pensé à une telle mesure ?" Gert Peersman "Il est surprenant de constater à quel point il est difficile de mettre en oeuvre une politique de réformes. Nous avions un gouvernement qui avait la même orientation socioéconomique au départ et il n'y a pas eu d'élections pendant cinq ans. Toutefois, peu de réformes ont été réalisées." - La mesure superflueBart Van Craeynest. "Tout ce cinéma autour de l'équilibre budgétaire. Le gouvernement a choisi d'épargner et, avec cette marge budgétaire, de diminuer les taxes et non d'atteindre l'équilibre budgétaire. Vu la pression fiscale élevée, cette décision était défendable. Ce choix, couplé à la pression budgétaire du vieillissement, a empêché la réalisation d'un équilibre budgétaire. Pour ce faire, le gouvernement a surtout compté sur la baisse des charges d'intérêts et une conjoncture favorable, qui ne sont guère liés à un véritable assainissement des finances publiques." Etienne de Callataÿ. "La réforme de l'épargne-pension, avec un deuxième plafond à un taux d'imposition différent. Au lieu de 940 euros, vous pouvez déduire 1.200 euros maximum de vos impôts. Mais celui qui verse plus voit son avantage fiscal diminuer. Cette mesure montre une fois de plus que la simplification n'est pas encore à l'ordre du jour."Traduction : virginie·dupont·sprl