1. La Catalogne démontre-t-elle aujourd'hui l'impossibilité pour une entité territoriale de prendre son indépendance au sein de l'Union européenne ?

Elle confirme à tout le moins que la reconnaissance internationale d'un nouvel Etat passe d'abord par un accord avec l'Etat central dont il veut se détacher. Il y a certes eu le cas du Kosovo, aujourd'hui reconnu par une majorité d'Etats. Mais chaque fois, ils ont bien spécifié que cette reconnaissance était dictée par les circonstances et ne constituait pas un précédent.
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Elle confirme à tout le moins que la reconnaissance internationale d'un nouvel Etat passe d'abord par un accord avec l'Etat central dont il veut se détacher. Il y a certes eu le cas du Kosovo, aujourd'hui reconnu par une majorité d'Etats. Mais chaque fois, ils ont bien spécifié que cette reconnaissance était dictée par les circonstances et ne constituait pas un précédent. La Catalogne nous pose aussi la question du souhait de la population. Lors du référendum au Soudan du Sud, plus de 90 % de la population s'était déplacée et elle avait voté pour la partition à plus de 90 %. Le choix était clair. Retenons aussi le cas du Monténégro : l'Europe avait alors précisé que l'indépendance ne devait pas être validée avec 50 % + 1 voix mais avec au moins 55 % des suffrages. Il faut en tenir compte en Catalogne où les deux camps sont au coude à coude. La question est même : qu'est-ce qu'un peuple ? Si les Catalans devaient voter majoritairement pour l'indépendance, quel serait le sort des villes qui auraient voté pour le maintien dans l'Espagne ? Lors du référendum au Québec, des tribus amérindiennes avaient organisé un pré-référendum réclamant le maintien dans le Canada. Si le oui l'avait emporté, on peut penser que Montréal aurait aussi souhaité rester canadienne. Mais l'Europe a déjà arbitré en faveur de l'Espagne et, à travers cela, en faveur d'une Europe des Etats plutôt qu'une Europe des Régions. Un éventuel arbitre ne peut venir que d'un autre niveau, des Nations unies ou des Etats-Unis. Il ne faut pas spécialement craindre une flambée des mouvements nationalistes. La Catalogne et l'Ecosse sont les deux seules entités européennes où le sentiment indépendantiste est peut-être majoritaire. Ailleurs, en Flandre ou en Lombardie par exemple, c'est tout au plus la revendication d'une autonomie accrue. La violence que nous avons vue, je l'interprète comme une stratégie de Mariano Rajoy (Premier ministre espagnol) pour diviser les indépendantistes, les pousser à la faute. Ce qu'il a réussi avec cette déclaration unilatérale d'indépendance. La situation actuelle est catastrophique pour l'image de l'Espagne. Mais ce n'est pas la préoccupation de Rajoy aujourd'hui. Bonne image ou pas, l'Espagne restera un grand pays d'Europe. Le gouvernement voulait montrer aux territoires espagnols que l'indépendance est impossible. Cela étant, les choses ont été loin. Je pense que le conflit finira par se résoudre par des discussions directes entre la Catalogne et l'Espagne, mais ce ne sera pas avec les dirigeants actuels.