On referme le livre et on ne peut s'empêcher de songer au cas de José Manuel Barroso. L'ancien président de la Commission européenne, qui a régné sur l'exécutif européen de 2004 à 2014, vient en effet d'être embauché comme conseiller de Goldman Sachs à Londres.
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On referme le livre et on ne peut s'empêcher de songer au cas de José Manuel Barroso. L'ancien président de la Commission européenne, qui a régné sur l'exécutif européen de 2004 à 2014, vient en effet d'être embauché comme conseiller de Goldman Sachs à Londres.Barroso, Barroso... oui, c'est bien le même qui, lorsqu'il usait ses jeans sur les bancs de la faculté, présidait le groupe des étudiants maoïstes, qui a ensuite amorcé un virage audacieux pour devenir l'étoile montante de la droite portugaise, qui est devenu Premier ministre du Portugal en 2002 et a fini enfin dans le fauteuil de président de la Commission européenne, grâce surtout à l'appui de Tony Blair qui avait mis son veto à la candidature de Guy Verhofstadt. Parmi les états de services de cette commission Barroso : le développement de la City comme le centre financier de l'euro (alors que pourtant le Royaume-Uni était en dehors de la zone) et l'absence de réaction aux errements budgétaires de la Grèce. Des errements favorisés par les montages de Goldman Sachs qui permettaient à Athènes de s'endetter en camouflant une partie de ses dettes. José Manuel Barroso chez Goldman Sachs, c'est donc comme la récompense d'un service rendu et un énorme pied de nez aux citoyens européens.Cette absence du moindre sens moral d'un ancien haut responsable est déplorable en soi. Mais les dégâts politiques de ce "transfert" sont plus dommageables encore. Car il ancre le sentiment que certaines élites européennes ne se soucient que de leurs intérêts et ignorent, par insouciance, cynisme, ou un peu des deux, le bien commun.Ce n'est pas une excuse, mais José Manuel Barroso n'est pas le seul. David Cameron, le désormais ex-Premier ministre de sa Gracieuse Majesté, a milité au sein du Conseil européen pour que les trusts basés dans les îles anglo-normandes échappent à la transparence fiscale. Or, la famille Cameron avait dissimulé une partie de ces avoirs dans ce type d'instruments.Et Neelie Kroes ! Sa nomination comme commissaire européen (à la Concurrence en 2004 puis à l'Agenda numérique entre 2009 et 2014) avait déjà créé des remous, car cette femme d'affaires néerlandaise avait siégé dans nombre de grandes entreprises (Lucent, Thales, etc.) laissant craindre des conflits d'intérêts. Neelie Kroes dut s'abstenir dans les dossiers concernant les entreprises où elle avait siégé. Mais chassez le naturel... Voici quelques semaines, on a appris que la Néerlandaise avait été engagée par Uber, elle qui, lorsqu'elle était commissaire, avait ouvertement soutenu le groupe américain, en critiquant dans ses tweets certaines décisions de justice défavorables au groupe.On peut discuter de l'influence que l'Etat doit avoir dans les affaires. Mais on attend au moins un devoir des politiques : celui de représenter honnêtement les citoyens. Les mélanges des genres auquel nous sommes condamnés à assister aujourd'hui jette une suspicion générale (et partiellement injuste) sur tous les responsables européens. Ce n'est pas la première fois que des électeurs excédés par les relations incestueuses entre politique et finance sont tentés de faire table rase. Voici 80 ans déjà, certains, au nom de Rex, défilaient avec un balai sur l'épaule afin de nettoyer "les pourris". Avec les conséquences que l'on sait. Si l'on veut vraiment réformer l'Europe, il faut commencer par là : avoir à sa tête des personnes qui méritent la confiance placée en elles. De véritables femmes et hommes politiques. Cela doit encore exister.