On a parfois l'impression qu'elle est la ministre de l'Economie circulaire. Barbara Trachte en parle avec passion, avec respect pour " l'impressionnante créativité " des entreprises du secteur. Depuis six mois, elle a beaucoup écouté les acteurs de l'économie bruxelloise. Elle expose dans Trends-Tendances ses leviers d'action, en particulier les leviers financiers, pour accompagner les entreprises dans la transition.
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On a parfois l'impression qu'elle est la ministre de l'Economie circulaire. Barbara Trachte en parle avec passion, avec respect pour " l'impressionnante créativité " des entreprises du secteur. Depuis six mois, elle a beaucoup écouté les acteurs de l'économie bruxelloise. Elle expose dans Trends-Tendances ses leviers d'action, en particulier les leviers financiers, pour accompagner les entreprises dans la transition. TRENDS-TENDANCES. Comme parlementaire, vous étiez plus versée dans les matières liées à l'éducation et l'accueil de la petite enfance. Après six mois d'immersion, que pensez-vous de ce job de secrétaire d'Etat à l'Economie ? BARBARA TRACHTE. Au fur et mesure de mon engagement, les questions purement environnementales sont devenues pour moi de plus en plus centrales. J'aimais beaucoup travailler sur les questions de petite enfance et d'enseignement - qui demeurent fondamentales à Bruxelles, quand on voit les enjeux d'inégalités et d'émancipation - mais j'avais envie d'intervenir sur des matières véritablement vertes. Surtout la dernière année, avec les élections communales, les majorités qui se mettent en place, les manifs pour le climat bien entendu, j'avais envie d'être dans cette transition écologique. J'étais prête au changement ! Et l'économie, c'est une matière verte ? Oui, très clairement. Quand on veut réduire les émissions polluantes à Bruxelles, sans le levier économique, on ne fait rien. Travailler sur les émissions directes, sur la performance énergétique des bâtiments et sur la mobilité, c'est bien. Mais si nous continuons à consommer les mêmes biens produits de la même manière, nous n'aurons pratiquement rien gagné. Oui, les émissions directes à Bruxelles auront diminué, ça fera un beau bulletin. Mais globalement, pour la planète, ça ne changera pas grand-chose. Je suis donc très contente d'avoir en charge le volet économique. Ce volet économique de la déclaration gouvernementale prévoit d'orienter progressivement les aides vers le soutien à la transition. Ce chantier s'étalera jusqu'en 2030. Par quoi allez-vous le commencer ? Nous ne pouvons pas agir sur tout, les normes ou interdictions de produit ne relèvent pas de nos compétences. Nous pouvons accorder des aides à l'emploi mais pas une réduction de charges sur les premiers emplois créés, comme cela a été fait récemment. Avoir un gouvernement fédéral, et encore plus un gouvernement fédéral favorable, cela accélérerait encore les mesures que nous mettons en place. Nous travaillons simultanément sur trois volets : l'accompagnement, l'hébergement et le financement. L'accompagnement peut être très personnalisé ou en cluster. La Région peut aider les entreprises à faire leur business plan, à identifier l'implantation optimale en fonction de leurs activités, à voir par exemple où elles peuvent développer une activité productive à petite, moyenne ou grande échelle. Nous allons les aider non seulement à se créer ou à grandir mais surtout à s'inscrire dans la transition écologique. Cela signifie-t-il que les primes et subsides seront liés aux efforts environnementaux des entreprises ? Avant de parler de primes, il y a déjà tout simplement le conseil : montrer, de manière précise et concrète, comment s'inscrire dans une dynamique circulaire, faire de l'écogestion, etc. Quelle que soit l'activité, on peut réduire ses impacts. Les conseillers de hub.brussels peuvent aider les entreprises à agir en ce sens, à tous les stades de leur développement. Le financement, c'est sans doute le levier le plus évident, des garanties aux prises de participation. L'idée est bien qu'en 2030, ces financements soient octroyés à des entreprises qui s'engagent dans la transition écologique. On l'annonce, on ne veut pas surprendre mais la direction est claire. Tout cela est inscrit dans la stratégie 2030 que nous venons de signer avec les partenaires sociaux. Ils savent où l'on va, les banques actionnaires de finances.brussels le savent aussi. La transition écologique, nous allons la réussir ensemble ! Un horizon de 10 ans... c'est deux législatures. N'est-ce pas un pari politiquement risqué ? Nous parlons de transition, la Commission européenne aussi, les partenaires sociaux aussi, l'impulsion ne se limite pas à une majorité politique. Nous venons de décider d'affecter 10 millions d'euros au nouveau Fonds pour la transition économique. Il sera géré par finances.brussels. Nous allons maintenant définir ensemble les critères d'intervention de ce fonds, voir quels sont les meilleurs moyens d'aider les entreprises dans la transition. Le politique donne la direction mais nous construisons les modalités avec finances.brussels. Quoi qu'il en arrive en 2024 ( année du prochain scrutin régional, Ndlr), nous serons sur une lancée. Nous voulons aussi démontrer que la transition offre de vraies opportunités économiques, ce n'est pas juste une vision de l'esprit. L'objectif est non seulement que les entreprises s'engagent dans la transition mais aussi qu'elles dégagent du profit grâce à cela. Avez-vous l'impression que vos interlocuteurs en sont convaincus ? Je ne ressens aucune opposition frontale. Le sujet de la dernière assemblée générale de Beci, c'était la transition climatique. Ils ont présenté leur défi 303030 ( réduire de 30% les émissions de CO2 d'ici 2030 grâce à 30 projets inédits, Ndlr), ce n'était pas mon discours mais le leur ! J'apprécie beaucoup leur dynamisme, leur envie de tester les choses et de chercher les opportunités dans la transition. Le président de l'Union wallonne des entreprises appuie dans le même sens. Tout est convergent. Notre rôle, en tant que responsables politiques, est de soutenir et d'accélérer le mouvement avec les moyens publics. En l'occurrence, nous ne devons pas nous battre contre des vents contraires. Bien sûr, quand les mesures concrètes arriveront, cela frottera un peu mais j'ai confiance. Le jour où des aides seront effectivement réorientées, certaines entreprises ne pourront plus en bénéficier. Que dites-vous à celles-là ? Je leur dis que nous parlons bien d'une transition, d'un mouvement d'un point vers un autre. Le but n'est pas de réserver les aides aux entreprises qui sont 100% vertes depuis le départ mais d'accompagner l'évolution de chaque entreprise. Je ne veux priver personne d'aides économiques mais je veux que les entreprises concernées se mettent en mouvement. Et la plupart le font. Financer la transition, c'est aussi l'un des objectifs annoncés de la banque coopérative New B. Bruxelles fut la première entité publique à annoncer sa montée dans son capital. Pourquoi ? Est-ce bien le rôle d'une entité publique que de soutenir la création d'une banque... qui va concurrencer celles qui existent dans notre pays ? Ce n'est pas la première fois que les pouvoirs publics investissent dans une banque. Dans le cas présent, cela nous a semblé logique car New B est un accélérateur de ce que nous voulons faire. Ils veulent investir dans l'économie réelle et locale, comme finances.brussels. Nous allons dans la même direction, de manière complémentaire. Des doutes ont été émis quant à la viabilité de cette nouvelle banque. Faut-il vraiment prendre de tels risques économiques avec l'argent public ? Mais tous les investissements de finances.brussels sont, par nature, à risques. Pour nous, ce n'était pas vraiment une question. Ce dossier a été analysé, comme tous les autres, par les services de finances.brussels. Le gouvernement n'a rien imposé, il a juste demandé à ce que le dossier New B soit mis à l'ordre du jour mais c'est le CA qui a pris la décision. Des représentants des banques actionnaires de finances.brussels siègent à ce conseil. Celui-ci n'a d'ailleurs pas encore été renouvelé, il n'y a pour l'instant aucun administrateur Ecolo ! New B, le fonds de transition économique, un réinvestissement " significatif " annoncé dans finances.brussels... Ne va-t-il pas y avoir un embouteillage d'acteurs sur un même créneau ? Non, ces outils sont complémentaires. Quand les Be Angels soutiennent une nouvelle boîte, il y a souvent aussi avec eux finances.brussels ou un autre outil public et une ou plusieurs banques privées. C'est vrai dans l'économie classique, ce le sera dans l'économie circulaire. Finances.brussels a mis en place des prêts automatiques : elle interviendra dès qu'une banque investit. Nous envisageons d'étendre le principe pour les projets liés à la transition. C'est un écosystème avec des complémentarités, des accents différents parfois et, oui, une répartition des risques. Cette complémentarité, c'est cela qui est intéressant. Les Be Angels apportent un financement à une start-up mais aussi des relais, un réseau qui sera différent de celui des pouvoirs publics ou d'une banque. Pourrait-on alors y ajouter une structure de plus avec un dispositif du type " prêt coup de pouce " ou " win-win lening " comme cela existe dans les deux autres Régions ? Nous y travaillons, cela sera mis en place. Mais je ne peux pas vous dire à ce stade si ce sera avec un avantage fiscal comparable à celui qui existe en Wallonie. L'ambition est là, clairement, pour impliquer plus de citoyens dans l'économie réelle. Admettons que tous ces outils financiers soient complémentaires. N'est-ce pas toutefois prendre le problème à l'envers : le défi de la transition ne manque-t-il pas de beaux projets industriels potentiellement rentables plus que de sources de financement pour ces projets ? Non, au contraire, je vois plein de projets. L'an dernier, Be Circular a reçu 100 demandes et on n'a pu en financer que 26. Je ne dis pas que ces 100 projets peuvent tous fonctionner ou sont déjà suffisamment mûrs mais le potentiel est là. Il faut aussi considérer un peu autrement la question de la rentabilité d'un projet. L'économie classique ne prend pas en compte les externalités environnementales et sociales, elle n'affiche dès lors pas les mêmes prix qu'une économie circulaire qui va produire des biens ici, à partir de déchets qui sont ici et avec une main-d'oeuvre payée ici. Il faut sans doute prévoir un break even plus lointain que dans une économie classique, des prêts de plus longue durée. Les outils de financement, d'accompagnement ou d'hébergement doivent être pensés différemment en intégrant cette dimension. C'est la réflexion que je mène pour l'instant avec finances.brussels. Nous sommes convaincus que la généralisation, le fait d'avoir plus d'entreprises impliquées, d'avoir aussi plus de demandes portera le modèle de l'économie circulaire. Comment comptez-vous agir sur la demande ? Ce volet est évidemment crucial : pour que ça marche, il faut que ces entreprises aient des clients, qu'elles puissent vivre par elles-mêmes, sans l'argent public, les prêts, etc. Nous pouvons agir sur la demande publique, en adaptant les cahiers des charges des marchés publics afin que les PME locales puissent plus facilement répondre, en proposant des biens produits ici. Nous mettrons aussi en place des labels pour que les Bruxellois achètent bruxellois, qu'ils soient attirés par l'économie locale. Bruxellois ou belge ? ou européen ? Oui, j'entends une production proche de nous. Mais, je suis dans le gouvernement bruxellois... A Bruxelles justement, dans une économie essentiellement tertiaire et sur un petit territoire, peut-on vraiment miser sur le circulaire ? Oui, la créativité est impressionnante. Si vous voulez avoir une activité primaire à Bruxelles, votre matière première, ce sont les déchets. La société BC materials, par exemple, utilise les terres d'excavation pour fabriquer des briques. Les entreprises de construction sont contentes car elles ne doivent pas expédier ces terres ailleurs et eux, à Tour & Taxis, ils créent un nouveau produit pour lequel la demande existe. Il y a encore des lieux à Bruxelles où il y a moyen de faire de la production à grande échelle. Cherchez-vous néanmoins des complémentarités avec les Régions voisines ou misez-vous sur une circularité bruxello-bruxelloise ? Nous aurons évidemment besoin de liens étroits avec les deux autres Régions. Dans la production alimentaire notamment. Nous avons une ambition très forte de développer cela à Bruxelles mais c'est clair que nous n'y arriverons pas sans inclure la Flandre et la Wallonie. J'ai d'abord pris mes marques dans ces matières, mes collègues aussi d'ailleurs et nous allons maintenant voir ce que nous pouvons faire ensemble. Dans une optique de circularité, il est plus que logique de collaborer avec ses voisins ! Les accords de gouvernement prévoient de travailler de concert avec la Wallonie pour un pôle de compétitivité dans le numérique, nous y travaillerons avec Willy Borsus. Bruxelles a bien creusé sa route dans l'économie digitale, avec des réussites comme Be Central ou la healthtech (e-santé). Quelles actions pour capitaliser sur ces réussites ? Nous avons de gros atouts avec la présence des universités, de centres de recherche, de deux incubateurs liés à ces universités. C'est grâce à cela que le secteur de l'e-santé se développe à Bruxelles. Notre souhait est que ce bel écosystème, actuellement focalisé sur les soins de santé, se préoccupe aussi du volet préventif, que les recherches débordent vers les déterminants de la santé. Le gouvernement est prêt à encourager les entreprises dans cette direction.