Il y a bien une chose sur laquelle tout le monde s'accorde au Moyen-Orient : le califat imaginé par Daech est une menace qui doit être éradiquée. Cet objectif sera atteint en 2018. L'organisation terroriste a été chassée en juillet de Mossoul - où elle avait proclamé le califat en 2014 - ainsi que de sa " capitale " en Syrie, Raqqa (en octobre). Tout porte à croire que son chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, sera tué dès lors qu'auront chuté ses derniers bastions dans la vallée de l'Euphrate et à la frontière irako-syrienne.
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Il y a bien une chose sur laquelle tout le monde s'accorde au Moyen-Orient : le califat imaginé par Daech est une menace qui doit être éradiquée. Cet objectif sera atteint en 2018. L'organisation terroriste a été chassée en juillet de Mossoul - où elle avait proclamé le califat en 2014 - ainsi que de sa " capitale " en Syrie, Raqqa (en octobre). Tout porte à croire que son chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, sera tué dès lors qu'auront chuté ses derniers bastions dans la vallée de l'Euphrate et à la frontière irako-syrienne. Loin de mettre fin au martyre du Moyen-Orient, la chute du califat ne fera que révéler dans toute leur acuité les tensions sous-jacentes qui en avaient permis l'essor. Déjà de nouveaux conflits s'attisent : les anciens alliés se disputent les dépouilles de guerre et les ennemis de toujours renouent avec la haine. La communauté internationale reconnaîtra de plus en plus en Bachar El-Assad, sauvé par la Russie et l'Iran, comme chef incontesté de la Syrie. En Irak, le Premier ministre Haidar Al-Abadi aura reconquis l'essentiel du pays avec l'aide à la fois des Etats-Unis et de l'Iran. Ces derniers ont combattu séparément contre Daech sans parvenir à dompter durablement les forces délétères qui rongent tous les Etats arabes modernes - autocrates sans légitimité, rivalités religieuses et ethniques, politiques économiques mal avisées et chômage de masse pour la jeunesse. L'Etat islamique est loin d'être le seul groupe armé à émerger des décombres. Fauteurs de troubles, faiseurs de rois, voire véritables états dans les Etats, des organisations armées joueront un rôle clé un peu partout dans la région. L'année 2018 sera en particulier décisive pour les milices kurdes et le Hezbollah, l'organisation chiite libanaise. Les Kurdes sont la plus importante minorité de la région à se voir refuser un Etat. Or, autant en Irak qu'en Syrie, ils ont joué un rôle essentiel aux côtés des Occidentaux pour repousser Daech. Des 25 à 35 millions de Kurdes, disséminés pour l'essentiel dans quatre pays (Irak, Turquie, Iran et Syrie), les Irakiens sont ceux qui jouissent, et depuis longtemps, de la plus grande autonomie. Mais un référendum d'indépendance convoqué imprudemment (le 25 septembre 2017) par Massoud Barzani, le président du Kurdistan irakien, est venu raviver l'hostilité de voisins qui jusque-là toléraient, voire soutenaient, cette enclave. L'Iran et la Turquie ont craint de voir ces velléités sécessionnistes donner des idées à leur propre minorité kurde. Au cours d'une opération orchestrée par Téhéran, l'Etat irakien s'est empressé de reprendre la ville disputée de Kirkouk ainsi que la plupart des conquêtes faites par les Kurdes dans la guerre contre Daech - y compris de lucratifs gisements pétroliers. Si cette première offensive n'a pas fait couler trop de sang, il est à craindre qu'un nouveau conflit en Irak, entre Arabes chiites et Kurdes, ne vienne s'ajouter à celui qui oppose déjà entre eux les Arabes, chiites et sunnites. Le risque de voir les Kurdes de Syrie entrer en conflit avec Damas et ses alliés chiites augmentera dès lors que les différentes parties se retrouveront face à face dans le sud de la Syrie. La Turquie, elle aussi, pourrait se sentir encouragée à agir plus fermement contre les Kurdes syriens, contre lesquels elle est déjà intervenue pour les empêcher de réunir leurs enclaves du Nord. L'Iran et ses alliés chiites sont les grands vainqueurs de ce chaos. Le Hezbollah en particulier, qui, de puissante milice libanaise, est devenu une sorte de grande Légion étrangère pour les chiites de toute la région. Il a certes enregistré de lourdes pertes, mais ses combattants déjà rompus à la guerre ont appris à agir en formations organisées, de type bataillon ou brigade, et ont tiré bien des enseignements de leur collaboration avec la Russie. Ce qui ne laisse pas d'inquiéter Israël. L'Etat hébreu redoute de voir le Hezbollah s'implanter durablement en Syrie et y ouvrir un deuxième front contre lui. Les deux camps brandissent la menace de la guerre, une guerre plus sale que celle de 2006, qui s'était terminée sans vainqueur. Peut-être préfèreraient-ils l'éviter, mais plus le règlement politique du conflit syrien semblera favorable au Hezbollah et à l'Iran, plus Israël ressentira le besoin d'essayer de les remettre à leur place. Ailleurs, d'autres forces non étatiques ajouteront à la confusion régionale. Parmi elles les Houthistes, milice chiite qui lutte au Yémen contre une coalition soutenue par les Saoudiens, les factions hétéroclites qui s'affrontent en Libye et les Frères musulmans, mouvement islamiste affaibli mais toujours redouté que l'Egypte, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite entendent éliminer. Dans le chaos généralisé, des puissances non arabes (la Turquie et l'Iran, mais aussi la Russie et les Etats-Unis) viendront toujours soutenir les différentes parties en présence. Des ralliements qui peuvent aussi bien accentuer le morcellement régional qu'aider les Etats arabes à se renforcer. L'Iran et la Russie ont réussi à étendre leur influence à peu de frais, preuve de l'affaiblissement aussi bien des Arabes sunnites que de l'adversaire américain. Tous les efforts de Donald Trump pour étouffer Téhéran seront, au mieux, inefficaces. En désavouant l'accord sur le nucléaire signé par Barack Obama, il ne fera qu'affaiblir le seul vrai moyen de pression sur le pays. Le président américain ne pourra réunir ni les moyens ni la volonté politique nécessaires pour gêner concrètement l'Iran. Les conservateurs iraniens verront même leur influence accrue en 2018, ce qui augmentera les risques de voir un guide suprême intransigeant arriver au pouvoir après la mort d'Ali Khamenei. Et les djihadistes dans tout ça ? Le regain de tensions entre leurs ennemis alimentera certainement leurs espoirs de faire un grand retour. Certains combattants de Daech poursuivront le djihad dans leur pays d'origine. Privés du territoire physique du califat, beaucoup rejoindront Al-Qaida (qu'ils avaient quitté pour Daech), qui reprendra sa place de principal réseau djihadiste mondial. Il faudra suivre en 2018 la montée en puissance d'une personnalité au patronyme bien connu : Hamza ben Laden, fils d'Oussama.Par Anton La Guardia.