La longue hégémonie de la gauche en Amérique latine a pris fin. En 2017, le glissement vers la droite s'accentuera sur plusieurs fronts. Au Chili et en Equateur, l'élection présidentielle aboutira peut-être au remplacement du gouvernement de gauche. La longue agonie du Venezuela conduira à une transition négociée, qui marquera la fin du pouvoir chaviste. En Colombie, la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) procédera sans doute à son désarmement et se transformera en un parti politique civil.
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La longue hégémonie de la gauche en Amérique latine a pris fin. En 2017, le glissement vers la droite s'accentuera sur plusieurs fronts. Au Chili et en Equateur, l'élection présidentielle aboutira peut-être au remplacement du gouvernement de gauche. La longue agonie du Venezuela conduira à une transition négociée, qui marquera la fin du pouvoir chaviste. En Colombie, la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) procédera sans doute à son désarmement et se transformera en un parti politique civil. L'une des raisons de changement de climat politique est la stagnation économique engendrée par la fin du boom des matières premières. Après six années consécutives de ralentissement économique, l'Amérique latine connaîtra une modeste reprise. Après un recul d'environ 1 % en 2016, l'activité économique de la région pourrait gagner 2 %. Ce léger mieux dépendra de la réussite du Brésil et de l'Argentine à sortir de la récession. Au Brésil, Michel Temer, le successeur de la présidente destituée Dilma Rousseff, s'efforcera de faire voter suffisamment de réformes budgétaires pour générer une baisse des taux d'intérêt et une reprise plus forte. Il fera le maximum pour que l'affaire de corruption Petrobras ne rejaillisse pas sur son gouvernement. Et le procès de Luiz Inácio Lula da Silva, l'ancien président accusé de corruption, fera la une de l'actualité. Le président argentin de droite Mauricio Macri sera confronté en octobre à de déterminantes élections de mi-mandat au Congrès. Avec un peu de chance, les nouvelles économiques seront suffisamment bonnes pour lui permettre d'en tirer des avantages politiques. S'il perd ces élections, le reste de son mandat sera agité. Après quatre piètres années de gouvernement de gauche sous la présidence de Michelle Bachelet, l'élection chilienne de novembre manquera de suspense. L'homme d'affaires Sebastián Piñera, ancien président de droite et membre de la Coalition pour le changement, l'emportera probablement sur le socialiste Ricardo Lagos, lui aussi ancien président, qui a 78 ans. Aux élections générales de février, l'Equateur se séparera, provisoirement du moins, de Rafael Correa, le populiste de gauche qui gouvernait depuis 10 ans ce pays jusque-là très instable. Avec une économie tributaire du pétrole, en récession, son successeur désigné Lenín Moreno devra batailler ferme face à Guillermo Lasso, un banquier conservateur de Guayaquil, centre de commerce en pleine expansion. En 2009, le Honduras a connu un coup d'Etat sanglant après la tentative de Manuel Zelaya, un président libéral qui avait viré à gauche, de consulter l'opinion publique au sujet de l'opportunité d'amender la Constitution pour lui permettre de briguer un autre mandat. Le conservateur Juan Orlando Hernández, aujourd'hui au pouvoir, a réussi à faire passer cet amendement. Malgré une criminalité et une corruption endémiques, il devrait l'emporter sur Manuel Zelaya lors de l'élection prévue pour novembre. En dehors des élections, l'opinion publique s'intéressera surtout à la manière dont les hommes politiques de la région répondent à une classe moyenne grandissante mais dont les attentes de progrès sont déçues par la stagnation économique. De nouvelles manifestations contre la corruption et la dégradation des services publics sont à prévoir. La progression constante de la démocratie est l'autre facette de l'Amérique latine. Au Venezuela, la tentative de Nicolás Maduro de gouverner contre la volonté du peuple pourrait tourner court. Après des mois de report, le référendum sur sa destitution devrait avoir lieu en 2017 et Nicolás Maduro pourrait bien le perdre. Si tel est le cas, le choix de son successeur fera l'objet de négociations dans lesquelles l'armée, le Vatican et les dirigeants de la région joueront un rôle important. Cette année sera porteuse de bonnes nouvelles pour les Colombiens si le gouvernement et la guérilla des Farc parviennent à affiner leur accord de paix de manière à tenir compte du rejet dont il a fait l'objet lors du référendum. Si tout se passe bien, le désarmement des 6.000 combattants de la guérilla et des 10.000 miliciens civils sera bouclé avant la fin de l'année et les chefs seront jugés par un tribunal spécial pour la paix. Deux pays d'Amérique latine seront plus particulièrement confrontés à des difficultés en 2017, car ils devront préparer la transition politique de l'année suivante. Le régime cubain de Raúl Castro cherchera à renforcer sa mainmise sur le pouvoir à l'aube de l'ère post-Fídel ; et au Mexique le gouvernement très critiqué d'Enrique Peña Nieto devra déployer des efforts considérables pour éviter la débâcle du tout-puissant Parti révolutionnaire institutionnel. D'une manière ou d'une autre, 2017 montrera qu'il est devenu plus difficile de gouverner dans la région, aussi bien pour les gouvernements de gauche que pour ceux de droite. Par Michael Reid, chroniqueur Amérique latine et Espagne à "The Economist".