C'est sous une fine pluie que nous nous élançons ce jour-là à la poursuite de Dominique Leroy. La CEO de Proximus et Manager de l'Année 2015 nous embarque dans une de ses deux séances d'entraînement hebdomadaires. Direction l'ancienne promenade du chemin de fer, au sud de Bruxelles, entre le parc de Woluwe et Stockel. D'habitude, quand le temps est maussade, elle préfère courir quelques kilomètres sur son tapis de course, en gardant un oeil sur les infos ou sur un épisode d'Orange is the new black. Mais pour Trends-Tendances, elle fait une exception : Dominique Leroy chausse ses baskets et enfile son survêt pour une séance de 45 minutes à vive allure.
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C'est sous une fine pluie que nous nous élançons ce jour-là à la poursuite de Dominique Leroy. La CEO de Proximus et Manager de l'Année 2015 nous embarque dans une de ses deux séances d'entraînement hebdomadaires. Direction l'ancienne promenade du chemin de fer, au sud de Bruxelles, entre le parc de Woluwe et Stockel. D'habitude, quand le temps est maussade, elle préfère courir quelques kilomètres sur son tapis de course, en gardant un oeil sur les infos ou sur un épisode d'Orange is the new black. Mais pour Trends-Tendances, elle fait une exception : Dominique Leroy chausse ses baskets et enfile son survêt pour une séance de 45 minutes à vive allure. Cela fait 10 ans que le virus de la course l'a mordue. Au départ, l'objectif était une simple remise en forme. Mais la CEO s'est prise au jeu, enchaînant les courses. Elle participe aux 20 kilomètres de Bruxelles chaque année (1 h 48 en 2015) et a déjà deux marathons à son palmarès : celui de New York et celui de Berlin. "Je devais participer à celui de Chicago. Mais j'ai renoncé quand j'ai changé de job pour rejoindre Belgacom", souffle-t-elle sans ralentir sa foulée. Depuis qu'elle est CEO, elle a plus de mal à intercaler ses séances d'entraînement entre deux rendez-vous. Mais elle court toujours entre 10 et 20 kilomètres par semaine. "J'en ai besoin, lâche-t-elle. Cela me vide la tête." La course, un moment rare de décompression dans un agenda bien compact. 8 h30 Premier rendez-vous de la journée. Dominique Leroy rencontre Bruno van Pottelsberghe, doyen de la Solvay Brussels School of Economics & Management. L'homme a eu du flair. Fin 2013, il l'approche pour lui confier la présidence de l'International Advisory Board, un comité consultatif composé d'anciens de Solvay, destiné à conseiller l'école de commerce pour son positionnement stratégique sur le marché international. "Le matin, je proposais à Dominique de rejoindre la présidence du board, l'après-midi les politiques annonçaient sa nomination comme CEO de Proximus", se souvient Bruno van Pottelsberghe. La première femme CEO d'une entreprise du BEL 20 : une excellente carte de visite pour Solvay, qui amorce avec le doyen une politique de rajeunissement et de féminisation de ses cadres."Je suis ici plus à titre personnel qu'au nom de l'entreprise", souligne Dominique Leroy. La patronne figurera dans une prochaine vidéo promotionnelle pour son ancienne faculté, et suggère des noms pour l'accompagner : Arnaud Feist (Brussels Airport), José Zurstrassen (fondateur de Keytrade Bank), Sébastien Delletaille (Real Impact Analytics)... "On veut des gens sympas dans la vidéo", explique Bruno van Pottelsberghe. Le tandem profite de la présence de notre photographe pour improviser une séance photo dans le bureau du doyen, afin d'illustrer la prochaine livraison de la gazette de l'école. Pas le temps de faire un détour par le cercle Solvay, où Dominique Leroy garde quelques souvenirs de guindaille. Baptisée, la CEO de Proximus a même été vice-reine des bleuettes. "Et encore, si je n'ai pas gagné, c'est parce qu'il y a eu de la triche !", plaisante cette compétitrice née. Dominique Leroy a failli faire polytech, comme son père. Mais elle a changé d'avis en dernière minute : "Il y avait trop de nerds !, lance-t-elle, sourire en coin. Je me suis dit : 'Non je ne peux pas étudier pendant cinq ans dans cette faculté.' J'ai préféré faire Solvay, ils avaient l'air plus normaux, rit-elle, et le cursus me paraissait plus complet". Entre deux cours - et pendant ceux qui l'intéressaient moins, la student tape la carte au cercle. "J'y ai appris à bien jouer au whist et à avoir une bonne descente !" De ses années à l'ULB, Dominique Leroy garde le souvenir d'une promotion "atypique" et "solidaire", où elle a croisé Jean-Marie Laurent Josi (Cobepa), Valérie Urbain (Euroclear), Yvan Moreau (Pairi Daiza) ou encore Christian de Haaij (Goldman Sachs). La promotion 1987 est décidemment un grand cru chez Solvay.Elle court, elle court, Dominique Leroy. "Trends-Tendances" a tenté de suivre la CEO de Proximus au cours d'une journée-marathon. 24h dans le quotidien de la Manager de l'Année 2015C'est aussi l'occasion de nous dévoiler son nouveau gadget : une montre connectée Samsung, qui la prévient de l'arrivée de nouveaux messages. "Elle m'encourage même à faire de l'exercice. Elle me dit : 'Bravo, vous avez bougé'", s'amuse-t-elle. Dominique Leroy s'astreint à une discipline stricte en matière de gestion des e-mails. En réunion, elle refuse de jeter le moindre coup d'oeil à son smartphone. La montre intelligente est un bon compromis : elle permet un regard furtif, le temps de voir si un message important vient d'arriver. Mais la CEO s'en occupera plus tard, les règles de sécurité de l'entreprise lui empêchant de lire ses e-mails sur sa montre. Dominique Leroy n'est de toute façon pas une adepte du management par e-mail. Elle en reçoit environ 150 par jour, une quantité plutôt raisonnable pour un patron d'une grande entreprise. "Je ne m'engage jamais dans des discussions par e-mail. Si j'ai quelque chose à dire à un collaborateur, je décroche mon téléphone ou je vais le voir. J'ai besoin de discuter pour avancer." Son smartphone vibre. "Un SMS de mon fils. C'est important, c'est toujours important, murmure-t-elle." Nous n'en saurons pas plus. La famille, les enfants, c'est la ligne rouge de Dominique Leroy. Les moments, trop rares, avec ses fils de 17 et 19 ans, restent son jardin secret. Tous les matins, elle déjeune avec le plus jeune. Elle croise généralement le plus âgé dans la soirée. "C'est essentiel de privilégier ces moments", glisse-t-elle. Quinze minutes avec chacun. C'est peu. Et c'est la conséquence inévitable d'un agenda surchargé. Lorsqu'on lui a proposé de prendre la tête de Proximus, ses enfants ont tenté de l'en dissuader, craignant qu'elle soit encore moins disponible pour eux. "Nos enfants trouvent que mon mari (il est banquier d'affaires, Ndlr) et moi, nous travaillons trop, explique la CEO. C'est vrai, j'ai beaucoup de travail. Mais je ne me plains pas. On ne dirige pas une entreprise de 14.000 employés et 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en travaillant deux heures par jour." La patronne replonge dans ses dossiers. Ses yeux se plissent. "Je devrais mettre mes lunettes", avoue-t-elle. Elle hésite, puis plonge la main dans son sac, pour en ressortir ses lunettes de lecture. "Ça fait deux ans que j'en porte." Depuis qu'elle est devenue CEO. "Mais ça n'a rien à voir ! C'est l'âge, c'est tout."10 h00 L'ascenseur file vers le 27e étage. Celui des big boss de Proximus. Dominique Leroy y occupe un bureau d'angle - "beaucoup trop grand" selon la patronne, disposant d'une vue panoramique sur Bruxelles. Ce jour-là, le ciel est aussi gris que la moquette délavée, qui assourdit chacun de nos pas. Le bureau n'a pas beaucoup changé depuis l'époque du flamboyant John Goossens. Les murs lambrissés habillent la pièce d'une touche très old school que la patronne a tenté de masquer à coup de mobilier design. Exit les canapés en cuir, remplacés par de gros fauteuils moelleux aux couleurs vives, surmontés d'une toile Pop Art, une lithographie de Roy Lichtenstein baptisée Red Lamps. Des chaises transparentes Kartell, deux tables en verre, un bureau géant d'un noir profond, un banc d'extérieur aux couleurs de Proximus, non poncé (mieux vaut éviter de s'asseoir dessus sous peine de voir ses vêtements y rester, prévient la CEO, qui en a déjà fait l'amère expérience) et un tapis d'Orient ramené de la collection personnelle de la patronne complètent cet étonnant patchwork. Installée devant son PC pour une séance de "mail time", comme prévu dans son planning de la journée, Dominique Leroy commente les nouvelles du jour. On parle d'un rapprochement Vodafone-Liberty Global dans le Financial Times. "Cela pourrait être le début de la phase de consolidation dans les télécoms dont on parle depuis longtemps, avance-t-elle. C'est aussi un sujet qui concerne Proximus au premier chef, puisque nous avons un accord de partenariat avecVodafone." Des updates lui parviennent au sujet du conseil d'administration du lendemain. L'occasion pour la CEO de mettre les points sur les "i" : "Nous avons un CA très professionnel, qui s'intéresse à la valeur de l'entreprise. Ce n'est pas un conseil d'administration politique comme on peut le penser". 10 h30 Direction la salle du conseil, au 28e et dernier étage. Le président du CA Stefaan De Clerck nous accueille au 28e et dernier étage de manière joviale pour la dernière commission paritaire de l'année. Face à face, les représentants syndicaux et les représentants de l'entreprise. Malgré les discussions en cours concernant l'évolution du coût salarial dans l'entreprise, l'affrontement se fait à fleurets mouchetés. Après des revendications concernant l'avenir des jointeurs de l'entreprise, un syndicaliste prend même la parole pour... remercier la direction au sujet de la manière avec laquelle elle a géré l'épisode de la menace terroriste de niveau quatre à Bruxelles. "Ce qui a été fait à ce moment-là pour le personnel était parfait. Quand les choses sont positives, il faut aussi pouvoir le dire", souligne le représentant syndical. "C'est bientôt fini", nous glisse la secrétaire générale après quelques minutes à peine de réunion. L'heure est aux réjouissances. Le président du CA a amené ses traditionnels cadeaux de fin d'année pour l'assemblée, qui remise ses armes à l'occasion de la trêve de Noël. Les partenaires sociaux trinqueront ensuite à la paix sociale qui a jusqu'à présent plutôt régné sur l'entreprise. Cela dit, 11 h, ce n'est pas un peu tôt pour le mousseux ? "Je suis restée à l'eau", nous rassurera Dominique Leroy, de retour dans son bureau. 11 h30 Passage obligé chez Pernelle Falck. Dominique Leroy se rend chez sa fidèle assistante pour un débriefing sur l'évolution du planning de la journée, qui peut évoluer à tout moment. Il reste un peu de temps à la patronne avant la prochaine réunion, un tête-à-tête avec Vincent Licoppe, directeur stratégie de l'entreprise. Elle en profite pour plaisanter sur la dernière récompense qu'elle vient de se voir attribuer : le Leadership Prize 2015 décerné par le Harvard Club of Belgium. Une récompense façon globe de cristal attend sagement d'être déballée sur le coin de son bureau. "Vous pouvez ouvrir la boîte, mais attention c'est lourd", avertit-elle. Une ligne dans son CV nous avait-elle échappé ? "Non, je n'ai jamais mis les pieds à Harvard, sourit-elle. Mais je suis très honorée, surtout quand je vois le palmarès de ce prix." Frans Van Daele, Jef Colruyt ou encore Herman Van Rompuy ont remporté cette récompense décernée par les alumni belges de la célèbre université américaine. Trois semaines plus tard, c'est le titre de Manager de l'Année 2015, décerné par Trends-Tendances, qui est attribué à la CEO de Proximus. "Ce n'est pas un prix personnel. Je vois ce prix comme une récompense collective pour le travail effectué par tout le personnel de l'entreprise", insiste Dominique Leroy. La patronne a pris sa nomination à coeur, n'hésitant pas à faire campagne sur les réseaux sociaux (Twitter, LinkedIn) à coups de #WeAreProximus, afin de mobiliser son personnel et de l'inviter à voter pour sa candidature. Insuffler un certain esprit de corps et une certaine fierté de travailler pour l'opérateur, c'est une des missions que s'est fixée Dominique Leroy. "Le CEO doit donner une vision à l'entreprise. Mais une de ses tâches principales est aussi d'enlever un maximum de barrières au sein de la société afin que les collaborateurs travaillent mieux ensemble", commente-t-elle. Si elle a la réputation d'être une patronne à poigne, elle semble également jouir d'un bon capital de confiance au sein de l'entreprise. Contrairement à son prédécesseur qui cultivait le mythe du patron volontairement distant, elle cherche à soigner ses relations avec son personnel. Au moins une fois par mois, Dominique Leroy organise des visites surprise "sur le terrain", afin de prendre le pouls d'une boutique Proximus, d'une équipe technique, d'un call center, etc. "Je ne veux pas être isolée de la réalité, ni me sentir distanciée de ce qui se passe dans l'entreprise", explique-t-elle. Depuis son arrivée à la tête de l'opérateur, elle a choisi de se mettre en avant, d'incarner la marque Proximus. "On me reconnaît quand je fais mes courses chez Delhaize. On m'appelle Madame Proximus. Ça fait bizarre et ça gêne un peu mes enfants." Au point que ceux-ci lui demandent désormais de les déposer à cinquante mètres de leur club de hockey ou de leur local scout. "Aucun enfant n'a envie d'être reconnu à travers ses parents. Ils ne veulent sans doute pas être vus comme des 'fils de'. J'essaye de respecter cela, même si ce n'est pas facile. Cela crée une distance." 12 h30 Pas le temps de faire un tour à la cafétériade Proximus, au rez-de-chaussée. La réunion suivante, avec le directeur de la stratégie de l'entreprise, sera l'occasion d'avaler en vitesse une salade de quinoa. Pernelle Falck, l'assistante personnelle de la CEO, qui occupe un bureau contigu, est en charge de l'approvisionnement. Dans son tiroir, elle stocke la carte de fidélité du Foodmaker installé dans l'immeuble et un petit bocal où sont enfermés quelques euros pour régler les repas de la boss. Pernelle Falck et Dominique Leroy, c'est une affaire qui roule. "Elle est très efficace et elle me connaît bien. C'est elle qui gère mon agenda. Une tâche difficile, qui définit beaucoup de choses", observe la CEO. Sur un tableau blanc, Pernelle Falck a malicieusement épinglé un article de Trends-Tendances intitulé "Le retour aux journées courtes", qui fait l'éloge des horaires de travail "raisonnables", synonymes d'un bon équilibre vie privée/vie professionnelle. "Ça n'a pas changé grand-chose à son agenda", reconnaît Pernelle Falck en haussant les épaules. La dynamique assistante s'occupe de sa patronne depuis son arrivée chez Belgacom il y a quatre ans, lorsque la directrice d'Unilever Belgique a été débauchée par Didier Bellens. Liées par une confiance mutuelle, elles ont gravi les échelons ensemble, depuis le poste de directrice sales jusqu'à celui de CEO en passant par le grade de vice-présidente chargée de la division consommateurs. "Elle m'a demandé de lui dire immédiatement si jamais, en chemin, elle changeait de caractère. Ce n'est jamais arrivé", assure Pernelle Falck. "Il ne faut pas se prendre la tête. Cela fait partie des valeurs que je veux transmettre à mes enfants, avec un certain bagage intellectuel et sportif", souligne Dominique Leroy. Née d'un père francophone originaire de Nimy (près de Mons) et d'une mère flamande originaire de Zemst (près de Malines), Dominique Leroy a été éduquée dans les deux langues, même si elle a fait toute sa scolarité à Bruxelles dans l'enseignement francophone. "Mon père, seul enfant d'une famille ouvrière à avoir fait l'université, m'a toujours poussé à oser des choses. Ma mère, frustrée de ne pas avoir pu faire d'études supérieures, a reporté ses ambitions sur moi. Le message de mes parents était : étudie et sois indépendante", analyse la CEO. Dans le bureau d'à côté, la réunion se termine. Le directeur de la stratégie Vincent Licoppe reprend ses dossiers. Petit commentaire à la sauvette sur la méthode Leroy : "Dominique est attentive à tout. Elle emmagasine, elle écoute. Et elle reprend nos suggestions, enfin disons une partie de celles-ci. Elle est très exigeante. Et cette exigence, elle se l'applique d'abord à elle-même", précise-t-il. "Je ne suis pas une boss facile", confirme la patronne.14 h00 La perle rare. La réunion avec le cabinet de chasseurs de têtes Eric Salmon & Partners vise à planifier un recrutement stratégique, qui fait suite à l'annonce du départ à la retraite du directeur RH. Michel Georgis, 15 ans de maison, quittera Proximus dans le courant de l'année 2016. "C'est un beau job", glisse dans un sourire celui qui ne s'en fait pas trop pour sa succession : des candidats pour le remplacer, il y en aura. William Mosseray (Eric Salmon) se tourne vers Dominique Leroy : "Nous allons réunir cinq à sept noms dans une première liste, histoire de te faire réagir ", annonce le chasseur de têtes, qui connaît bien l'opérateur pour y avoir exercé différents jobs, dont celui de vice-président chargé de la stratégie. " Quand la liste sera-t-elle prête ?", demande la CEO. "On va essayer fin janvier", répond le chasseur de têtes. "Mi-janvier, ce serait mieux." La poire sera finalement coupée en deux : ce sera pour la troisième semaine de janvier. Passé ce détail d'agenda, William Mosseray soulève un obstacle potentiel : la rémunération. Depuis l'introduction des nouvelles règles de limitation des salaires pour les top managers dans les entreprises publiques, les rémunérations du CEO et des membres du comité de direction sont plafonnées. Le chasseur de têtes n'exclut pas que cela pose des difficultés à certains candidats. Ce qui n'effraye pas Dominique Leroy : "A nous de les convaincre qu'ils travailleront dans une super société". 15 h00 Les réunions s'enchaînent. Autour de la gigantesque table ronde, plantée dans le bureau attenant à celui de la patronne, les poids lourds de l'entreprise sont là. La CFO Sandrine Dufour, le patron de la division entreprises Bart Van Den Meersche et le DRH Michel Georgis font notamment partie de l'assemblée. Quelques rires gênés, une fausse conversation qui s'engage... Les vraies discussions commenceront quand nous serons de l'autre côté de la porte. 16 h00 "Vous allez me changer ça." Le ton n'appelle pas à la discussion. Lors de la présentation d'un nouvel outil statistique par trois de ses collaborateurs, la CEO de Proximus a repéré une référence obsolète à Belgacom, l'ancienne dénomination de l'entreprise. "Je suis un peu sensible à cela", reconnaît Dominique Leroy. Le changement de nom et d'identité visuelle, c'est l'un des chantiers majeurs menés par la patronne depuis son arrivée à la tête de l'opérateur. Faire oublier Belgacom, sa référence trop appuyée à la Belgique et son côté institutionnel lié à son actionnariat public, c'est une tâche immense qui a mobilisé toute l'entreprise. Et ce n'est pas terminé. Le matin même, le doyen de Solvay a rappelé que Belgacom avait participé au financement de certains locaux de la faculté. L'ancien nom de l'opérateur figure encore sur le fronton du bâtiment, avenue Franklin Roosevelt. Peut-on y faire quelque chose, demande Dominique Leroy ? "A moins que j'y aille avec mon marteau et mon burin, je pense que ça restera comme ça", plaisante Catherine Deltenre, responsable du rebranding de l'entreprise. 17 h00 Leroy chez le Roi. Après un rapide détour dans le centre-ville pour embarquer le mari de sa patronne, le chauffeur prend la direction du palais royal. Les grilles s'ouvrent pour laisser entrer le couple, qui figure sur la liste des quelque 600 invités triés sur le volet à l'occasion du traditionnel concert de Noël. La partition de Dominique Leroy commencera réellement au cours de la réception organisée juste après dans la Salle des Glaces, ornée des célèbres scarabées verts de l'artiste Jan Fabre. C'est là que se noueront des contacts informels avec les invités royaux. Quatre soirs par semaine, Dominique Leroy est en représentation officielle. "Je devrais peut-être freiner. Il faudrait que j'arrive à dire non", avance la CEO, sans réelle conviction.A ce niveau de responsabilité, le networking fait partie intégrante du job. La patronne connaissait le monde des affaires ; elle a découvert celui de la politique. Au-delà du statut d'entreprise détenue majoritairement par l'Etat belge, les activités de Proximus obligent la CEO à nouer des contacts à tous les niveaux de pouvoir. "La Belgique est un pays compliqué. Si on veut par exemple faire avancer un dossier qui concerne des profils issus de l'enseignement technique, il faut voir Joëlle Milquet, Jean-Claude Marcourt, Hilde Crevits... Il faut arriver à comprendre les enjeux qui les concernent." Si elle a des réserves sur la tuyauterie institutionnelle belge, elle semble néanmoins nourrir une certaine admiration pour ces hommes et ces femmes politiques. Une reconversion pourrait-elle l'intéresser ? "Il ne faut jamais dire jamais. Mais je préfère mon rôle de CEO. Cela me convient mieux. La prise de décision est plus simple, plus directe. On peut avancer." Dominique Leroy prend place au premier rang, à quelques sièges du Roi et de sa famille, soumis aux flashs incessants des photographes. "D'habitude, quand il y a les ministres et tout le protocole, je suis beaucoup plus loin", remarque- t-elle, presque gênée. Le concert commence. Dans un style radicalement différent des festivals que la CEO a l'habitude d'écumer : Rock Werchter, Les Ardentes, Les Francofolies de Spa, etc. "L'année dernière, on a fait Tomorrow Land avec des amis. J'ai adoré David Guetta. Je vais y retourner cette année."