Depuis que l'idéologie américaine détermine notre culture, l'obsession du succès n'est jamais bien loin. L'important n'est pas d'être d'humeur égale, ou généreux ou équilibré, mais de gagner et de marquer des points. Ce qui compte, c'est d'être le meilleur, dominer le terrain, être admiré. Il n'y a pas de plus grand reproche en ce monde que celui d'être un loser. Vous voudriez aussi être un vrai gagnant ? Suivez dans ce cas les conclusions que j'ai récoltées en suivant le débat entre les deux grands gourous - bien sûr américains - de la psychologie du succès : le relativement jeune professeur Adam Grant, dont le succès est monté en flèche grâce à ses livres Give and Take et Originals, et Malcolm Gladwell, le journaliste spécialisé en sciences sociales qui a le mieux réussi, célèbre pour sa chevelure à la Art Garfunkel et ses livres The Tipping Point, Blink et Outliers. L'honnêteté me commande de souligner que Gladwell ne travaille pas toujours avec la pl...

Depuis que l'idéologie américaine détermine notre culture, l'obsession du succès n'est jamais bien loin. L'important n'est pas d'être d'humeur égale, ou généreux ou équilibré, mais de gagner et de marquer des points. Ce qui compte, c'est d'être le meilleur, dominer le terrain, être admiré. Il n'y a pas de plus grand reproche en ce monde que celui d'être un loser. Vous voudriez aussi être un vrai gagnant ? Suivez dans ce cas les conclusions que j'ai récoltées en suivant le débat entre les deux grands gourous - bien sûr américains - de la psychologie du succès : le relativement jeune professeur Adam Grant, dont le succès est monté en flèche grâce à ses livres Give and Take et Originals, et Malcolm Gladwell, le journaliste spécialisé en sciences sociales qui a le mieux réussi, célèbre pour sa chevelure à la Art Garfunkel et ses livres The Tipping Point, Blink et Outliers. L'honnêteté me commande de souligner que Gladwell ne travaille pas toujours avec la plus grande minutie, avec ses déclarations extrêmes, et qu'Adam Grant, certainement plus calé en la matière, l'épargne avec soin dans le débat. L'académicien met des gants de velours avec le journaliste. Première grande leçon du succès : ne vous faites pas d'ennemis inutilement. Gardez une attitude positive.Gladwell et Grant ont le nez fin pour le bon exemple et commencent avec l'homme à succès du moment: Roger Federer. Le Suisse répond aussi au profil des personnes que j'admire le plus : compétent et sympa. Steve Jobs était compétent, mais il n'était pas sympa. Je ne l'ai jamais admiré. Cet été, j'ai logé pendant une semaine dans un joli B&B italien à la campagne, près de Candarola. Cette petite ville est l'une de ces dizaines des villes fantômes dans le centre de l'Italie sinistré par les tremblements de terre. Loger sur une colline à côté d'une ville fantôme a été une expérience bouleversante. Mes hôtes étaient super sympas, madame cuisinait divinement, mais hélas, au niveau de l'exploitation, ils n'étaient pas aussi compétents. Ils ont fait diverses fautes professionnelles. Dommage, car malgré leur hospitalité généreuse, nous nous sommes trop énervés pour jouir de vacances de tout repos. Une simple check-list aurait suffi à éviter beaucoup de problèmes. Je veux aider ces personnes, de cette région touchée, mais je ne les admire pas. Je les admire en tant qu'êtres humains, mais pas en tant que professionnels. Donnez-moi seulement Federer. Surtout parce que cet homme a appris à contrôler son caractère colérique. Agir en être civilisé implique de garder sous contrôle ses émotions primitives.Je n'admire jamais les personnes qui hurlent, s'emportent, intimident, jurent. Mais je ne confonds pas sympathie avec mollesse. Dans la psychologie de la performance, la sympathie est de l'intelligence interpersonnelle: mettre les autres à leur aise, ressentir ce qui est important pour eux, les rendre fans de vous. Le vrai succès s'étend. Vous avez besoin d'admirateurs, de supporters. Dans ce monde virtuel, plus que jamais. Si vos partisans ne vous perçoivent pas comme approchable, accessible et sympathique, il y a peu de chance qu'ils diffusent votre message. Il est frappant de constater que le succès s'avère systématiquement lié au contrôle de ses propres émotions et de celles d'autrui. La ténacité et la capacité à se créer des alliances sont plus importantes que le talent naturel, la manipulation ou la menace.Le timing reste le facteur le plus mystérieux du succès, pas seulement pour raconter une blague. En management et en politique, il y a très peu de décisions vraiment mauvaises. Mais bien des décisions qui arrivent trop tôt ou trop tard, qui ont eu des conséquences désastreuses et se sont en conséquence révélées mauvaises. Dans beaucoup de domaines, ne pas décider est la décision la plus mauvaise. Cela s'applique en général dans un environnement d'affaires. Mais dans l'espace, le principe suivant prévaut : on ne peut jamais revenir sur une mauvaise décision, mieux vaut donc prendre son temps. S'il publie des résultats trop vite, remis en cause par la suite, la carrière d'un scientifique est terminée. Dans un environnement complexe, le succès est surtout lié au juste équilibre entre des décisions rapides, plutôt intuitives, et des décisions lentes, bien réfléchies. Parfois il vaut mieux être un lièvre, parfois il vaut mieux être une tortue. Si vous atterrissez aux urgences, vous préféreriez probablement avoir affaire à un chirurgien un tantinet plus lièvre que tortue. Mais si un neurochirurgien vous ouvre le crâne, vous voudriez probablement qu'il prenne son temps. Je pense que les grands succès à un âge précoce sont la plupart du temps une question de chance. Les lièvres visitent plus d'endroits que les tortues. Mais confirmer son succès et le prolonger est rarement une question de chance.