" Il y a avant tout l'appétit de l'être humain pour créer des liens entre des faits épars qui permettent, une fois rassemblés, d'aborder les rouages cachés d'actions visibles ", nous explique Arnaud de la Croix, auteur de 13 complots qui ont fait l'Histoire.
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" Il y a avant tout l'appétit de l'être humain pour créer des liens entre des faits épars qui permettent, une fois rassemblés, d'aborder les rouages cachés d'actions visibles ", nous explique Arnaud de la Croix, auteur de 13 complots qui ont fait l'Histoire. Complots il y a eu, et ce livre se plaît à en rappeler quelques cas d'école marquants de l'histoire occidentale. Quant au complotisme - cette réduction d'" un événement fait de plusieurs facteurs à l'action d'un seul groupe ", comme le définit l'auteur -, il semble inévitable lorsque le complot nage dans un bain trouble, où toute zone d'ombre est propice aux théories les plus folles ou bien utiles aux desseins de certains. Dans son ouvrage bien documenté, Arnaud de la Croix commence par la conjuration de Catilina aux dernières années de la République romaine. Avec son projet de faire vaciller le pouvoir en place, le sénateur rebelle et populiste remplit bien la définition commune du complot. Mais quand dans ses Catilinaires, son rival Cicéron, dénonce à raison la menace que constitue l'ennemi, sa prestance oratoire sert aussi sa réputation autant qu'une vision de l'Etat. Quand à la fin du 18e siècle, l'abbé Barruel - premier auteur reconnu comme " complotiste " - dénonce la Révolution française comme une machination ourdie par la bourgeoisie libérale, manipulée par les francs-maçons, il omet dans ses oeuvres de rappeler les causes socio-politiques et économiques qui ont poussé à la remise en cause d'un pouvoir de droit divin tenu par l'aristocratie et l'Eglise. Fallait-il attendre autre chose d'un jésuite, dont la puissante communauté a été violemment poursuivie par les jacobins ? Pour Arnaud de la Croix, il y a toujours à la base d'une théorie du complot, un soupçon de vérité. Mais la reconstitution exacte des faits s'avère un travail minutieux : " Restituer la vérité de manière totale, c'est un idéal ". Le complotiste tend à singer le travail du scientifique ou de l'historien jusqu'au point d'accuser ceux-ci des défaillances dont il se rend lui-même coupable, nous explique-il. A chaque chapitre de cet ouvrage enrichissant et passionnant, sans être trop didactique, il applique une même recette : acteurs en présence, présentation et " débrouillage des faits " et enfin confrontation des sources premières aux travaux d'historiens. L'incendie de Rome par Néron, la grande peste de 1348, l'assassinat de Kennedy, la guerre d'Irak de 2003, etc. Tous ces événements sont pour les " théoriciens du complot " le fait d'un coupable unique (le juif, l'Illuminati, le communiste, Oswald, le dictateur, etc.). Le complotisme fonctionne par son attitude " réductionniste ", écrit l'auteur. Sous ses traits grisants de rébellion à l'égard des puissants, la théorie du complot tente de réduire à néant le travail de l'enquêteur. Et si Arnaud de la Croix ose émettre une hypothèse sur les tueries du Brabant - événement à haut potentiel complotiste -, c'est avec la modestie de l'historien qu'il est d'accepter de la voir invalidée par de nouveaux éléments d'enquête. Alors que Donald Trump a fait des fake news un programme de campagne autant qu'une accusation en direction de ses détracteurs, le complotisme serait ainsi devenu une politique. Pour préserver nos démocraties de ses dangers, Arnaud de la Croix encourage l'esprit humain à " élargir l'éventail de l'enquête ", à éviter le simplisme et à oser " la pensée périlleuse ". La conclusion de son ouvrage reste ele-même optimiste autant qu'elle met en garde. Par Nicolas Naizy.