Tcha Limberger, violoniste non voyant né à Bruges en 1977, s'agenouille sur la scène du beau Théâtre Royal et fait dignement pleurer son instrument. Un cri, une complainte, une mélancolie. Le silence s'installe ensuite, avant que Fabrizio Cassol, le directeur musical de la création, ne s'approche et livre ses commentaires, toujours bluffé par la musicalité du violoniste...

Tcha Limberger, violoniste non voyant né à Bruges en 1977, s'agenouille sur la scène du beau Théâtre Royal et fait dignement pleurer son instrument. Un cri, une complainte, une mélancolie. Le silence s'installe ensuite, avant que Fabrizio Cassol, le directeur musical de la création, ne s'approche et livre ses commentaires, toujours bluffé par la musicalité du violoniste manouche, héritier d'une famille talentueuse. C'est ensuite au tour de la soprano américaine Claron McFadden de montrer combien la voix humaine reste un unique transmetteur d'émotions multiples. C'était il y a un an au Théâtre Royal de Namur et Il Silenti prenait la dernière ligne droite des répétitions face à une salle vide mais remettait à plus tard, pour cause de pandémie, ses premières représentations dans la capitale wallonne. Casse-tête organisationnel, d'autant que ce spectacle à cheval sur plusieurs genres - musique, récit théâtral, opéra et danse - demandait un budget total de 550.000 euros, résultat d'une vaste collaboration avec des institutions internationales. Finalement, certaines des dates prévues en 2021 ont eu lieu - à Marseille, Lyon, Anvers, Luxembourg - contrairement aux représentations namuroises. Une année plus tard, cette création polymorphe est déjà rodée, même si la mise en scène signée de la jeune Flamande Lisaboa Houbrechts laisse de l'espace à une histoire qui le demande. Il s'agit en effet d'abord d'évoquer les peuples oubliés ou négligés par l'histoire. Les Roms bien sûr, mais aussi les autres communautés méprisées, avec un filtre particulier puisque Fabrizio Cassol, saxophoniste, compositeur et tête de pont d'AKA Moon, a basé le spectacle sur les madrigaux de Monteverdi (1567-1643), retravaillés de manière forcément contemporaine. Une réussite à la hauteur de ses ambitions.