En ce dernier jour de juillet, le soleil chauffe à blanc le parc de la Villa Carpentier, à la frontière du Hainaut et de la Flandre-Orientale, à une heure de voiture de Bruxelles. Bâtisse plus que cossue dont le rez-de-chaussée (seul niveau visitable) semble d'emblée beaucoup plus tempéré. " La température à l'intérieur de cette maison patricienne est plutôt agréable, même en cas de grosse chaleur, nous dit Yolande De Bontridder. Comme à l'habitude, Victor Horta s'est préoccupé du confort de l'habitant comme des nuances de décoration, du choix des matières, des détails, de l'ameublement, des boiseries, des poignées de porte. Et c'est splendide. Intérieur comme extérieur sont naturellement classés. "
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En ce dernier jour de juillet, le soleil chauffe à blanc le parc de la Villa Carpentier, à la frontière du Hainaut et de la Flandre-Orientale, à une heure de voiture de Bruxelles. Bâtisse plus que cossue dont le rez-de-chaussée (seul niveau visitable) semble d'emblée beaucoup plus tempéré. " La température à l'intérieur de cette maison patricienne est plutôt agréable, même en cas de grosse chaleur, nous dit Yolande De Bontridder. Comme à l'habitude, Victor Horta s'est préoccupé du confort de l'habitant comme des nuances de décoration, du choix des matières, des détails, de l'ameublement, des boiseries, des poignées de porte. Et c'est splendide. Intérieur comme extérieur sont naturellement classés. " Yolande De Bontridder, la commissaire de l'expo (avec Jennifer Plasman), réside depuis la fin juin au sein-même de la villa, les jours d'ouverture, du vendredi au dimanche. C'est peu dire qu'elle s'est immergée dans le biotope de la construction commandée fin 19e au plus fameux des architectes bruxellois par les époux Carpentier. Monsieur étant entrepreneur à succès dans une région fertile en industries textiles. Ce qui est alors une maison en rase campagne, avec vue de toutes les pièces sur le vaste jardin de trois hectares, a cette particularité de ne pas reléguer au sous-sol les communs et, éventuellement, le personnel. Ici, tout est donc de plain-pied et même s'il n'y a qu'un bout de maison visitable, le hall d'entrée et les pièces aux alentours restent un exemple d'Art nouveau millimétré. Du sol au plafond, l'aventure visuelle traque le moindre détail, demandant à l'oeil de l'amateur de prendre le temps de la visite globale, y compris le jardin extérieur, soit une heure et des poussières. Dans l'entrée de la résidence, le regard s'attarde immanquablement sur une improbable pierre si mystérieuse que personne n'en connaît véritablement les origines. Sinon, plus discrètement, les dessins linéaires de l'Ostendais Jan Vercruysse semblent défier les courbes des ornementations typiquement Horta, notamment ces vitraux sur portes de bois qui flattent les rondeurs sensuelles de l'émail. La campagne d'autrefois - à un jet de pierre du centre de Renaix - comportait des moulins. Il était interdit aux arbres de proliférer, histoire de ne pas perturber le sens des vents. D'où la situation de la Villa Carpentier, aujourd'hui bordée en son entrée par la chaussée de Tournai mais surtout entourée, à 270°, de champs sans constructions. L'oasis est devenue la propriété de Michel Gilbert et Olga, couple dans l'immobilier qui habite aussi l'hôtel Max Hallet, avenue Louise à Bruxelles, et possède le splendide hôtel Winssinger à Saint-Gilles. Quitte à jardiner des jours durant dans la large verdure autour de la demeure de Renaix, ils ont largement retravaillé les origines historiques du lieu, utilisant un drone pour repérer les sentiers originaux recouverts de végétation avec les décennies. Avec au bout de cette recherche de l'authenticité, une très belle allée d'hêtres verts et pourpres, un " exceptionnel hêtre pleureur ", un séquoia américain et un flamboyant ginkgo biloba. Une influence du pays du Soleil levant que l'on retrouve d'ailleurs dans la toiture et les corniches de la villa. Des parfums de japonisme, un courant à la mode dans la seconde moitié du 19e siècle qui n'a pas échappé à la vigilance d'Horta. Par contre, on se demande ce que l'architecte aurait pensé des oeuvres contemporaines installées au gré du parc. Si c'est bien le nom d'Horta qui attire les visiteurs, le projet trouve son plein accomplissement avec des créations actuelles, une vingtaine, posées autour de la villa. " J'ai choisi des artistes internationaux, belges et étrangers, à mi- carrière, entre 35 et 55 ans, des gens qui ont choisi d'être artistes depuis un bout de temps et qui ont un parcours muséal, mais qui ne sont pas forcément connus au niveau du grand public ou des galeries, explique Yolande De Bontridder. La notion de ludique et la frontière floue entre le réel et le virtuel sont importantes. Tout comme le côté recyclage. Par exemple, le Nuage rouge de Tatiana Wolska, qui a été présenté au musée Van Buuren, au Palais de Tokyo ou encore à la Foire de Bruxelles en site extérieur. " De fait, cette sorte de sculpture, mi-cumulus mi-cerf-volant fantasque, est l'une des pièces qui accroche immanquablement l'attention. Aussi par sa technique inventive, recyclage de bouteilles en plastique découpées et thermosoudées. Sans aucun doute, on reste dans l'expression du 21e siècle avec les quatre pièces de la Portugaise Natalia de Mello. Celle-ci invite les enfants à grimper sur les oeuvres en acier, ce qui les amuse beaucoup. En utilisant une peinture holographique - a priori destinée aux carrosseries de voitures - et un jet d'eau, pour peu qu'il y ait du soleil comme en ce vendredi de juillet, l'artiste crée des...arcs-en-ciel sur la pelouse. L'effet est aussi saisissant que poétique. Ce dernier trait caractérise les pièces les plus marquantes du parcours dans le parc. On retrouve une seconde fois l'imagination fertile de Tatiana Wolska, créant un serpent bariolé avec des morceaux de bois récupérés aux alentours, créature bizarroïde fondue dans l'environnement. Tout comme la pirogue-hamac du Français Jean-Bernard Métais, plantée au milieu de la pièce d'eau nouvellement refaite par les propriétaires du lieu. On n'a qu'une envie : s'y glisser pour profiter horizontalement de la canopée, ce qui n'est hélas pas permis. L'impact ludique des propositions dépend de la perception de chacun. Ainsi, le facétieux Breton Erwan Mahéo a pu obtenir des proprios de creuser un trou généreux dans la pelouse du lieu pour exposer celui-ci à côté du tas d'herbe et de terre ainsi récupéré. On nous dit que cela s'inspire des paysagistes anglais du 18e siècle, ce que l'on croit volontiers. Puisque l'un des traits spécifiques de cette expo est que la commissaire De Bontridder (ou d'autres guides selon les heures et les jours) décrypte tout cela avec une imagination et une narration fertiles. A noter que le ticket d'entrée inclut également une visite de la spectaculaire crypte de la basilique de Renaix (11e siècle) présentant deux oeuvres de Tinka Pittoors et une visite en plein air d'oeuvres plastiques autour de De Ververij, une ancienne usine textile transformée en centre culturel par la ville.