Les gestionnaires d'actifs sont actuellement en pleine interrogation quant aux conditions de marché qui prédomineront durant les prochains trimestres. Certains estiment que nous nous dirigeons vers un contexte économique plus difficile, tandis que d'autres tablent sur une poursuite d'un environnement de croissance, voire même d'une nouvelle accélération de l'activité économique. Le contexte géopolitique et surtout l'inflation sont vus comme les principales sources de menace pour les prochains trimestres.
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Les gestionnaires d'actifs sont actuellement en pleine interrogation quant aux conditions de marché qui prédomineront durant les prochains trimestres. Certains estiment que nous nous dirigeons vers un contexte économique plus difficile, tandis que d'autres tablent sur une poursuite d'un environnement de croissance, voire même d'une nouvelle accélération de l'activité économique. Le contexte géopolitique et surtout l'inflation sont vus comme les principales sources de menace pour les prochains trimestres. Florent Delorme, spécialiste en macroéconomie chez M&G, est clairement le plus optimiste, avec une croissance globale qui devrait rester forte avec des résultats attendus en progression de 10 % pour l'exercice en cours. " Nous restons donc confiants dans la capacité de la croissance américaine de se poursuivre au-delà de 2018, indique Florent Delorme. La volatilité liée à la guerre tarifaire a surtout été l'occasion de renforcer notre exposition sur les marché d'actions à près de 50 % pour le fonds M&G Dynamic Allocation. " Florent Delorme estime en outre que l'inflation devrait largement rester sous contrôle aux Etats-Unis, notamment en raison des importantes réserves de main-d'oeuvre disponibles avec un taux de participation qui reste plus faible qu'en 2007. " En prenant en compte la population active qui est susceptible de revenir à tout moment sur le marché du travail, le taux de chômage américain tourne davantage autour de 8 %. " Il estime dès lors que la Réserve fédérale (Fed) devrait rester sur la trajectoire qu'elle s'est fixée, " et les marchés boursiers devraient donc être capables d'encaisser ". Alasdair Breach, CIO du hedge fund Gemsstock, estime pour sa part que nous nous trouvons aujourd'hui dans le milieu du cycle au niveau de la croissance économique globale, et que nous sommes aujourd'hui essentiellement revenus sur une situation normale après le déclenchement de la crise financière. " Le redressement a été lent en raison des pressions réglementaires qui ont assaini le secteur financier. Ce n'est aujourd'hui plus un facteur de fragilité. Le cycle d'investissement n'est qu'au début d'une reprise, et la situation financière des entreprises restent encore largement saine, et elles ont généralement profité des taux bas pour restructurer leur endettement de telle sorte que l'impact devrait être assez limité. " Alasdair Breach table dès lors sur un contexte économique qui devrait rester favorable pour les prochains trimestres, avec des surprises favorables au niveau de la croissance économique. " Les dépenses d'investissement sont actuellement en train de progresser entre 5 et 10 % au niveau global, surtout au niveau des pays développés. Et la réforme fiscale voulue par Donald Trump va ajouter du bois dans le feu pendant deux ans. Cette administration veut un boom économique, même si la conséquence est une dégradation inquiétante de la situation budgétaire. " Il souligne toutefois que l'économie ne détermine pas directement l'orientation des marchés financiers, et que même si la croissance économique reste ferme, nous sommes probablement en bout de cycle concernant les prix des actifs financiers. Pour Paul Britton, CEO de Capstone Investment Advisors, la volatilité des marchés a été mise sous pression ces dernières années par divers éléments, notamment la politique des rachats d'actions propres aux Etats-Unis qui poussait les entreprises à racheter leurs titres à la moindre baisse du cours, les programmes de rachats de titres par les banques centrales, voire encore la politique menée par certains ETF (XIV du Credit Suisse qui a dû fermer ses portes suite à la hausse de la volatilité depuis le début 2018). " La situation était particulièrement anormale en 2018, et nous pensons qu'une telle situation ne se répétera pas dans le futur. Nous pensons que la baisse des volumes sur les stratégies de très faibles volatilité, ainsi que les craintes sur l'inflation et la politique monétaire américaine, vont probablement faire revenir la volatilité des marchés boursiers vers leur moyenne de long terme, indique Paul Britton. En outre, la réforme fiscale va rendre moins intéressante d'emprunter pour réaliser des rachats d'actions propres, et le volume a déjà reculé de 15 % par rapport à la même période de l'année passée. Et dans le même temps, les acteurs bancaires sont nettement moins disponibles pour équilibrer le marché, ce qui a tendance à amplifier les réactions des marchés financiers car il n'y a plus de liquidités dans le marché. C'est aujourd'hui un des principaux risques sur le marché. " Alasdair Breach souligne également qu'une fin de cycle est souvent causée par un choc majeur qui va bouleverser les attentes du marché, et que les évolutions actuelles au niveau des tarifs commerciaux pourraient constituer cet élément qui va provoquer un changement d'orientation économique. " C'est le cas classique d'une vieille puissance économique qui n'accepte pas l'arrivée d'une nouvelle force au niveau global, ce qui entraîne un affrontement, ajoute le CEO. Le climat à Washington laisse penser que présenter la Chine comme un concurrent majeur est devenu une pensée très répandue. " Dans ce contexte de relèvement des barrières commerciales, la conséquence sera probablement un renforcement de l'inflation importée, tandis que les salaires seront également orientés à la hausse. " Il faudra toutefois encore assister à une accélération sensible par rapport aux niveaux actuels avant de voir la Fed réagir ", souligne encore Alasdair Breach. Dans ce contexte, les marchés obligataires constituent la véritable zone à éviter sur les marchés financiers, car ils sont encore loin d'anticiper une augmentation rapide des taux directeurs de la Réserve fédérale. " Nous pourrions assister à des moments très difficiles pour les marchés obligataires. Le long marché haussier est clairement arrivé à son terme. Et dans le même temps, si les taux courts augmentent rapidement, la valorisation des marchés boursiers sera également mise sous pression. " Simon Ward, économiste en chef chez Janus Henderson, fait également partie des tireurs d'alarme dans le groupe. Il souligne que son analyse des cycles économiques l'amène à penser que la croissance économique dans les pays développés est déjà en train de ralentir. Il indique que lorsque deux des trois principaux cycles (stocks, construction et investissement) sont dans le creux, le contexte économique devient traditionnellement plus difficile. " Or deux de ces cycles devraient afficher une grande faiblesse simultanément entre 2019 ou 2020, indique l'économiste. Ce n'est clairement pas le consensus qui prévaut actuellement sur les marchés financiers. " Simon Ward s'attend donc à ce que les données macroéconomiques commencent à décevoir durant les prochains mois, mais estime que " les banquiers centraux prendront du temps avant de réagir car elles restent focalisées sur les chiffres d'inflation ", et qu'elles auront besoin de beaucoup de données avant d'être convaincues. Il souligne enfin que la position de l'Europe sera particulièrement délicate dans ce contexte, car certains pays européens n'ont pas continué à faire des efforts après la crise de la zone euro. " Les inégalités restent bien présentes, et un ralentissement économique ne serait pas sans causer d'importants problèmes aux pays qui affichent encore un important déficit au niveau de la balance commerciale ", conclut l'expert.