Le 10 septembre 1960 est une date majeure dans l'histoire de l'athlétisme. Ce jour-là, dans les rues de Rome, le marathonien Abebe Bikila devient le premier Africain subsaharien à remporter une épreuve olympique. Pour l'Ethiopien, la performance est physique mais a surtout valeur de symbole. Et c'est ce que cherche à nous faire vivre et comprendre Sylvain Coher dans cette évocation menée au rythme des foulées de l'athlète, kilomètre après kilomètre, rattrapant ses concurrents un à un. Une description détaillée de l'effort physique fourni par ce sportif singulier, qui courait pieds nus. On y découvre aussi en quoi cette victoire sur le territoire italien, celui de l'ancien colonisateur, constituait une incroyable revanche pour ce fils de berger oromo, soldat du négus Hailé Sélassié. " Vaincre à Rome, ce serait comme vaincre 1.000 fois ", aurait dit l'empereur d'Ethiopie. Ce sera le cas, au milieu des symboles de la puissance romaine, tous détournés 20 ans plus tôt par Mussolini, et au rythme de la petite voix de ce champion répétant comme un mantra "Tchigri yellem " (" Pas de problème "). Virtuose, lyrique quand il le faut, Sylvain Coher nous tient en haleine jusqu'au dernier mètre.

Sylvain Coher, " Vaincre à Rome ", éditions Actes Sud, 176 pages, 18,50 euros.