En dehors des chaînes et autres snacks concepts qu'on ne compte plus, rares sont devenues, à Bruxelles, les ouvertures où l'ambition gastronomique est clairement affichée... La Canne en ville est l'exception qui confirme la règle. Le joli bistrot ixellois lancé en 1983 par Corinne Noël et Christian Schmidt vient en effet d'être repris par un jeune couple : Kevin Lejeune et Virginie Essers. Et c'est bien entendu le pedigree du chef qui pique la curiosité. A 30 ans, Kevin Lejeune, diplômé de l'Ecole hôtelière de Namur, a en effet enchaîné les étoilé...

En dehors des chaînes et autres snacks concepts qu'on ne compte plus, rares sont devenues, à Bruxelles, les ouvertures où l'ambition gastronomique est clairement affichée... La Canne en ville est l'exception qui confirme la règle. Le joli bistrot ixellois lancé en 1983 par Corinne Noël et Christian Schmidt vient en effet d'être repris par un jeune couple : Kevin Lejeune et Virginie Essers. Et c'est bien entendu le pedigree du chef qui pique la curiosité. A 30 ans, Kevin Lejeune, diplômé de l'Ecole hôtelière de Namur, a en effet enchaîné les étoilés : L'Eveil des sens à Charleroi, Lemonnier à Lavaux-Ste-Anne et enfin, pendant une décennie, La Paix à Anderlecht, où il était le second de David Martin. A l'ouverture fin septembre, les habitués de La Canne en ville étaient encore un peu déstabilisés par la nouvelle déco, plus élégante et confortable, même si on n'a évidemment pas touché aux sublimes carrelages qui donnent au lieu tout son chien. Par la carte aussi, qui affiche des prix en accord avec l'objectif de décrocher une étoile Michelin : lunch à 41euros et menus quatre et cinq services à 61 et 77 euros (90 et 115 avec l'impeccable sélection de vins, confiée à un ancien du Prieuré St-Géry). Dès les mises en bouche, on comprend que Kevin Lejeune mise sur une cuisine néoclassique bien sentie, bâtie sur de superbes produits et des accords maîtrisés. Ainsi, la chair des langoustines bretonnes crues (30 euros à la carte) est sublime, parfaitement fondante. Par contre, on reste perplexe face la texture croquante de la pomme de terre quasi crue et sur le choix de servir la sauce bisquée non pas tiède, mais froide (et du coup, un peu fermée). Mais avec la première viande, on plonge déjà avec ravissement dans les saveurs automnales. Proposé en boudin, le canard du Sud-Ouest (26 euros) fait la fête dans l'assiette à de petites girolles, à une émulsion au maïs originale et à un toast de pain au levain. Classicisme et gourmandise sont toujours de mise avec la pintade de Bresse rôtie, sobrement présentée avec une purée de pommes de terre au foin, des oignons fumés, un jus d'herbes. Et l'on reste sur un bel accord de saison en dessert, avec un semifreddo à la courge, compote de butternut et sabayon à l'orange. Certes, la cuisine de Kevin Lejeune manque encore un peu de peps et d'audace. Mais le gamin n'a que 30 ans et à mesure qu'il prendra confiance en lui, qu'il affirmera sa patte, il devrait faire de cette Canne en ville une des tables bruxelloises sur lesquelles il faudra compter.