C'est l'histoire d'une belle endormie. Cartoonbase, la société fondée en 2000 par Luc de Brabandere, philosophe des entreprises et maître de conférences, et Olivier Saive, dessinateur, a sommeillé pendant 14 ans avant de se réveiller voici quatre ans. " L'idée de départ était très mauvaise, avoue Luc de Brabandere. Nous voulions réaliser une base de données de cartoons comme il en existe pour les photos. Cela n'a pas fonctionné pour plusieurs raisons, et notamment des problèmes d'indexation. " Comment en effet retrouver un cartoon ? Avec quels mots-clés ?
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C'est l'histoire d'une belle endormie. Cartoonbase, la société fondée en 2000 par Luc de Brabandere, philosophe des entreprises et maître de conférences, et Olivier Saive, dessinateur, a sommeillé pendant 14 ans avant de se réveiller voici quatre ans. " L'idée de départ était très mauvaise, avoue Luc de Brabandere. Nous voulions réaliser une base de données de cartoons comme il en existe pour les photos. Cela n'a pas fonctionné pour plusieurs raisons, et notamment des problèmes d'indexation. " Comment en effet retrouver un cartoon ? Avec quels mots-clés ? Pendant 14 ans, Cartoonbase a donc été mise en veilleuse. Jusqu'à ce que Luc de Brabandere et deux " petits jeunes ", Thomas Doutrepont, un ancien élève de Luc de Brabandere, et Martin Saive, le fils d'Olivier, se rencontrent en 2015 sur un projet réalisé pour le Boston Consulting Group. Thomas Doutrepont travaille à l'époque aux côté de Luc de Brabandere pour le BCG. Et Martin Saive est alors illustrateur free-lance pour Cartoonbase. Ce premier projet rassemble images et vidéos, et demande un travail créatif sur le contenu. " C'était un projet vraiment réussi ", affirme Thomas Doutrepont. En observant le produit et cette osmose entre les deux compères, Luc de Brabandere se dit qu'il les verrait bien reprendre son bébé. " Je leur ai donc proposé un deal : vous avez deux tiers des parts de Cartoonbase, mais si l'un de vous deux refuse, je ne donne rien. Car il ne servait à rien d'avoir un artiste seul ou un manager seul à la tête de la société... " Le duo accepte. Martin Saive, qui avait déjà accumulé de l'expérience dans la publicité devient directeur créatif. Et Thomas Doutrepont, qui avait notamment déjà travaillé un an à Kuala Lumpur pour le grand incubateur allemand de start-up Rocket Internet, est directeur exécutif. Nous sommes donc en 2015 et la première chose que le tandem réalise, c'est jeter l'idée initiale à la poubelle et construire un nouveau modèle d'affaires autour de la production de petites vidéos créatives pour les institutions et les entreprises. " Le produit de base, explique Luc de Brabandere, devient une vidéo de 90 secondes, vendue entre 6.000 et 9.000 euros. L'an dernier nous en avons fait 150, et cette année nous devrions en réaliser davantage. Je les ai laissés faire. Et finalement, ce cheminement en zigzag est exactement celui que je décris dans le livre que je viens de sortir. " ( lire l'encadré " Ode au zigzag ") Le recentrage porte ses fruits. Très vite, Cartoonbase voit les premières commandes arriver, et engage un troisième larron : Etienne Strubbe, qui excelle dans l'animation. Une nouvelle étape est franchie un an plus tard, lorsque Cartoonbase est sélectionné pour accompagner le projet Solar Impulse, cet avion à énergie solaire construit par Bertrand Piccard et André Borschberg qui se lance, en 2016, dans un tour du monde. " Nous avions proposé un projet qui était d'accompagner Solar Impulse pendant tout son tour du monde avec des vidéos, du contenu pour des réseaux sociaux, bref, une approche globale ", explique Martin Saive. Le mélange de compétences à la fois techniques, stratégiques et créatives séduit Bertrand Piccard. Pendant un an, Martin Saive accompagne donc le tour du monde de l'avion solaire. Ce projet accroît évidemment la visibilité de Cartoonbase. Et il est à la base de la création de son antenne suisse. Marc De Borst, qui était responsable du sponsorship de Solar Impulse, est en effet séduit par cette société belge et leurs dirigeants. Good vibrations, dans les deux sens. " Comme toujours, explique Martin Saive, c'est une affaire de personnes. Nous n'avions pas le projet de nous développer en Suisse, mais Marc De Borst avait notre approche et notre philosophie. " " Nous avons discuté avec lui et nous avons vu qu'il y avait une opportunité de créer quelque chose sur le bassin alémanique ", enchaîne Thomas Doutrepont. Une antenne est donc créée à Lausanne. " Cela a représenté un fameux défi culturel auquel nous ne nous attendions pas ", poursuit le CEO. Défi relevé : désormais Cartoonbase est bien implanté dans le paysage helvétique. L'an dernier, une vidéo de Cartoonbase pour le Comité international de la Croix-Rouge a même été primée (1). Aujourd'hui, les commandes viennent de partout : des grandes entreprises, des chaînes de télévisions - Cartoonbase a réalisé la série Paléofutur diffusée sur Arte (2) -, des institutions internationales, etc. Et les clients s'adressent à la société de plus en plus en amont. Cartoonbase n'est plus seulement un producteur de vidéos d'entreprise instructives et amusantes, c'est devenu une véritable agence créative. En quatre ans, la société a changé de taille. Son chiffre d'affaires, qui était de 1,5 million d'euros l'an dernier, devrait atteindre les 2 millions cette année. Elle emploie désormais 15 personnes à temps plein, et une quarantaine d'artistes free-lance. Et elle réalise sa croissance sur fonds propres. Les projets se multipliant et leur taille se développant, une réorganisation était nécessaire. Elle est en cours. Les locaux d'Auderghem vont être abandonnés pour un plateau situé à Ixelles près de la place du Châtelain, et " nous allons diviser notre activité en trois piliers ", explique Thomas Doutrepont. Le premier est Cartoonbase Vidéo, une agence de création de vidéos animées ou en image réelle. Le deuxième est Cartoonbase Live, qui s'occupe par exemple d'illustration live pour les séminaires. Le troisième est Cartoonbase Insight. C'est le coeur de l'agence créative, qui accompagne les clients dans leurs projets, de l'identité graphique au site web en passant par les vidéos, les réseaux sociaux, etc. " Nous avons mis un certain temps à définir ce que nous faisions, ajoutent Martin Saive et Thomas Doutrepont. Maintenant, nous le savons : nous utilisons la pensée visuelle pour générer, clarifier, communiquer des idées. Et notre baseline en interne est la suivante : We make business rigolo ". Qui a dit que le monde de l'entreprise était terne et ennuyeux ?