L'immense site qui s'étend à travers l'île aux Musées, à Berlin, a accueilli tour à tour une prairie, un lieu de parade, un monastère dominicain, un palais prussien sous les Hohenzollern au 18e siècle et, après 1945, le Parlement est-allemand ou palais de la République. En 2021, il rouvrira au public sous une autre incarnation: le Forum Humboldt, un centre culturel géant composé d'une série de galeries d'exposition ultramodernes et enveloppé d'une façade qui reproduit minutieusement celle de l'ancienne résidence des Hohenzollern.
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L'immense site qui s'étend à travers l'île aux Musées, à Berlin, a accueilli tour à tour une prairie, un lieu de parade, un monastère dominicain, un palais prussien sous les Hohenzollern au 18e siècle et, après 1945, le Parlement est-allemand ou palais de la République. En 2021, il rouvrira au public sous une autre incarnation: le Forum Humboldt, un centre culturel géant composé d'une série de galeries d'exposition ultramodernes et enveloppé d'une façade qui reproduit minutieusement celle de l'ancienne résidence des Hohenzollern. Quand, au début des années 2000, on a pour la première fois sérieusement discuté de l'idée de remplacer le Parlement est-allemand, quasiment à l'abandon, par une réplique de l'élégant palais des Hohenzollern, la perspective semblait séduisante. Le nouvel édifice allait accueillir les collections d'art asiatique et d'ethnologie de Berlin, ainsi que la bibliothèque de la ville, le Musée municipal et l'université Humboldt. Il cimen- terait ainsi l'identité de Berlin comme pôle culturel ouvert sur le monde. Ce serait un musée universel, comme le British Museum à Londres ou l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. " Il redonnera un coeur à Berlin ", explique Neil MacGregor, ancien directeur du British Museum et président du comité consultatif qui a imaginé le forum. Les partis de gauche comme de droite revendiquant tous le forum, le projet a fait l'objet d'intenses débats politiques. Mais, au fil des ans, il a suscité une série de con- troverses qui ne sont liées qu'à lui-même. Beaucoup y voient un fruit du triomphalisme politique ouest-allemand. Les ex-Allemands de l'Est ont été atterrés par la démolition du palais de la République ; même si cela n'a jamais été un véritable Parlement, nombre d' Ossis se souviennent avec émotion de ses boîtes de nuit et de son bowling. Pour d'autres, installer une reproduction d'un bâtiment du 18e siècle revient à occulter la période nazie, tout en rendant hommage à la Prusse militariste. Mais la controverse majeure concerne ses collections ethnologiques, en particulier celles qui proviennent d'Afrique. L'Allemagne a fait de grands pas dans la restitution des oeuvres d'art saisies pendant la période nazie, mais elle ne se soucie guère des objets volés ou acquis par la force pendant son passé colonial africain.Depuis quelques années, les débats sur les restitutions d'oeuvres d'art à l'Afrique font de plus en plus de bruit dans plusieurs pays, notamment en France et aux Pays-Bas, ce qui attire l'attention sur le silence de l'Allemagne à propos du génocide et du pillage qu'elle a commis dans ce qui est aujour-d'hui la Namibie. " C'est un gros problème en Allemagne ", déplore Jürgen Zimmerer, président fondateur du réseau International Network of Genocide Scholars, de l'université de Hambourg. Reste que ces controverses peuvent être l'occasion d'affron- ter des questions urgentes. L'Allemagne doit s'inspirer de son expérience d'Etat fédéral qui gouverne par consensus pour faire du Forum Humboldt un grand centre de débat culturel.La provenance des pièces, la restitution, la conservation comme forme de pouvoir culturel, l'avenir des musées universels: toutes ces questions nécessitent d'urgence l'ouverture d'un dialogue entre les anciennes puissances coloniales et les pays qu'elles ont autrefois dominés. Le Forum Humboldt pourrait ouvrir la marche.