En toute discrétion, à partir du 20 février, l'Etat néerlandais, notamment via ABN Amro, s'est mis à accumuler des actions Air France-KLM. Wopke Hoekstra, le ministre des Finances, n'a prévenu qu'à la dernière minute son homologue français, Bruno Le Maire, du franchissement de seuil boursier. Les Pays-Bas ont dépensé 744 millions d'euros pour monter à 14 %...

En toute discrétion, à partir du 20 février, l'Etat néerlandais, notamment via ABN Amro, s'est mis à accumuler des actions Air France-KLM. Wopke Hoekstra, le ministre des Finances, n'a prévenu qu'à la dernière minute son homologue français, Bruno Le Maire, du franchissement de seuil boursier. Les Pays-Bas ont dépensé 744 millions d'euros pour monter à 14 % du capital d'Air France-KLM, soit quasiment autant que la France (14,3 %). Quelle mouche a donc piqué les Néerlandais alors que l'Etat français, lui, pensait sortir de l'actionnariat ? En fait, depuis l'assaut de Carlos Slim sur KPN en 2013, les Pays-Bas réagissent fortement quand une de leurs pépites semble menacée. Ce fut encore le cas avec PostNL (convoitée par notre bpost), Akzo-Nobel et Unilever. Dans le cas Air France-KLM, Wopke Hoekstra énonce un certain nombre de griefs sur la gestion du groupe. Il évoque ainsi le risque de suppression du hub de Schiphol avec des effets désastreux sur les liaisons de son pays avec le monde. Il cite même, à titre d'exemple, Brussels Airport lors de la faillite de la Sabena... Il ne digère pas non plus la dilution de l'influence néerlandaise dans les décisions du groupe. Face à l'intégration croissante des deux compagnies (comptabilité, achats, RH, maintenance, informatique, etc.), les Pays-Bas estiment ne pas être représentés à hauteur de leur participation dans les résultats financiers. Les choses ont, de fait, bien changé depuis l'OPA amicale lancée par Air France en 2004. Mal en point à l'époque, KLM génère aujourd'hui 80 % du résultat d'exploitation du groupe. En 15 ans, son chiffre d'affaires a doublé (10,95 milliards en 2018). Comme, d'ailleurs, le nombre de passagers transportés. KLM, principale bénéficiaire de l'alliance, ne veut plus se contenter des miettes.