Le géant de la bière AB InBev a publié des résultats opérationnels décevants pour l'ensemble de l'année 2016. Sur une base comparable, le chiffre d'affaires a baissé de 3 %, à 45,5 milliards de dollars. Un recul des volumes vendus (-2 %) et une évolution défavorable des cours de change ont pesé sur les résultats du groupe. Les cash-flows opérationnels bruts normalisés ou EBITDA ont reculé de 8 %, à 16,8 milliards de dollars. Le bénéfice normalisé - qui ne tient pas compte de plusieurs corrections financières uniques - a chuté de 43 %, à 4,9 milliards de dollars.
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Le géant de la bière AB InBev a publié des résultats opérationnels décevants pour l'ensemble de l'année 2016. Sur une base comparable, le chiffre d'affaires a baissé de 3 %, à 45,5 milliards de dollars. Un recul des volumes vendus (-2 %) et une évolution défavorable des cours de change ont pesé sur les résultats du groupe. Les cash-flows opérationnels bruts normalisés ou EBITDA ont reculé de 8 %, à 16,8 milliards de dollars. Le bénéfice normalisé - qui ne tient pas compte de plusieurs corrections financières uniques - a chuté de 43 %, à 4,9 milliards de dollars. Ces résultats décevants ne vont pas faciliter une réduction rapide de l'endettement important d'AB InBev - l'héritage du rachat de son concurrent SABMiller. Son acquisition du deuxième brasseur mondial SABMiller a consolidé la position de leader mondial d'AB InBev. Mais la médaille a également son revers. Au total, AB InBev a dépensé 114 milliards de dollars pour SABMiller, dette de 10,7 milliards de dollars incluse. La dette financière nette du groupe atteignait ainsi 108 milliards de dollars fin 2016, contre 42,2 milliards de dollars un an plus tôt. La forte hausse de l'endettement a porté le rapport entre la dette financière nette et l'EBITDA (ce ratio donne une idée de la soutenabilité de la dette) à 5,5, ce qui est particulièrement élevé pour une entreprise aussi bien notée que AB InBev. L'acquisition de SABMiller et l'augmentation de l'endettement qui l'a accompagnée est comparable à l'acquisition du groupe américain Anheuser-Busch en 2008, qui avait permis à InBev de ravir à SABMiller son titre de premier brasseur mondial. L'opération, qui lui avait coûté 52 milliards de dollars, avait fait passer la dette financière nette de 5,1 milliards d'euros fin 2007 à 40,7 milliards d'euros fin 2008 (InBev a publié ses résultats en euro jusqu'en 2008 et a adopté le dollar américain à partir de 2009). Le rapport entre la dette financière nette et l'EBITDA a ainsi bondi d'un coup de 1 à 4,7. Le CEO Brito avait cinq ans pour le ramener à moins de 2,5. Un an plus tard, le ratio était déjà retombé à 3,7 grâce au remboursement de 11 milliards de dollars de dettes. Pour économiser du cash, Brito avait diminué le dividende de moitié et vendu pour plus de 5 milliards de dollars d'actifs. Finalement, il a atteint son objectif deux ans plus tôt que prévu (fin 2011), malgré une hausse des investissements et un net relèvement du dividende. La direction d'AB InBev veut à présent rééditer le coup d'Anheuser-Busch et table sur une réduction du rapport entre la dette financière nette et l'EBITDA à 2. La situation est cependant très différente de celle de 2008. Parce qu'il s'était offert le groupe mexicain Grupo Modelo pour 20 milliards de dollars en 2013, AB InBev présentait un taux d'endettement nettement plus élevé avant l'acquisition de SABMiller qu'avant le rachat d'Anheuser-Busch. Fin 2015, le rapport entre la dette financière nette et l'EBITDA s'établissait à 2,5, contre un rapport de 1 fin 2007. En raison du montant plus important de désinvestissements en 2016, l'écart entre les ratios après l'acquisition est cependant plus réduit (Anheuser-Busch : 4,7 et SABMiller : 5,5). En chiffres absolus, cela représente cependant une différence de plus de 15 milliards de dollars. De plus, AB InBev verse beaucoup plus de dividendes aujourd'hui. Alors qu'il distribuait en 2008 la moitié des cash-flows générés par ses activités, c'était 84 % l'an dernier. Il reste donc moins de liquidités disponibles pour réduire l'endettement. La direction a désormais le choix : ralentir le désendettement et maintenir un dividende élevé, ou réduire le dividende pour libérer des liquidités au profit du désendettement. Sa tâche sera encore compliquée par plusieurs défis opérationnels, dont la baisse de la demande de bière sur les marchés développés et les difficultés rencontrées dans plusieurs marchés émergents importants (Brésil, Chine, Afrique du Sud). Le cas du Brésil est particulièrement préoccupant. Le chômage y a augmenté à son plus haut niveau depuis 1990, ce qui pèse sur le pouvoir d'achat et donc sur la demande de bière. En outre, AB InBev a perdu des parts du marché brésilien en contraction. Enfin, la forte baisse du réal brésilien pèse sur la rentabilité. Cette année devrait être cependant marquée par une amélioration tant en ce qui concerne la demande que la part du marché. L'acquisition de SABMiller va également réduire la part du Brésil dans le chiffre d'affaires total. Si les actionnaires peuvent s'attendre à une baisse du dividende, les détenteurs d'obligations n'ont aucune raison de s'inquiéter. L'évaluateur de crédit Moody's s'attend à ce qu'AB InBev réduise sa dette de 10 milliards de dollars cette année en y affectant une partie du cash-flow libre et le produit de plusieurs désinvestissements. La direction elle-même pense pouvoir épargner plus que ce qui était prévu initialement. Grâce aux taux bas, AB InBev a également pu fixer des taux d'intérêt intéressants sur sa dette en dollar à plus long terme - une bonne stratégie compte tenu des futurs relèvements des taux aux États-Unis. Plus de la moitié de la dette financière a plus de cinq ans d'échéance, et 80 % de la dette est assortie d'un taux d'intérêt fixe. LE DÉSENDETTEMENT DU BRASSEUR POURRAIT CETTE FOIS DURER PLUS LONGTEMPS QU'APRÈS L'ACHAT D'ANHEUSER-BUSCH.