Le document avait déjà partiellement fuité au mois d'août mais son contenu avait été balayé par le gouvernement qui le jugeait non terminé. Obligé par une motion parlementaire, ce même gouvernement a été contraint de rendre sa dernière version publique la semaine dernière. Et à sa lecture, on comprend aisément pourquoi Boris Johnson avait lutté bec et ongles pour le garder secret. Ce document s'appelle Opération Yellowhammer. Un nom apparemment choisi au hasard. Quoi qu'il en soit, ce yellowhammer, nom anglais du bruant jaune, un passereau, est un oiseau de mauvais augure. En cinq pages denses, il livre les hypothèses du gouvernement britannique en cas de sortie sans accord.

Contrairement à ce que martèle Boris Johnson depuis des semaines, le Royaume-Uni ne sera pas prêt. Loin s'en faut. C'est une situation catastrophique qui y est décrite. Selon Yellowhammer, 85 % des poids lourds traversant la Manche ne seront pas en règle avec les nouvelles dispositions douanières françaises. Le flux de marchandises pourrait être réduit de 40 à 60 % car ces poids lourds mettront plus de deux jours avant de traverser la frontière et bloqueront les infrastructures.

Le document estime qu'il faudra plus de trois mois avant que la situation ne redevienne acceptable (70 % du flux actuel). Ce blocage va avoir des conséquences dramatiques pour l'approvisionnement en produits pharmaceutiques. Les produits frais seront moins disponibles et le choix réduit. Des pénuries de carburant sont aussi envisagées dans plusieurs régions du pays. Toutes ces restrictions vont engendrer une hausse des prix. Le document évoque ainsi clairement l'impact disproportionné que ces hausses de prix auraient sur les personnes les plus vulnérables et les groupes à faibles revenus. Le risque d'émeutes est clairement mentionné. Tout comme les violences liées aux blocages des points d'entrée des marchandises.