Eviter la discrimination salariale est un défi majeur pour un responsable des ressources humaines. Comment reconnaître la valeur d'un collaborateur et savoir la chiffrer de manière relative ? Difficile parfois d'y voir clair : qui mérite une augmentation et de combien ? Pour trouver la réponse idéale, YoumanCapital, une entreprise belge d'édition de logiciels, a mis en place depuis trois ans une application baptisée Reward Advisory Tool.
...

Eviter la discrimination salariale est un défi majeur pour un responsable des ressources humaines. Comment reconnaître la valeur d'un collaborateur et savoir la chiffrer de manière relative ? Difficile parfois d'y voir clair : qui mérite une augmentation et de combien ? Pour trouver la réponse idéale, YoumanCapital, une entreprise belge d'édition de logiciels, a mis en place depuis trois ans une application baptisée Reward Advisory Tool. Ce logiciel, reposant sur une grille d'analyse très détaillée, permet de déterminer comment partager les salaires. Afin d'être la plus objective possible, l'application ne tient pas compte de critères individuels comme l'ancienneté, le sexe ou l'âge. A ceux-ci, la société en a préféré d'autres, répartis en quatre catégories : les compétences, la performance, le talent futur et le risque de perdre le collaborateur. Dans chacun de ces registres, différentes sous-catégories sont répertoriées, représentant les différents niveaux d'acquisitions, pouvant, par exemple, aller de " débutant " à " gourou " pour l'axe des compétences, ou de " insatisfaisant " à " excellent " pour le registre des performances. " Il suffit alors d'indiquer les niveaux requis dans les quatre catégories pour obtenir les augmentations. L'algorithme répartira alors la hausse de salaire entre les collaborateurs en fonction des résultats calculés ", détaille Reggy-Charles Degen, managing partner de YoumanCapital et par ailleurs, également professeur à l'ULB. Au final, le logiciel propose une hausse de salaire personnalisée pour chacun des travailleurs. " Les variations sont parfois de plusieurs points de pourcentage. Mais tout le processus est justifiable. Le manager est libre de suivre ou non les recommandations. Néanmoins, s'il change un résultat dans le logiciel, la modification sera annotée. C'est donc très intéressant pour les syndicats, par exemple, qui peuvent vérifier la pertinence des choix de la direction. Avec ce système, il n'est plus possible de discriminer une femme simplement en raison de son sexe ", explique le responsable. L'entreprise propose déjà son logiciel dans une quarantaine de pays. Parmi ses clients, elle compte notamment l'entreprise Artexis EasyFairs, spécialisée dans la gestion de salles d'exposition et l'organisation d'événements. " C'est un logiciel utile pour avoir plus de transparence dans notre politique salariale. On l'utilise également pour le recrutement ", explique la COO, Anne Lafère, qui apprécie l'objectivité qu'apporte une telle application. " Cela nous aide, par exemple, à justifier à quelqu'un qui le demande, pourquoi nous ne l'augmentons pas. C'est souvent difficile de l'expliquer car nous n'avons pas vraiment de ressources physiques pour soutenir un choix. Mais c'est également positif dans le sens inverse. Nous pouvons remarquer le mérite de certaines personnes qui n'oseront pas nécessairement faire la démarche de demander une hausse de salaire. Les résultats peuvent nous permettre d'en proposer une spontanément, ce qui est déjà arrivé ", continue la COO. Toutefois, il est difficile de juger si le logiciel a permis de diminuer les inégalités salariales hommes-femmes. " Le critère n'étant justement pas repris dans l'application, nous n'avons pas cette donnée directement et nous n'avons pas fait d'enquête en interne. Mais depuis que nous l'utilisons, on a pu constater une hausse du nombre de femmes à des postes de managers. Mais là aussi, il est également difficile de voir s'il existe une causalité ", explique encore Anne Lafère.