Quelle est la différence entre un fait divers lu dans le journal et un roman? Si le premier inspire souvent le second, les prérogatives de leur auteur respectif ne sont pas les mêmes. Là où le journaliste se doit d'écrire au plus près des faits constatés, l'écrivain peut entrer dans la tête de ses personnages et imaginer ce qui s'y cache. Et cela fait toute la différence.
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Quelle est la différence entre un fait divers lu dans le journal et un roman? Si le premier inspire souvent le second, les prérogatives de leur auteur respectif ne sont pas les mêmes. Là où le journaliste se doit d'écrire au plus près des faits constatés, l'écrivain peut entrer dans la tête de ses personnages et imaginer ce qui s'y cache. Et cela fait toute la différence. Cette divergence de regard est au centre du dernier roman du Belge Armel Job. Sa dernière chance est l'histoire d'une renaissance. Celle d'Elise, célibataire de 39 ans, d'apparence banale et sainte nitouche, qui vit depuis des années au service de sa soeur et de son beau-frère, et qui va sortir de ce carcan pour se révéler aux autres. Et surtout à elle-même. Tout en nous déroulant un récit qui ressemble à un puzzle savamment conçu où s'entremêlent des affaires d'argent, de désirs, de recels et de manipulations, l'auteur distingue à chaque fois la vérité visible par tous de celle, tapie dans l'ombre, des personnages. La vie cachée des autres étant souvent ce qui passionnent nos contemporains, les rumeurs courent alors le long des rues et des avenues, avec des conséquences parfois inattendues. D'autant que les faits relatés se déroulent dans des quartiers de Liège et de Verviers où tout le monde se connaît au moins de vue, où les réputations se font et se défont à la vitesse de l'éclair... Construit à partir d'un fait divers réel, Sa dernière chance réussit à induire son lectorat en erreur, à le transformer lui-même en témoin partiel d'une histoire qu'il lui distille goutte après goutte, le confrontant à ses propres mécomptes voire à sa propension à fabriquer des faux-semblants. Dans le combat qui oppose la fiction et la réalité, il faut admettre que c'est souvent la première qui l'emporte. Surtout quand l'écrivain a le talent d'Armel Job.