Joko Widodo ( photo), que les Indonésiens surnomment Jokowi, ancien exportateur de meubles considéré comme l'homme du peuple, affrontera une nouvelle fois l'ancien général Prabowo Subianto. En 2014, Jokowi l'emportait avec 53% des suffrages. Mais le terrain de bataille de ce nouveau duel qui doit se jouer dans la troisième plus grande démocratie du monde n'est plus exactement le même.
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Joko Widodo ( photo), que les Indonésiens surnomment Jokowi, ancien exportateur de meubles considéré comme l'homme du peuple, affrontera une nouvelle fois l'ancien général Prabowo Subianto. En 2014, Jokowi l'emportait avec 53% des suffrages. Mais le terrain de bataille de ce nouveau duel qui doit se jouer dans la troisième plus grande démocratie du monde n'est plus exactement le même. La religion jouera un rôle moins important qu'en 2014. Accusé de manquer de piété, un sérieux handicap dans un pays majoritairement musulman, Jokowi a su jouer de la politique étrangère pour redorer son blason auprès des musulmans, notamment en supportant les réfugiés rohingya de Myanmar et en sollicitant une aide accrue à la Palestine. Il a choisi comme partenaire le chef de file de la plus grande organisation musulmane du pays. Une modification de la procédure électorale pourrait également changer la donne. Pour la première fois de son histoire, l'Indonésie organise simultanément des élections présidentielle et parlementaire. A quel candidat ces changements profiteront-ils ? L'avenir nous le dira. Les cinq années à la tête de l'Etat ont elles aussi laissé des traces. Jokowi n'a pas raté une occasion de se faire photographier. Mais il n'est plus le nouveau-venu annonciateur de réformes d'autrefois. L'heure est aujourd'hui au bilan de sa présidence. Autre terrain de bataille : les questions économiques. Les dépenses colossales dans l'infrastructure n'ont pas généré les 7% de PIB promis par Jokowi en début de mandat. Au contraire, l'économie stagne péniblement à 5%. Les turbulences que connaissent les autres marchés émergents pourraient faire tache d'huile en Indonésie et pousser encore un peu plus ce pourcentage à la baisse. En septembre, la roupie est tombée à son taux le plus bas par rapport au dollar depuis 20 ans. Autre pierre d'achoppement : l'apparente proximité du président en exercice avec la Chine. Sujet sensible s'il en est dans l'archipel où les Indonésiens d'origine chinoise règnent en maîtres sur le monde des affaires. Bon nombre des projets infrastructurels de Jokowi ont été financés par la Chine. La question reviendra sûrement sur le tapis au mois de janvier, à la sortie de prison de Basuki Tjahaja Purnama, ancien gouverneur d'origine chinoise de Jakarta et allié de Jokowi. Jugé coupable de blasphème sur de fausses accusations, il a été démis de ses fonctions et condamné à deux ans de prison en 2017. Jokowi réagit en promettant monts et merveilles pour plaire à un maximum d'électeurs. Il a annoncé, lors de la présentation du budget au mois d'août, une nette augmentation des subventions aux carburants ainsi qu'une hausse des salaires dans la fonction publique. L'homme simple et proche du peuple prend indéniablement des allures de populiste. Prabowo Subianto, quant à lui, propose une version de nationalisme économique, y compris des mesures visant à préserver les Indonésiens de la concurrence mondiale. Contrairement à son adversaire, il mène sa campagne de main de maître et se distingue par ses talents d'orateur, ce qui lui a permis de mobiliser ses troupes in extremis en 2014. Ceci dit, Jokowi caracole en tête des sondages et passe pour le favori incontesté. Il a tout à perdre dans cette élection.