Il n'est pas nécessaire d'avoir le pied marin ni l'oeil très affûté pour voir un air de Lamborghini dans les bateaux de Luca Bassani. Mêmes lignes acérées, même souci de performances extrêmes. La comparaison s'arrête là. Pour s'offrir un Wally, il faut compter au minimum 500.000 euros pour un bateau à moteur, 6 à 7 millions pour un voilier. Et jusqu'à sept fois plus pour acquérir les inaccessibles joyaux de la marque monégasque fondée en 1994. " Nos plus grands modèles font 50 mètres mais il n'y a pas de limite, explique Luca Bassani, fondateur et dirigeant de Wally. Si un client souhaite un bateau de 80, 100 mètres, on peut le construire. "
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Il n'est pas nécessaire d'avoir le pied marin ni l'oeil très affûté pour voir un air de Lamborghini dans les bateaux de Luca Bassani. Mêmes lignes acérées, même souci de performances extrêmes. La comparaison s'arrête là. Pour s'offrir un Wally, il faut compter au minimum 500.000 euros pour un bateau à moteur, 6 à 7 millions pour un voilier. Et jusqu'à sept fois plus pour acquérir les inaccessibles joyaux de la marque monégasque fondée en 1994. " Nos plus grands modèles font 50 mètres mais il n'y a pas de limite, explique Luca Bassani, fondateur et dirigeant de Wally. Si un client souhaite un bateau de 80, 100 mètres, on peut le construire. " A 60 ans, ce Milanais aux cheveux et à la barbe plus sel que poivre, adepte du smoking et de la vareuse, consacre trois à neuf mois de son temps par projet. " La conception se fait ici, à Monaco, avec notre équipe de 12 personnes, explique-t-il. Nous dessinons le bateau de façon préliminaire mais de manière suffisamment avancée que pour évaluer les coûts et établir un contrat de vente. Après, nous passons la main à nos collaborateurs extérieurs qui sont plus focalisés sur l'architecture navale. " Aux dernières Voiles de Saint-Tropez, en octobre dernier, le businessman et ancien skipper professionnel, a fêté les 20 ans du Magic Carpet. Ce monocoque fabriqué sur mesure pour Lindsay Owen-Jones, l'ex-patron de L'Oréal, en est à sa troisième version. Le premier voilier date de 1996, le second, qui a été revendu à Jean-Charles Decaux, de 2008 et le dernier de 2013. Les trois modèles, d'une longueur de 24 à 30 mètres, ont tous été sculptés pour l'ancien homme d'affaires britannique, grand amateur de régates. Il est l'un des premiers à avoir fait confiance à Luca Bassani. Dans les années 1990, ce dernier en était au début de sa reconversion professionnelle. Car avant de se lancer dans l'aventure du design nautique, cet économiste de formation, a occupé le poste de responsable financier au sein de l'entreprise familiale, le richissime groupe BTicino, connu pour ses interrupteurs et ses composants électriques. C'est son père, passionné de voile, qui l'initiera à l'âge de 10 ans aux plaisirs de la mer, à Portofino où la famille se retrouve chaque été dans leur somptueuse bâtisse du 16e siècle qui tient lieu de maison de vacances. Luca se prend de passion pour la mer avec suffisamment de talent et de détermination pour devenir barreur professionnel et remporter à l'âge adulte plusieurs trophées prestigieux. En 1989, lorsque la société des Bassani est revendue, Luca, tout juste trentenaire, investit une partie de sa fortune dans la fabrication d'un voilier révolutionnaire. Pour faire plaisir à son fils, il le baptise Wallygator, un nom emprunté à l'alligator vedette d'un dessin animé à succès. Derrière cette appellation fantasque, se cache un navire radicalement novateur. Ce yacht léger à haute performance bouleverse en effet tous les codes en vigueur. Il est le premier bateau de croisière à assembler un mât en fibre de carbone, un matériau peu connu à l'époque. " Même la F1 ne l'utilisait pas encore ", rappelle le P.D.G. Sa volonté de débarrasser le pont de tout ce qui encombre le passage incite le pionnier à dissimuler bômes, treuils et winches sous la plate-forme. Le deck épuré deviendra la marque de fabrique de Wally. " J'ai construit ce premier bateau pour moi et ma famille car je n'en trouvais aucun à mon goût, confie Luca Bassani. A cette époque-là, les bateaux de croisière étaient très conservateurs. Ils n'étaient ni intéressants d'un point de vue aérodynamique ni agréables à gouverner car trop lents et trop compliqués. Personne ne voulait faire quelque chose de différent. De l'autre côté, les bateaux de course étaient rapides mais n'offraient aucun confort et ils avaient la réputation de ne pas être sûrs. J'ai voulu produire un bateau à la fois luxueux et extrême. " Les partis pris de Bassani, qui tranchent avec les codes de bonne conduite, sont loin de faire l'unanimité dans le milieu de la plaisance. Mais la radicalité du geste séduit une partie des grandes fortunes à la recherche d'excellence et de non-conformisme. Après le patron de L'Oréal qui sera l'un des premiers acquéreurs, ce sera le tour de Marco Tronchetti, CEO de Pirelli, à céder aux sirènes de Wally, puis de Domenico De Sole, à la tête de Sotheby's, de Thomas Bscher, ancien banquier et patron de Bugatti, ou du roi d'Espagne, Juan Carlos Ier. " Nos clients sont des trendsetters, souligne le designer. Ils ne suivent pas les autres, non par choix mais par caractère. Nos produits correspondent à ce qu'ils sont. " Pour Monica Paolazzi, collaboratrice depuis 20 ans, ce goût de l'innovation est une histoire de famille. " Mon père qui a été entrepreneur dans le secteur de l'électronique a toujours été à la recherche d'un produit qui offre quelque chose de mieux, de plus performant, confirme Luca Bassani. C'est dans ma culture. Il y a des patrons qui excellent dans le marketing, d'autres dans la gestion, moi c'est l'innovation. J'ai eu la chance de posséder beaucoup de bateaux et de naviguer énormément. Cette expérience m'a servi car je regarde toujours nos produits du point de vue du client. " Depuis Wallygator, le C.V. du fabricant s'est considérablement étoffé. On compte 45 voiliers et une centaine de bateaux à moteur à son actif, parfois édités en petite série mais principalement conçus en exemplaire unique. Dans les chantiers navals allemands ou irlandais, il faut compter jusqu'à quatre ans pour la mise en oeuvre et la livraison. Rien ne semble trop ni trop grand ni trop beau pour les commanditaires. Certains aménagements ont été réalisés avec des stars de l'architecture, tel Norman Foster, qui ont valu à Luca Bassani le prestigieux Compasso d'Oro, la récompense la plus prisée des designers, remportée à deux reprises. Mais dans cette course à la magnificence, on peut aussi risquer de se brûler les ailes. Le partenariat avec Hermès dans les années 2000 pour concevoir un super yacht de 100 millions d'euros, le WHY, s'est soldé par un flop et un divorce. Luca Bassani qui détenait, à la même époque, son propre chantier naval à Ancône, en Italie, pour la construction de ses voiliers a mis la clé sous la porte en 2015. " On voit parfois trop grand ", concède en souriant le navigateur-entrepreneur qui regarde cette mauvaise passe comme un lointain souvenir. La crise de 2008 aussi semble appartenir au passé. " Le marché est très porteur depuis deux ans, se réjouit-il. Il est plus petit qu'avant mais plus solide. " Sa dernière livraison s'appelle Tango, un voilier de 47 tonnes et 30 mètres de long destiné à " un client international qui vit sur trois continents ". L'intérieur a été confié à Pininfarina, la fameuse agence de design. Entre esthètes, on se comprend. ANTOINE MORENO" Nos clients sont des 'trendsetters'. Ils ne suivent pas les autres, non par choix mais par caractère. Nos produits correspondent à ce qu'ils sont. "