L'automobile a encore de très beaux jours devant elle en Belgique. C'est le Bureau du Plan qui l'écrit. Le service d'étude des pouvoirs publics fédéraux estime qu'elle restera largement le premier moyen de transport pour les particuliers, avec de 80% des déplacements en 2040. Quasiment la même chose qu'aujourd'hui.
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L'automobile a encore de très beaux jours devant elle en Belgique. C'est le Bureau du Plan qui l'écrit. Le service d'étude des pouvoirs publics fédéraux estime qu'elle restera largement le premier moyen de transport pour les particuliers, avec de 80% des déplacements en 2040. Quasiment la même chose qu'aujourd'hui. Cette prévision paraît en contradiction avec les nombreuses annonces sur le succès des transports partagés, la tendance promise à la multimodalité, la popularité des journées sans voitures, qui laissent entendre une érosion progressive du marché des quatre-roues. Mais entre les désirs, les impressions et la réalité, il existe souvent un écart, comme le montrent, par exemple, les immatriculations des dernières années, toujours aussi importantes : plus de 500.000 voitures par an. Le parc automobile évoluera de 5,7 millions en 2018 à plus de 7 millions en 2040, soit 0,57 véhicule par habitant. Une progression de 22%, toutefois plus faible que celle du PIB projetée par le Bureau du Plan (+37%). Un parc qui sera alors quasi à saturation. Ces projections sont tirées de rapports publiés par le Bureau du Plan à la fin janvier. Les chiffres sont générés par un modèle, intitulé Planet, remis à jour tous les trois ans, dont la partie produisant les chiffres sur l'évolution du parc s'appelle Casmo (CAr Stock MOdel). Planet étudie aussi la demande future de transport pour les personnes et pour les marchandises. Le Bureau du Plan publie régulièrement des études pour aider les exécutifs. Il transmet des prévisions économiques utilisées pour établir les budgets publics, un rapport annuel sur le vieillissement de la population et son impact budgétaire. Il fait donc de même avec la mobilité, cherchant à publier des données les plus neutres possibles. Pour le secteur, la projection qui paraît la plus étonnante concerne la part de l'électrique. Malgré la pression en faveur de voitures " propres ", les annonces des constructeurs qui promettent des rafales de modèles meilleur marché, le Bureau du Plan avance que l'automobile à batterie ne dépassera pas 12% des ventes en 2040. Dans son étude, il prévoit également que la moitié des voitures qui seront immatriculées en 2040 utiliseront encore un moteur à carburant, contre plus de 90% aujourd'hui. La percée la plus significative proviendra, selon le modèle Casmo, des voitures hybrides (29% des immatriculations en 2040). L'automobile électrique, elle, progressera plus lentement. Quant aux autres motorisations (gaz naturel, LPG, , etc.), elles resteront marginales. Compte tenu de son image fort négative depuis le dieselgate, une autre projection étonnante concerne la position encore forte du diesel (29% du parc, toujours en tête des motorisations en 2040). " Il faut préciser que cet exercice de prévision à long terme est réalisé sur la base de la politique existante ", nuance Laurent Franckx, expert en mobilité au Bureau du Plan, auteur de l'étude sur l'évolution du parc automobile. Il ne tient donc nullement compte des politiques futures, comme l'interdiction du diesel à long terme parfois envisagée par certains élus, ni d'une redevance kilométrique pour les véhicules légers - en discussion en Flandre. " Le modèle sert surtout à distinguer les grandes tendances, ce n'est pas une question d'un pour cent de plus ou de moins ", continue Laurent Franckx, qui devance quelques contestations. Il y en a, en effet... Ainsi, la fédération des importateurs d'automobiles, la Febiac, s'interroge sur les prévisions concernant les voitures électriques. Un de ses membres, le plus important même, D'Ieteren Auto (VW, Audi, Seat, Skoda, Porsche, Bentley, Lamborghini, Bugatti) n'estimait-t-il pas qu'il vendrait 35% à 40% de voitures électriques en 2025 ? Pour le président de la Febiac, Philippe Dehennin, " il est impossible, avec les tendances nouvelles en termes de mobilité, qui ne sont pas vraiment prises en compte par le Bureau du Plan, d'anticiper l'évolution du parc. Tout au plus pouvons-nous cautionner l'augmentation de 22% du nombre de kilomètres parcourus " citée dans l'étude. Pour le bureau d'études de la Febiac, qui nous a soumis ses propres analyses en la matière, le rapport sous-estime la montée des véhicules électriques. " Leur part faible dans les prévisions du Bureau du Plan s'explique par un scénario business as usual, prenant comme point de départ 2015, une année avec peu de bornes de recharge et une offre quasi inexistante de modèles électriques à prix démocratiques ", commente une note sur le sujet. Le Bureau du Plan se défend toutefois d'avoir été simpliste. " Nous avons observé l'évolution des ventes de véhicules électriques et avons remarqué que l'arrivée de modèles moins chers, d'une autonomie améliorée et avec un coût à l'usage intéressant par rapport aux diesels, n'avait pas suscité une réaction proportionnelle dans les achats ", observe Laurent Franckx. Si le modèle avait extrapolé cet accueil mitigé sur le long terme, "le chiffre aurait été nettement plus faible que les 12% de parts de marché en 2040 ". Cette réticence des automobilistes tiendrait moins à des coûts qu'à des questions de perception, des craintes, notamment sur l'autonomie limitée, qui subsistent même quand l'autonomie augmente. La voiture à carburant paraît plus pratique et plus familière. Ceci étant, l'étude du Bureau du Plan prend en compte une amélioration de la perception future de l'électrique par les automobilistes. " Nous avons cherché à intégrer, autant que faire se peut, l'évolution des barrières non liées au coût. Comme l'autonomie. Ou le choix. L'offre est en effet encore peu variée. Une fois qu'elle deviendra plus large, l'attrait de la voiture électrique augmentera. Nous en tenons compte dans notre modèle Casmo. " Les scientifiques du Bureau du Plan ont par ailleurs examiné les modèles de prévision utilisés ailleurs. Ils se sont en particulier inspirés de travaux de Cambridge Analytica, au Royaume-Uni. " Le chiffre de 12% de voitures électriques en 2040 est plausible si l'on considère que le réseau de recharge public ne se développe pas suffisamment ", concède Michel Martens, director policy de la Febiac. Il note que cette recharge devrait se faire pour 70% à domicile, 20% au bureau, 10% en route, " en charge rapide si possible ". Mais la problématique est plus large que les seules bornes. " Il faudra aussi beaucoup renforcer le réseau, son état actuel n'est pas encore adapté à la voiture électrique en volume. " Tout est question, bien sûr, d'hypothèses. Le Bureau du Plan tend à se montrer prudent sur les innovations pour lesquelles il y a encore peu de visibilité sur leur degré d'adoption par les automobilistes. A politique inchangée, il a par exemple mis de côté les véhicules à hydrogène, lancés par Toyota et Hyundai, quasi inexistants en Belgique. Aucun élément ne permet en effet d'en anticiper la croissance. " Nous en parlions dans la version précédente de l'étude mais, aujourd'hui, cette motorisation est passée au second plan. Son atout par rapport à la voiture électrique à batteries était l'autonomie. Or, vu les progrès de ces batteries, ce n'est plus un argument pertinent aujourd'hui. " L'étude est aussi peu optimiste envers la motorisation au gaz naturel, qui restera, selon le Bureau du Plan, marginale (moins d'un pour cent du parc en 2040). Le secteur n'est pas très heureux. Un plus grand nombre de modèles au gaz naturel que d'électriques ont en effet été immatriculés l'an dernier (4.000 contre 3.300). L'impact des véhicules partagés n'est pas davantage pris en compte, ce qui peut paraître singulier. Il est vrai que leur nombre reste très marginal (guère plus de 2.000 ou 3.000 sur un parc de 5,7 millions). " Nous verrons dans la nouvelle étude, dans trois ans, argumente Laurent Franckx. Si on constate une percée de la mobilité partagée, elle pourra avoir une influence sur le nombre d'automobiles par personne. " Donc sur les immatriculations et le parc. Enfin, la progression du parc à 7,04 millions de véhicules peut paraître inquiétante sur le plan environnemental. Le Bureau du Plan est toutefois un rien rassurant. Ce parc va en effet grandir de 22% mais les émissions ne devrait pas suivre la même pente. L'étude sur la perspective de la demande de transport, où l'automobile est majoritaire, prévoit une hausse de +3,1% des gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d'azote) pour l'ensemble des transports (automobile, marchandises, rail, navigation fluviale). Cette progression modérée s'explique par l'impact des normes européennes sur les émissions de CO2 pour les voitures et les utilitaires légers. En clair, les véhicules seront toujours plus propres. Mais, toujours plus nombreux, ils n'empêcheront pas les émissions d'augmenter malgré tout légèrement. Par contre, les émissions de polluants locaux comme le Nox (oxyde d'azote) ou les microparticules vont, selon les projections du Bureau du Plan, reculer de respectivement 66,8% et 24,2%, en raison des nouvelles normes Euro.