Que donnerait un roman policier sans policier et sans cadavre? C'est l'expérimentation littéraire à laquelle semble s'être essayée l'autrice américaine Ottessa Moshfegh dans ce nouveau roman qui se dévore comme le bon thriller qu'il est: à pleines dents. Vesta est une veuve de 72 ans qui vit avec son chien Charlie dans une cabane, ancien repaire des bandes de sco...

Que donnerait un roman policier sans policier et sans cadavre? C'est l'expérimentation littéraire à laquelle semble s'être essayée l'autrice américaine Ottessa Moshfegh dans ce nouveau roman qui se dévore comme le bon thriller qu'il est: à pleines dents. Vesta est une veuve de 72 ans qui vit avec son chien Charlie dans une cabane, ancien repaire des bandes de scouts locales, au bord d'un lac. Un jour de promenade avec son fidèle compagnon, dans la forêt de bouleau qui jouxte son terrain, elle tombe sur ce message énigmatique coincé entre quatre petits cailloux qui lui dit qu'une certaine Magda est morte. Mais qui est Magda? Où est son corps? "Nous devons revendiquer la vie, y prêter attention, ne jamais nous détourner des morts", pense Vesta qui débute alors la première investigation de son existence en tentant de lister les suspects et d'identifier les témoins. Mais puisqu'elle n'est pas en possession de toutes ces informations, elle décide d'avoir recours à son imagination. Quelles sont les limites de celle-ci? Quand finit la vie de Magda et quand commence le récit de Vesta? Que deviennent la mémoire, l'intuition et le doute au milieu du mini-chaos que forment les pensées de la vieille veuve? Ce sont les questions qui viendront immanquablement à l'esprit en lisant les tribulations de Vesta dans ce coin perdu de nature américaine. Moins la quête d'un suspect que celle d'une vérité. Moins le récit d'une enquête rondement menée que le désir d'une femme oubliée de se raconter. Au fond, est-ce Vesta qui cherche Magda ou Vesta qui rencontre Vesta? "Le monde de Magda était idiot et cruel. Le mien avait quelque chose de mystérieux, mais en dehors de ça il était serein et tendre", écrit Vesta. Mais peut-on vraiment se fier à elle?