Avec ses épaules de déménageur et ses 100 kilos sur la balance, Shane Lowry aurait sûrement eu sa place comme pilier dans de nombreuses équipes de rugby. C'est pourtant en golf que le natif de Mullingar, en République d'Irlande, a fait carrière. Professionnel depuis 2009, le voilà définitivement élevé au rang de héros national après sa victoire lors du 148e British Open !

On savait ce joueur de 32 ans, déjà vainqueur du WGC Bridgestone Invitational à Akron en 2015 et deuxième de l'US Open en 2016, capable de frapper de grands coups. On n'imaginait sans doute pas qu'il soulèverait un jour la légendaire Claret Jug, le graal absolu pour tout golfeur britannique.

Mais sur le parcours du Royal Portrush, " Barbe Rousse " s'est senti en mission. En tête au départ du dernier tour, il a résisté à la fois à l'enjeu et à la tempête qui, soudain, a fait tomber un à un tous ses adversaires. Là où Lee Westwood, Jon Rahm, Justin Rose et même Brooks Koepka cédaient sous le poids de la dépression, il est resté solide comme le chêne. Et l'Anglais Tommy Fleetwood, le dernier à s'accrocher, a fini lui aussi par capituler.

Elevé dans le sérail des links et des tempêtes, Shane Lawry adore, il est vrai, jouer dans le vent. C'est dans des conditions d'apocalypse qu'il avait remporté en 2009 l'Open d'Irlande alors qu'il était encore amateur.

C'est dire si les conditions climatiques du dernier tour de ce British Open 2019 n'étaient pas de nature à le faire trembler. Solide et concentré, porté par la foule, il a réussi à dompter les baromètres à la baisse pour s'offrir le premier tournoi du Grand Chelem de sa carrière. Et il se souviendra longtemps de l'accueil du public nord-irlandais sur le green du dernier trou. Certes, les spectateurs auraient sans doute préféré ovationner l'enfant du pays, Rory McIlroy. Mais ils acclamèrent, de la même façon, le lauréat venu du sud, rappelant qu'en matière de sports, le sang irlandais n'avait pas de frontière.

La victoire de Shane Lowry permet au golf européen de sauver l'honneur dans ce millésime. Les trois précédents Majors avaient, en effet, été remportés par des champions américains : Tiger Woods au Masters, Brooks Koepka au PGA Championship et Gary Woodland à l'US Open. Elle symbolise aussi, une fois encore, l'étonnant équilibre des forces au sommet du swing mondial. Lowry est le quinzième vainqueur différent lors des 20 derniers tournois du Grand Chelem. Voilà une statistique qui en dit long sur le niveau actuel de la discipline. Et quelque chose nous dit que Padraig Harrington, capitaine...irlandais de l'équipe européenne de Ryder Cup, a pris bonne note du triomphe de son compatriote !

Dans la tempête, l'Irlandais a offert la Claret Jug à tout un peuple.