Le débat organisé ce lundi 14 octobre au Théâtre Royal de Namur par le Cercle de Wallonie en partenariat avec La Première (RTBF) et Trends-Tendances était plus que jamais d'actualité. Le thème ? Peut-on encore faire du business dans un pays divisé en deux politiquement ? On aurait pu aussi ajouter une autre question : comment le faire lorsque le gouvernement fédéral tarde à surgir ?

A vrai dire, ce débat est l'enfant d'une carte blanche signée par 20 patrons belges à la veille du scrutin du 26 mai dernier. En résumé, ce texte expliquait que la complexité institutionnelle de notre pays ne devait pas être un prétexte pour l'enliser dans l'immobilisme. Les signataires de cette carte déploraient aussi le fait que sur les grands sujets - immigration, intégration, mobilité, énergie, pensions, environnement et transition digitale -, les politiques n'avaient pas d'objectifs clairs à horizon de 10 ou 20 ans.

Lorsque des patrons prennent la parole, on doit les écouter. Surtout s'ils ont un parcours qui plaide pour eux. Leur argumentation n'est pas dénuée de fondement. La Belgique, par exemple, est connue pour être un pays riche. Or, nous avons officiellement 1,6 million de pauvres (les citoyens qui ne perçoivent que 60% du revenu médian en Belgique). Question : comment est-ce possible alors que nous sommes sur le podium des pays les plus taxés au monde ? C'est évidemment la question de l'efficience des dépenses publiques qui est posée indirectement par le monde patronal. De même, alors que la révolution numérique impose à nos enfants d'avoir une plus forte qualification, comment se fait-il que dans les tests Pisa, la Wallonie et Bruxelles sont en bas du classement ? Là encore, comment expliquer ce mauvais score alors que 54% de la richesse nationale part sous forme de prélèvements fiscaux et sociaux ?

Les patrons doivent éviter d'être des donneurs de leçons. Les politiques doivent tendre l'oreille et fréquenter davantage la société civile.

Faut-il le préciser, la plupart des politiques n'aiment pas qu'on leur donne des leçons. Ils ont horreur de cela, surtout si cela émane de patrons d'entreprise souvent mieux payés qu'eux. Sur le papier, ils ont en partie raison : gérer un pays ou une Région est infiniment plus complexe que diriger une société anonyme. D'abord, parce que les politiques sous soumis au temps court des médias et des réseaux sociaux. Comment se focaliser sur l'avenir quand, tous les jours, les médias et les réseaux sociaux vous demandent de réagir à l'actualité du jour ? Ensuite, parce qu'en politique, la règle, c'est la coalition et pas l'unanimité comme dans le monde de l'entreprise.

Or, la coalition, c'est l'autre nom du consensus, et si le consensus permet d'éviter les grosses bêtises (Brexit), il empêche aussi de saisir les belles opportunités. D'où ce sentiment d'immobilisme. Et puis, si l'entreprise peut se permettre de ne pas être une démocratie (le chef décide et on suit), la vie politique est régie par la nécessité de réunir une majorité politique pour faire passer une loi, un arrêté ou un décret. Et cette démocratie est mise sous pression quotidienne par les syndicats, les ONG, les médias, les réseaux sociaux et les lobbies... patronaux.

Bref, tous ces adeptes du changement sont en faveur de celui-ci, mais uniquement chez les autres. J'ai beaucoup de respect pour nos politiques qui mènent souvent une vie de chien et sont sous-payés pour leur vocation. Raison pour laquelle les patrons doivent éviter de donner l'impression d'être des donneurs de leçons. En revanche, les politiques doivent aussi tendre l'oreille et fréquenter davantage la société civile. Et surtout répondre à une seule question : la Suisse, pays comparable au nôtre en termes de taille, mais aussi de complexité avec quatre langues nationales, arrive à se positionner dans les pays gagnants de la mondialisation avec seulement 35% de pression fiscale et sociale en pourcentage du PIB. Notre pays dépasse, hélas, largement les 50% pour un résultat moindre. Ma question : pourquoi ?