Au milieu des années 1980, un jeune travailleur humanitaire faisait ses premières armes en tentant une négociation entre les parties alors en conflit en Ethiopie pour laisser des convois humanitaires traverser les lignes de front. Objectif: alléger les souffrances des populations de la première famine télévisée au monde. Ce désastre était en grande partie dû au gouvernement, une dictature marxiste qui avait contraint les paysans à travailler dans des exploitations collectives, où ils mouraient de faim, et qui avait suspendu l'approvisionnement en nourriture des régions sous contrôle rebelle. Entre 400.000 et 700.000 personnes y périrent.
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Au milieu des années 1980, un jeune travailleur humanitaire faisait ses premières armes en tentant une négociation entre les parties alors en conflit en Ethiopie pour laisser des convois humanitaires traverser les lignes de front. Objectif: alléger les souffrances des populations de la première famine télévisée au monde. Ce désastre était en grande partie dû au gouvernement, une dictature marxiste qui avait contraint les paysans à travailler dans des exploitations collectives, où ils mouraient de faim, et qui avait suspendu l'approvisionnement en nourriture des régions sous contrôle rebelle. Entre 400.000 et 700.000 personnes y périrent. Plus de 35 ans plus tard, ce travailleur humanitaire est aujourd'hui un diplomate occidental chevronné qui tente à nouveau de négocier avec le gouvernement éthiopien pour permettre à la nourriture de traverser les lignes de front d'une guerre civile afin d'éviter une nouvelle famine menaçant plus d'un million de personnes. "La boucle est bouclée", conclut-il avec une douleur non contenue dans la voix. La chute rapide de l'Ethiopie, passant de l'un des pays d'Afrique au développement le plus rapide à un pays ravagé par la guerre civile, dominera les interactions de l'Occident avec la région. Entre la famine, les atrocités croissantes et une purification ethnique des groupes minoritaires, les Etats-Unis et l'Union européenne feront pression sur le gouvernement et le Front populaire de libération du Tigré rebelle pour mettre un terme à une guerre à laquelle aucune des deux parties ne souhaite mettre fin alors qu'aucune des deux n'est assez forte pour l'emporter. Publiquement, les diplomates brandissent la menace de sanctions et d'un embargo sur les armes pour encourager les pourparlers. En privé, ils ont abandonné tout espoir et craignent un conflit long qui se traduirait par un risque accru de démantèlement de la république fédérale d'Ethiopie en Etats fondés sur des critères ethniques, à l'instar de l'ex-Yougoslavie. Nombre d'observateurs s'inquiètent par ailleurs de voir le conflit déborder au-delà de ses frontières, entraînant la Somalie et le Soudan, vulnérables aux coups d'Etat, dans une guerre qui a déjà impliqué les troupes érythréennes. L'Ethiopie n'est pas le seul foyer de crise qui retiendra l'attention du reste du monde en 2022. Onze des 15 pays les plus vulnérables figurant sur l'index mondial des Etats fragiles compilé par Fund for Peace, un think tank américain, se trouvent en Afrique subsaharienne. Il s'agit de pays en proie à des conflits de longue date comme le Soudan du Sud, qui est en guerre pratiquement depuis sa création il y a 10 ans ; de la République centrafricaine, qui reste debout en grande partie grâce à une force de maintien de la paix de l'Onu ; et de la Somalie où les djihadistes d'Al Chebab contrôlent la plupart des régions agricoles et où l'Etat, après 15 ans de consolidation, risque de basculer à nouveau dans la guerre civile en raison de la dérive autocratique de son président, Mohamed Abdullahi Mohamed. Tout aussi préoccupants, l'effondrement progressif des pays du Sahel, bande de déserts broussailleux qui s'étend au sud du Sahara, et l'extension des zones disputées par les djihadistes du Mali vers des Etats limitrophes comme le Niger et le Burkina Faso. Bien que les forces françaises soient parvenues à neutraliser plusieurs leaders djihadistes, l'Hexagone aimerait commencer à réduire la présence de ses troupes dans la région. Mais après deux coups d'Etat au Mali, et d'autres au Tchad et en Guinée à proximité, les perspectives de la région du Sahel restent incertaines.