La philosophe belge Isabelle Stengers expliquait récemment au micro du journaliste Pascal Claude (RTBF) que si un sens commun a bien émergé ces dernières semaines suite à la crise du coronavirus (applaudissements à 20 heures, confection de masques, distribution de vivres, etc.), il est " partiel et insuffisant...

La philosophe belge Isabelle Stengers expliquait récemment au micro du journaliste Pascal Claude (RTBF) que si un sens commun a bien émergé ces dernières semaines suite à la crise du coronavirus (applaudissements à 20 heures, confection de masques, distribution de vivres, etc.), il est " partiel et insuffisant pour générer de nouvelles dynamiques " : après 2008, toutes les vieilles logiques ont demeuré, constate-t-elle. " Seuls les activistes se sont donné les moyens collectifs de ne pas oublier ce qu'il s'était passé." Ces activistes, elle en parle justement dans son dernier essai. Ces gens qui "tentent (...) non pas (de) se mettre d'accord, mais (de) savoir ensemble que les raisons de résister, aussi différentes soient-elles, ont besoin les unes des autres", mais sont souvent traités en ennemis. Car ils exigent de prendre en compte "les interdépendances multiples, intriquant humains et non-humains, dont les experts demandaient l'oubli, et qu'eux-mêmes avaient le plus souvent pris l'habitude d'oublier". Contre le "ravage écologique" qui est aussi un "ravage des milieux naturels autant que ravage social et mental", il faut plus que jamais recourir à l'imagination, "donner sens au désastre". Opposer à notre "temps de débâcle" (ce monde qui a succédé au "déclin") un objectif : "souder le sens commun et l'imagination" sur le modèle du philosophe britannique Alfred North Whitehead (1861-1947), "quelque chose qui ne peut se faire que collectivement."