VOO est à vendre. Cette fois, la procédure de vente s'annonce transparente et équitable pour tous les acquéreurs potentiels. C'est en tout cas la volonté du nouveau management de Nethys. " La procédure sera totalement ouverte. Nous n'avons aucune option préférentielle, ni du côté des candidats industriels, ni du côté des fonds d'investisse- ment ", assure Renaud Witmeur, directeur général ad interim de Nethys. Le patron de la Sogepa, bras financier de la Région wallonne, joue actuellement les pompiers de service du côté de Nethys, suite à l'éviction de l'ancien patron Stéphane Moreau.
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VOO est à vendre. Cette fois, la procédure de vente s'annonce transparente et équitable pour tous les acquéreurs potentiels. C'est en tout cas la volonté du nouveau management de Nethys. " La procédure sera totalement ouverte. Nous n'avons aucune option préférentielle, ni du côté des candidats industriels, ni du côté des fonds d'investisse- ment ", assure Renaud Witmeur, directeur général ad interim de Nethys. Le patron de la Sogepa, bras financier de la Région wallonne, joue actuellement les pompiers de service du côté de Nethys, suite à l'éviction de l'ancien patron Stéphane Moreau. Renaud Witmeur a du boulot. Sa mission est de restructurer un groupe hétéroclite fabriqué par l'ancien management autour d'une seule idée phare : l'ancrage liégeois. La feuille de route fixée par le gouvernement wallon doit amener Nethys, chapeautée par l'intercommunale Enodia (ex-Publifin), à abandonner la diversification opérée ces dernières années pour se recentrer sur ses activités originelles de distribution d'énergie. Le mouvement est enclenché. Après la revente récemment actée du pôle médias ( L'Avenir, Moustique) à IPM ( La Libre, La Dernière Heure), restent à boucler la cession du pôle assurance (Integrale) et la vente du pôle télécoms (VOO). Pour ce dernier, la messe semblait pourtant dite. L'année dernière, l'ancien management de Nethys avait négocié en toute discrétion la vente de 51 % de ses parts dans VOO au fonds d'investissement américain Providence. Cette opération avait été tenue secrète pendant plusieurs mois jusqu'à ce que nos confrères du Soir l'éventent. Mise devant le fait accompli, la nouvelle direction de Nethys avait ensuite confirmé le deal, que l'on pensait donc gravé dans le marbre. C'était sans compter l'opiniâtreté des concurrents écartés. S'estimant lésé, Orange, par la suite rejoint par Telenet, a attaqué la vente de VOO à Providence. Il y a quelques semaines, le tribunal de l'entreprise de Liège leur donnait raison, en annulant la vente. Quelques jours avant la décision, le CEO d'Orange confiait à Trends-Tendances attendre le verdict " sereinement "... sans oublier de tacler l'ancienne direction, à la barre au moment où le scandale Publifin éclatait. " Ce qui nous a beaucoup choqués, et nous ne sommes pas les seuls, c'est la manière avec laquelle l'ancien management de Nethys a géré ses affaires, soulignait Michaël Trabbia. VOO n'est pas la seule entité à avoir été concernée. Le problème était plus global. Je me félicite que le gouvernement wallon et Enodia aient pris des mesures fortes. " Rappelons que Stéphane Moreau et ses collègues sont soupçonnés d'avoir négocié exclusivement avec Providence dans le seul but de s'octroyer un intéressement juteux à la vente. Tout est donc à refaire dans le dossier VOO. Cela n'a pas que des désavantages pour le nouveau management de Nethys, qui a pour mission d'enfin assainir les pratiques en vigueur dans ce groupe public dont les actionnaires principaux sont les communes liégeoises et la province de Liège. En relançant une procédure de vente de zéro, le patron ad interim Renaud Witmeur peut faire table rase du passé et repartir d'une feuille (presque) blanche. Le travail en cours actuellement porte sur l'identification des différents scénarios possibles. Si la vente de VOO ne fait aucun doute, celle-ci peut se modéliser de différentes façons. L'opération avec Providence concernait 51 % des parts, mais ce n'est qu'une option parmi d'autres. Par ailleurs, l'épineuse question de Brutélé doit également être résolue. Cette intercommunale pilotée par des communes bruxelloises et wallonnes est associée à Nethys sous la coupole de la marque VOO. Même si Nethys a clairement la main sur la gestion de VOO depuis l'origine, Brutélé a son mot à dire dans le processus de vente. La structure basée à Bruxelles représente même un actif stratégique au sein de VOO. Tout candidat acquéreur exigera probablement que Brutélé fasse partie du " package " mis en vente. C'est ce qu'avait fait acter Providence dans la convention signée avec VOO. Et ça se comprend : malgré sa faible empreinte territoriale, Brutélé opère dans 30 communes, dont certaines représentent de gros bassins de consommateurs, comme Uccle, Ixelles ou Charleroi. Une fois que Nethys et l'intercommunale Enodia (ex-Publifin) auront choisi les modalités de la vente, une banque d'affaires sera mandatée et une data room sera ouverte pour les candidats acquéreurs. Sauf énorme surprise, on devrait y retrouver les deux acteurs locaux Orange et Telenet, qui ont déjà annoncé à plusieurs reprises leur intérêt pour le câblo-opérateur wallon. La candidature du troisième larron sur le marché des télécoms, Proximus, est hautement improbable, pour ne pas dire exclue, pour des raisons concurrentielles. Si le leader du marché devait mettre la main sur l'unique câblo-opérateur wallon, les consommateurs du sud du pays n'auraient quasiment plus aucun choix possible pour leur package télécom. Leur seule alternative serait Orange, qui ne possède actuellement pas de réseau et qui " loue " l'infrastructure du câble à VOO et Telenet. Parmi les candidats potentiels, on pourrait aussi retrouver des fonds d'investissement. Notamment un certain Providence, qui pourrait ressortir de sa boîte s'il n'a pas été trop échaudé par le rachat avorté. Les candidats les plus évidents au rachat restent cependant Orange et Telenet. Ce sont les acteurs du secteur qui ont le plus intérêt à mettre la main sur le réseau de VOO, afin d'étendre leur empreinte sur l'ensemble du pays (pour Telenet) ou pour prendre pied sur le marché du fixe (TV, Internet, téléphonie fixe) avec une infrastructure propre (pour Orange). Providence était prêt à mettre entre 1,1 et 1,2 milliard d'euros sur la table pour acquérir VOO. Du côté de Nethys, on s'attend à une offre au moins équivalente. D'autant que l'Ebitda (bénéfices avant impôt) est en progression depuis l'offre de Providence. D'après Renaud Witmeur, l'Ebitda de VOO devrait atteindre 140 millions d'euros en 2020 alors qu'il s'établissait à 118 millions en 2018. Or, le calcul de la valorisation d'une entreprise se base généralement sur un multiple de l'Ebitda. " A partir du moment où l'Ebitda est meilleur, nous ne nous attendons pas à un prix inférieur à celui proposé par Providence ", indique Renaud Witmeur. Le patron ad interim de Nethys rappelle aussi que VOO possède un atout non négligeable : son réseau. Le câble, qui est déployé dans la plupart des foyers wallons, est un actif précieux : " Le réseau, l'infrastructure, c'est ce qui représente la valeur de la société. Grâce au câble, VOO peut proposer l'Internet le plus rapide du marché ", pointe Renaud Witmeur. Au cours des dernières années, l'opérateur a pourtant rencontré les pires difficultés à valoriser cet actif. Certes, VOO fait jeu égal avec Proximus en Wallonie sur le marché de la télévision Mais cela cache une réalité moins glorieuse. Depuis le lancement de son offre TV (Belgacom TV) en 2005, Proximus, qui démarrait de zéro, a raflé une belle part du marché wallon. Dans le même temps, en Flandre, Telenet a opposé une résistance beaucoup plus farouche aux velléités de Proximus (voir graphique intitulé " Voo, numéro trois du marché de la TV ").Pourquoi cette différence Nord-Sud ? Tout d'abord parce que le projet d'unification du câble wallon (auparavant morcelé en structures locales) a mis du temps à se concrétiser, laissant le champ libre à Proximus. Ensuite, parce que l'ancien management de Nethys n'est jamais parvenu à structurer efficacement son organisation, ni à attirer de grands formats issus du secteur des télécoms capables de professionnaliser l'entreprise. Les dérives de l'intercommunale Publifin ont montré à quel point la gestion de ce groupe public était opaque et peu en phase avec les exigences d'un secteur concurrentiel comme celui des télécoms. " Je ne suis pas là pour faire le procès du passé, estime Renaud Witmeur, mais pour remédier aux points faibles du groupe. " Les points faibles de VOO, il les a identifiés. Il s'agit tout d'abord du cash-flow de l'entreprise. " Même si l'Ebitda se redresse, VOO perd du cash. Notre objectif est de devenir positif en cash-flow en 2020, voire 2021. C'est essentiel. " Alors que la plupart des câblo-opérateurs dans le monde génèrent énormément d'argent, VOO en perd depuis sa création. Plusieurs centaines de millions d'euros de pertes ont été accumulées par la filiale de Nethys. Cette contre-performance a amené un analyste à confier à Trends-Tendances, il y a quelques années, que VOO était " le pire câblo-opérateur d'Europe ". Le défi du nouveau management est de colmater les brèches, tout en veillant à consentir de nouveaux investissements stratégiques. " C'est un défi : VOO doit continuer à investir dans l'infrastructure du réseau, dans les logiciels, dans la création d'une box de nouvelle génération... ", pointe Renaud Witmeur. Dernier défi, lié à la situation de crise actuelle : " Les valorisations des groupes télécoms ont baissé à cause de la crise du Covid-19, notamment en raison d'un impact sur le pouvoir d'achat des consommateurs et de l'augmentation des risques d'impayés ". En tant que secteur essentiel, celui des télécoms n'est cependant pas le plus secoué par la crise, ce qui devrait limiter négatif sur les valorisations. En 2018, le CEO de Telenet John Porter annonçait à nos confrères de L'Echo qu'il était prêt à mettre 1,3 milliard d'euros sur la table pour acquérir VOO. L'appétit de l'opérateur dominant en Flandre n'a pas disparu. L'entreprise reste un candidat très sérieux au rachat. Si Telenet venait à rafler la mise, le marché des télécoms belge en sortirait bousculé. Le duopole souvent décrié par les associations de consommateurs et par Orange deviendrait encore plus criant. Le marché belge des télécoms serait plus que jamais dominé par deux poids lourds : Proximus et Telenet. En raflant le câble wallon, Telenet s'assurerait une empreinte sur l'ensemble du pays, ce qui permettrait à l'entreprise de proposer des packs triple play (TV, Internet, téléphone fixe) et même quadruple play (avec une offre mobile grâce à sa filiale Base) à tous les consommateurs belges, francophones et néerlandophones. Orange, le challenger sur le marché du fixe, en sortirait affaibli. De son côté, Orange n'a jamais caché non plus son intérêt pour VOO et son infrastructure câblée. Depuis 2016, la filiale de l'opérateur historique français propose une offre incluant TV et Internet fixe, avec un certain succès, puisque près de 300.000 clients belges ont choisi de passer chez Orange. Le challenger pourrait atteindre d'ici fin 2021 son objectif de 10 % de parts de marché en Belgique, ce qui serait une belle performance. Pour commercialiser cette offre, Orange " loue " l'infrastructure de Telenet et VOO, ce qui l'oblige à rétrocéder à ses concurrents une partie des revenus générés par cette activité. En devenant propriétaire du réseau de VOO en Wallonie et à Bruxelles, Orange aurait une position plus enviable sur le marché puisque l'entreprise mettrait la main sur la clientèle du câblo wallon et aurait les mains libres pour assurer le déploiement commercial de son offre fixe. Cette situation ne serait pas non plus sans conséquence sur le marché des télécoms en Belgique. Surtout du côté francophone. En Wallonie et dans les communes bruxelloises où VOO est présent, les possibilités de choix se réduiraient mécaniquement de trois... à deux. Exit le " challenger " Orange face à Proximus et VOO, place à un nouveau duopole Orange-Proximus. Cette situation pourrait interpeller l'IBPT, le gendarme du secteur télécoms qui s'est échiné ces dernières années à ouvrir le câble à la concurrence.