Deux sujets feront la une de l'actualité partout dans le monde en 2020 : la campagne présidentielle américaine et la faiblesse de l'économie mondiale. Deux facteurs de préoccupation, par ailleurs très liés l'un à l'autre. C'est une année à risque qui s'annonce, entre une actualité politique instable, marquée par la colère et la division, et des perspectives économiques moroses, et ce quel que soit le vainqueur que désignera le scrutin du 3 novembre aux Etats-Unis.
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Deux sujets feront la une de l'actualité partout dans le monde en 2020 : la campagne présidentielle américaine et la faiblesse de l'économie mondiale. Deux facteurs de préoccupation, par ailleurs très liés l'un à l'autre. C'est une année à risque qui s'annonce, entre une actualité politique instable, marquée par la colère et la division, et des perspectives économiques moroses, et ce quel que soit le vainqueur que désignera le scrutin du 3 novembre aux Etats-Unis. De nombreuses incertitudes planent encore sur cette élection, des conséquences de la procédure d'impeachment (dont rien n'indique que le procès proprement dit aura lieu avant la bataille présidentielle) à l'identité de l'adversaire que le camp démocrate opposera à Donald Trump. Une chose semble certaine : la campagne 2020 s'annonce comme la plus sale de l'histoire de l'Amérique contemporaine. En 2016, lors d'une course électorale déjà rythmée par les bassesses, l'élection de Trump était une hypothèse improbable à laquelle beaucoup avaient refusé de croire ; en 2020, des millions d'électeurs, dans un camp comme dans l'autre, iront aux urnes avec le sentiment que c'est leur démocratie qui est en jeu. Pour le reste du monde, l'attente est grande aussi : ces quatre années hors du commun n'ont-elles été qu'une anomalie, ou ce pays qui était le pilier de l'ordre mondial depuis 1945 a-t-il irrémédiablement changé ? les technologies), les marchés financiers pourraient trébucher un peu plus nettement, et plus encore si l'élection s'annonce serrée, ce qui est très probable. Donald Trump s'empressera d'attribuer la moindre instabilité boursière au spectre socialiste. Mais la baisse de confiance des ménages ne lui permettra pas de fonder sa campagne sur l'idée que l'économie américaine sort renforcée de son premier mandat. La plus grosse économie mondiale toussera donc, et c'est le monde entier qui va s'enrhumer. En Chine, le ralentissement de la croissance va s'accentuer, quoique progressivement, les autorités de Pékin peinant à stimuler suffisamment l'économie pour atteindre leurs objectifs. Ce faisant, elles devront cependant trouver l'équilibre entre la nécessité de compenser les pertes pour le commerce chinois et leur crainte d'ouvrir la voie à un nouveau dérapage du crédit. L'Europe se prépare, elle, à une année particulièrement difficile. En raison de sa forte dépendance envers la demande extérieure, en particulier la demande chinoise, l'Allemagne entamera 2020 à deux doigts de la récession, et avec une " grande coalition ", emmenée par la chancelière Angela Merkel, plus fragilisée qu'elle ne l'a jamais été. Entre la paralysie politique de la fin de l'ère Merkel et une aversion culturelle pour le déficit budgétaire, Berlin se révélera incapable de réagir comme il le faudrait, à savoir par un plan de relance budgétaire via des investissements publics dans l'économie nationale. En France, le président Emmanuel Macron tentera de mobiliser davantage d'audace autour du projet européen, mais ses tentatives se heurteront à l'irritation que causent le Brexit et l'incertitude qu'il fait peser sur le budget communautaire, voté tous les sept ans. La lourde responsabilité de soutenir la demande dans l'UE reviendra donc à la Banque centrale européenne (BCE), une institution en pleine période d'adaptation après son changement de présidence, et dont l'action atteint déjà les limites de ses statuts. Or, en 2020, le rôle de la BCE pourrait créer une autre turbulence : Donald Trump, cherchant des boucs émissaires au ralentissement économique américain, dénoncera la concurrence déloyale permise par les taux négatifs que pratique la BCE. Peut-être ses discours de campagne contiendront-ils assez de menaces protectionnistes contre les marchandises européennes pour inquiéter les investisseurs. Cependant, les marchés risquent alors de tanguer dangereusement, au point de décourager le président américain sortant d'ouvrir un nouveau front dans sa guerre commerciale. Reste que plus Donald Trump laisse libre cours à son penchant pour les barrières douanières, plus la méthode fait des émules. Alors qu'un nouveau grand sommet sur le climat aura lieu à Glasgow en novembre 2020, les dirigeants européens pourraient bien commencer, cette année, à envisager sérieusement des taxes carbone aux importations - pudiquement appelées " taxes d'ajustement aux frontières ". Si la logique n'est pas absurde, l'ajout de mesures protectionnistes à l'arsenal de lutte contre le changement climatique est un risque supplémentaire pour les équilibres commerciaux internationaux. Tous ces facteurs placent ébullition politique et ralentissement économique dans une relation de cause à effet complexe et éminemment incertaine. Quelle que soit l'issue dans chacun des domaines énumérés, 2020 sera un tournant. Ces dernières années, l'économie mondiale a crû dans une indifférence presque totale aux soubresauts de la politique. Les marchés financiers restaient insensibles à l'animosité et aux divisions politiques croissantes. En 2020, ce sera tout l'inverse. Et cette instabilité ne touchera pas seulement l'économie. Des dynamiques explosives seront à l'oeuvre en géopolitique aussi. L'isolationnisme des Etats-Unis ouvre la porte à toutes sortes de déstabilisations dans le monde. On l'a vu récemment, de l'offensive lancée par la Turquie dans le Nord syrien aux mauvais tours de l'Iran contre les navires dans le golfe Arabo- Persique ou les raffineries saoudiennes, en passant par les tensions commerciales entre le Japon et la Corée du Sud. Et tandis que le monde politique états-unien sera tout à sa campagne électorale, les opportunistes de tout crin auront envie de tenter leur chance. Leurs manoeuvres, si elles en viennent à étaler l'affaiblissement de l'ex-gendarme mondial, pourraient alors ouvrir le débat sur le rôle de l'Amérique dans le monde en pleine campagne présidentielle - et, pour peu que le président en poste juge nécessaire de réagir avec fermeté, dégénérer en crise internationale. C'est bien la dernière chose dont aurait besoin une économie mondiale en berne. Or l'année politique fébrile qui s'annonce aux Etats-Unis rend ce genre de crise plus probable que jamais. Attachez vos ceintures.