A en juger des files qu'elle provoque le long de la rue de la Régence le dimanche après-midi, on peut dire que l'exposition est déjà un succès. Promesses d'un visage retrace plus de six siècles d'art du portrait, à travers des peintures, dessins, sculptures et photographies issus des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, auxquels se mêlent des oeuvres invitées. Ici, la scénographie ne se veut pas chronologi...

A en juger des files qu'elle provoque le long de la rue de la Régence le dimanche après-midi, on peut dire que l'exposition est déjà un succès. Promesses d'un visage retrace plus de six siècles d'art du portrait, à travers des peintures, dessins, sculptures et photographies issus des collections des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, auxquels se mêlent des oeuvres invitées. Ici, la scénographie ne se veut pas chronologique mais opte pour une juxtaposition des auteurs, styles et périodes. Le parcours débute par une série de 19 bronzes et cires du visage animalisé voire diabolisé de Jan Fabre (armée fantasque faisant face à un miroir) et une quinzaine de toiles brossant les époques. Dont l'autoportrait de Peter van Lint (1609-1690), peintre flamand baroque dont on aurait aimé connaître l'opinion sur le fantasque Fabre. Au cours du temps, le portrait se veut moins mimétique et change peu à peu de fonction : initialement témoin de la position centrale affectée à l'homme par Dieu, il devient un signe de pouvoir avant d'incarner le triomphe du " je ". Avec la nécessité de dépasser le simple plaisir de duos inattendus, comme celui du photographe contemporain flashy Serrano dont un grand format pose à côté d'une ascétique peinture du 15e siècle. De fait, on pourrait croire que la notion de progrès en art semble partiellement dénuée de sens lorsqu'on se colle le nez à une toile non datée du Hollandais Michiel Jansz. van Mierevelt (1566-1641) : le notable qui y figure, est peint avec un sens inouï du détail, que ce soit dans le rendu infini de la dentelle ou une science des noirs que ne renierait pas Pierre Soulages. Au fil des salles, même si on déplore la place un rien mineure de la photo, se construit une galerie de merveilles qui évoque notamment l'histoire de ce que l'on appelle aujourd'hui le portrait américain, où le corps se trouve (souvent) cadré au- dessus de la taille. Avec des splendeurs signées Chagall, Bacon, Spilliaert, Otto Dix, Rembrandt, Rubens ou ces deux pièces du formidable et contemporain Michaël Borremans.