Depuis des années, le gouvernement wallon admet que le costume d'intercommunale est devenu " trop étriqué " pour un groupe comme Nethys. Mais, pour autant, il n'a jamais vraiment cherché à lui en confectionner un autre. Aujourd'hui que le scandale a éclaté, pourrait-on réaliser sereinement ce nouveau costume moins étriqué et s'en satisfaire ?
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Depuis des années, le gouvernement wallon admet que le costume d'intercommunale est devenu " trop étriqué " pour un groupe comme Nethys. Mais, pour autant, il n'a jamais vraiment cherché à lui en confectionner un autre. Aujourd'hui que le scandale a éclaté, pourrait-on réaliser sereinement ce nouveau costume moins étriqué et s'en satisfaire ? Nethys, Publifin, Ogeo Fund, tout cela sent aujourd'hui le souffre. Et cela risque de se répercuter sur le sort de futurs partenariats, rachats ou autres investissements. L'administrateur indépendant de Nethys Philippe Delaunois (ex-Cockerill-Sambre) veut éviter que la tourmente qui entoure le holding Publifin ne se propage à toute la structure : "Il y a des problèmes chez Publifin concernant les rémunérations de certains mandataires publics : la gouvernance va devoir évoluer. Mais je peux vous assurer que Nethys est un groupe sérieux, qui dégage des bénéfices, qui verse des dividendes à ses actionnaires, et qui a une bonne réputation sur les marchés financiers", assure Philippe Delaunois. Les informations de ces dernières semaines ont créé un dommage de réputation et de confiance pour Nethys, qui risque de nuire à sa capacité de développement. Or, dans le monde politique wallon, personne ne veut prendre le risque de voir le groupe s'effondrer comme un château de cartes, même si rien ne permet d'affirmer que le rachat des actifs par Telenet, Proximus, Rossel ou d'autres se solderait par de sanglantes délocalisations et restructurations. En outre, Resa resterait toujours profitable pour les communes. Comment régler donc dans l'urgence le sort de Nethys ? Le ministre-président Paul Magnette (PS) qualifie le groupe de " mouton à cinq pattes ", ni tout à fait intercommunale ni tout à fait entreprise privée. Il suggère de le faire évoluer vers le statut d'entreprise publique, à l'image d'Elia et Fluxys, chargées du transport de l'électricité et du gaz. Avec une différence de taille : ces entreprises restent cantonnées dans leur mission énergétique de base et ne se développent pas tous azimuts. Le ministre de l'Economie Jean-Claude Marcourt (PS) prend en compte cet aspect holding et se dit prêt, pour le maintenir, à envisager l'arrivée de partenaires privés voire une introduction en Bourse (partielle). Dans un cas comme dans l'autre, Stéphane Moreau serait arrivé à ses fins : grandir, grandir et grandir encore en flirtant avec les règles pour au final obtenir le changement de ces règles, décidément bien contraignantes. Un joli signal envoyé à tous les gestionnaires publics, n'est-ce pas ? Tout en applaudissant l'initiative industrielle publique, le député-bourgmestre d'Herstal, Frédéric Daerden (PS), tient à préserver la notion d'intérêt communal. " Les prises de participation dans des secteurs porteurs pour la région, pour moi, ça a du sens, dit-il. Mais cela relève de la supracommunalité, pas d'une société anonyme. Ce n'est pas à une société anonyme de décider si les communes doivent investir dans tel ou tel secteur. Il faut sortir de cette logique de gestion privée avec des deniers publics. Cela va peut-être - je dis bien peut-être - restreindre la capacité d'action du groupe mais cela me paraît indispensable pour conforter la structure et son avenir. Une structure ne résiste au temps que si elle est transparente et contrôlée. Sans instance de contrôle, on va inévitablement vers les dérives. " Que va donc devenir Publifin ? Une société privée cotée en Bourse ? Une société publique à l'actionnariat élargi ? Une société démantelée ? Une chose est certaine, l'animal hybride d'aujourd'hui, tenant à la fois de l'intercommunale et de la société anonyme, vit ses derniers moments.