Quand une entreprise entre en Bourse, elle doit se dévoiler. Il n'y a pas à discuter, c'est la règle. Qui dit cotation en Bourse dit également nudité. Et cette " mise à poil " forcée est normale : dès lors que des particuliers peuvent acheter les actions d'une société cotée, les autorités de contrôle souhaitent les protéger contre de fausses informations. Résultat : les sociétés cotées doivent se montrer plus transparentes qu'une entreprise privée. Bien entendu, l'entreprise cotée ne doit pas révéler ses secrets d'affaires... mais elle se retrouve quand même un peu nue sous le regard de ses concurrents.
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Quand une entreprise entre en Bourse, elle doit se dévoiler. Il n'y a pas à discuter, c'est la règle. Qui dit cotation en Bourse dit également nudité. Et cette " mise à poil " forcée est normale : dès lors que des particuliers peuvent acheter les actions d'une société cotée, les autorités de contrôle souhaitent les protéger contre de fausses informations. Résultat : les sociétés cotées doivent se montrer plus transparentes qu'une entreprise privée. Bien entendu, l'entreprise cotée ne doit pas révéler ses secrets d'affaires... mais elle se retrouve quand même un peu nue sous le regard de ses concurrents. Les fondateurs de Spotify découvrent les plaisirs de la transparence : le site de streaming musical suédois a annoncé qu'il voulait s'introduire à la Bourse de New York. Alors, qu'a-t-on appris des chiffres dévoilés par Spotify ? D'abord, qu'il est le numéro 1 mondial du streaming musical, avec une part de marché de 46 % des revenus globaux. Deuxième information : Spotify compte 159 millions d'abonnés, dont 71 millions payants. Mais attention, ces 71 millions d'abonnés payants représentent également 90 % des revenus de Spotify. Autrement dit, les 88 millions d'autres abonnés sont des abonnés gratuits (ils subissent la publicité) qui rapportent à peine 10 % des revenus. Vu comme cela, il est clair que Spotify va tout faire pour convaincre ces 88 millions d'abonnés d'ouvrir leur porte-monnaie. Bref, Spotify a un beau vivier de prospects sous la main. Voilà pour l'aspect positif de la croissance potentielle. Pourtant, même si la croissance de Spotify est impressionnante (40 % en 2017) et son chiffre d'affaires tout autant (4 milliards d'euros), les pertes sont quand même de 1,2 milliard d'euros. Spotify a une croissance non rentable ! Pourquoi ces pertes ? En bonne partie parce que Spotify verse des droits d'auteur conséquents aux maisons de disque. En 10 ans - soit depuis la naissance de Spotify - 8 milliards d'euros ont déjà été versés sous forme de droits d'auteur. Mais ce n'est visiblement pas assez puisqu'un éditeur de musique américain, Wixen, n'a pas hésité à porter plainte contre Spotify : il lui réclame 1,6 milliard d'euros pour les droits d'auteur de plus de 10.000 morceaux que Spotify n'aurait pas payés. Voilà pour la première faiblesse du site de streaming suédois : sa croissance est importante mais elle peut être bridée par des droits d'auteur énormes ou par le retrait de ceux-ci, si les maisons de disque ne sont pas satisfaites du partage. L'autre grande faiblesse de Spotify, c'est que ses concurrents sont les plus grandes sociétés du monde. Le site suédois doit affronter la concurrence d'Apple, d'Amazon et de Google. Et la concurrence a déjà commencé ! YouTube, la filiale de Google, a lancé son propre service d'écoute musicale en ligne, baptisé Remix. Sa force de frappe sera redoutable car YouTube peut s'appuyer immédiatement sur 1 milliard d'utilisateurs. Quant à Apple, non seulement il concurrence Spotify avec son propre service musical Apple Music, mais il vient aussi de racheter l'application de reconnaissance musicale Shazam. Une grosse pierre dans le jardin de Spotify... En réalité, pour assurer sa croissance, Spotify a besoin d'être embarqué dans un maximum d'appareils connectés. Difficile quand on est en concurrence avec des groupes plus puissants. Ceux-ci ont déjà la mainmise sur le marché des smartphones et des appareils connectés. Soyons clairs : Apple, Google et Amazon veulent tuer Spotify. Sinon, comment expliquer, par exemple, qu'Apple ne propose pas Spotify dans son enceinte connectée HomePod ? Amazon et Google feront bientôt de même avec leurs enceintes connectées. Normal quand on sait que le marché du streaming musical est évalué à 58 milliards de dollars à horizon de 2030, selon la banque JP Morgan. Pourquoi ces géants américains partageraient-ils le gâteau avec le petit suédois ? Comme le faisait remarquer un observateur : " Spotify est clairement engagé dans une course contre la montre pour sa survie ".