Une dizaine de kilomètres sépare le Roger Raveel Museum de Machelen-aan-de-Leie (Zulte), le Mudel de Deinze et le Dhondt-Dhaenens. Ce dernier est lové sur une vaste pelouse en bout d'impasse à Deurle, partie prenante de Laethem-Saint-Martin. Ce qui est aujourd'hui considéré comme l'un des quartiers les plus chics de Belgique, sorte de Berverly Hills flandrien, fut à la fin du 19e siècle le repaire, alors intégralement rural, de peintres fascinés par le calme apaisant de la Lys voisine. Rivière belgo-française serpentant sur un peu moins de 200 kilomètres, bordée d'une végétation généreuse également propice à la promenade comme aux rêveries. " Malheureusement à cause des complications du Covid, nous n'avons pas pu organiser cette fois-ci des prêts de vélos, mais nous conseillons fortement aux visiteurs de la biennale de prendre les leurs parce que c'est une manière extrêmement agréable de circuler entre les trois musées et les autres endroits d'exposition, déclare Rik Vannevel, responsable communication du musée Dhondt- Dhaenens. Quant à faire un trajet qui passerait par une navigation sur la Lys, l'idée est séduisante mais peu praticable, la plupart des pontons appartenant à des propriétés privées, non accessibles au public. " Ce 17 juillet, le musée est en plein accrochage de la biennale qui débute neuf jours plus tard. A chaque visite de cet espace installé entre les villas luxueuses, on se laisse aller à l'architecture et l'histoire particulières du lieu. Inauguré en 1967 par un couple collectionneurs, Jules et Irma Dhondt-Dhaenens, il est initialement connu pour ses oeuvres des années 1920 signées de la main de peintres flamands.
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Une dizaine de kilomètres sépare le Roger Raveel Museum de Machelen-aan-de-Leie (Zulte), le Mudel de Deinze et le Dhondt-Dhaenens. Ce dernier est lové sur une vaste pelouse en bout d'impasse à Deurle, partie prenante de Laethem-Saint-Martin. Ce qui est aujourd'hui considéré comme l'un des quartiers les plus chics de Belgique, sorte de Berverly Hills flandrien, fut à la fin du 19e siècle le repaire, alors intégralement rural, de peintres fascinés par le calme apaisant de la Lys voisine. Rivière belgo-française serpentant sur un peu moins de 200 kilomètres, bordée d'une végétation généreuse également propice à la promenade comme aux rêveries. " Malheureusement à cause des complications du Covid, nous n'avons pas pu organiser cette fois-ci des prêts de vélos, mais nous conseillons fortement aux visiteurs de la biennale de prendre les leurs parce que c'est une manière extrêmement agréable de circuler entre les trois musées et les autres endroits d'exposition, déclare Rik Vannevel, responsable communication du musée Dhondt- Dhaenens. Quant à faire un trajet qui passerait par une navigation sur la Lys, l'idée est séduisante mais peu praticable, la plupart des pontons appartenant à des propriétés privées, non accessibles au public. " Ce 17 juillet, le musée est en plein accrochage de la biennale qui débute neuf jours plus tard. A chaque visite de cet espace installé entre les villas luxueuses, on se laisse aller à l'architecture et l'histoire particulières du lieu. Inauguré en 1967 par un couple collectionneurs, Jules et Irma Dhondt-Dhaenens, il est initialement connu pour ses oeuvres des années 1920 signées de la main de peintres flamands.L'incongruité stylistique du lieu lui confère une sobre allure moderniste dans un environnement qui est alors bien moins bâti que de nos jours. Avec comme particularité, un vaste puits de lumière encadré de verre, comme si la météo belge changeait au jour le jour l'approche des oeuvres qui, au fil des expositions, ont pris un tour davantage contemporain. Ce n'est pas un hasard si le nouveau directeur du musée, en poste depuis février, le Genevois Antony Hudek (1976) a entre autres fait ses classes au MHKA contemporain d'Anvers et à la Tate Liverpool. Celui qui dit " ne pas réellement parler néerlandais " expose dans un français parfait la nature de la biennale et de ce qui peut-être relevant en 2020. " Le thème de cette année est Binnenskamers (Huis clos). Celui-ci résonne évidemment de manière particulière, vu les circonstances actuelles, alors qu'il avait été choisi bien avant le début de la pandémie. L'exposition n'évoque pas cette dernière mais plutôt la mince frontière entre l'espace privé et le monde extérieur. " Outre les artistes reconnus, comme les locaux Léon et Gustave De Smet ou le Flamand à la mode Luc Tuymans, l'une des belles découvertes de l'expo s'appelle Njideka Akunyili Crosby. Cette Nigériane installée à Los Angeles est présente à Deurle via deux tableaux imposants. Antony Hudek les décrypte : " Voici une artiste qui monte en flèche et qui travaille sur une accumulation de photos de famille et d'images de la diaspora afro-américaine. Mêlant différentes couches qui accumulent à la fois des souvenirs chromos, des portraits de la société nigériane, des extraits de publications et puis aussi de la peinture ". Certains artistes ont imaginé la disposition de leur travail au sein du Dhondt-Dhaenens, comme l'Américaine de Bruxelles Melissa Gordon qui a entouré de trois larges toiles abstraites un moyen format de James Ensor. Daté de 1907, il s'agit d'une sorte de cabinet de curiosités composé d'objets mutiples, incluant une référence japonisante - en vogue alors - rappelant le désir de fuir le huis clos, y compris en début de 20e siècle. Et puis, le musée prolonge la biennale par plusieurs locations voisines parentes, une demi-douzaine, notamment cet endroit exceptionnel qu'est le Wunderkammer tout proche du musée. Dans cette ancienne villa baptisée Meander et spectaculairement modernisée, le plasticien Hans Op de Beeck a imaginé un espace qui intègre la bibliothèque personnelle de Jan Hoet (1936-2014), fameux historien de l'art belge flamand. Endroit généralement réservé aux chercheurs, artistes et curateurs, exceptionnellement accessible au public pendant la biennale.On quitte le Musée Dhondt-Dhaenens pour une dizaine de minutes de voiture en direction de Deinze, localité proche également accessible en vélo, l'alternative scooter - louable dans la région - étant aussi envisageable. Via le chemin des écoliers qui, à Laethem-Saint-Martin, croise forcément la sinuosité tranquille de la Lys où les pêcheurs s'abandonnent à la quête de l'ablette, de la perche et du brochet. Le cours d'eau, fréquenté par des bateaux de plaisance, passe tout près de la seconde halte, le Mudel. Ce Museum van Deinze en de Leiestreek est, comme le précise son directeur Wim Lammertijn, assez particulier : " Il s'agit du premier bâtiment conçu et construit comme musée en Flandre après la Seconde Guerre mondiale. Il a été dessiné dans les années 1970 mais s'est ouvert en 1981 dans une ville qui a une réputation mondiale pour ses élevages de...poules ". Devant l'édifice de 2.000 m2 se balade d'ailleurs un groupe de galliformes pour lequel le facétieux dessinateur-peintre- humoriste flamand Kamagurka a conçu un abri en forme d'oeuf géant, ce qui, comme le précise en toute logique le directeur, " permet à la poule et au coq de rentrer dans leur lieu de naissance ". OEuf créatif. On peut ainsi qualifier le joli musée de briques, bois et métal, au centre de Deinze, ville d'environ 40.000 habitants. L'espace a été initialement créé pour mettre en valeur la production artistique locale. Il expose donc une collection de pièces, comme cet imposant tableau d'Emile Claus (1849-1924), peintre luministe qui restitue ici l'atmosphère laborieuse des cultivateurs de betteraves de Flandre-Orientale. Toujours au rayon des classiques intégrés à la biennale, trois représentants de l'école hollandaise, Carel Willink, Charley Toorop et Charles Picqué. Ce dernier, hors parenté avec l'élu bruxellois socialiste, est moins percutant que son collègue Willink dont les portraits sous influence de réalisme magique, font mouche. Le directeur du Mudel s'enthousiasme sur les " instantanés ", par exemple ceux de grands patrons saisis par Willink au détail près, qu'il s'agisse des rayures millimétrées du costume ou d'un regard soutenu. Mais comme dans les deux autres musées partenaires de la biennale, il s'agit aussi de juxtaposer les époques et de jouer au ping-pong entre les décennies, voire les siècles. Alors que la jeune Gantoise Joëlle Dubois installe une série de dessins érotiques à même le mur, notre attention se porte sur une salle entièrement occupée par les fantasmes de Kristof Van Heeschvelde, autre artiste régional proposant des affiches sur tissu où il est question de la génération selfie, de l'autopromotion et de l'individu comme marque à vendre. Le trait est nuageux, les couleurs pastels, le réalisme quasi figuratif et l'ironie évidente. Mais si l'on ne devait retenir qu'un seul nom de ce que présente le Mudel à la biennale, ce serait celui d'Olga Fedorova. Cette artiste russe, longtemps privée d'atelier avant qu'elle ne s'installe à Bruxelles, a conçu des oeuvres initialement sur ordinateur. Elles sont tirées sur le genre de support qui fabrique aussi les cartes postales en relief, mais loin d'être de la 3D bon marché, ces montages hologrammes tirent vers le fantastique et possèdent une aura de poésie, de mystère et d'inconnu visuel. Avec ces images bruxello-russes en tête, on roule une autre dizaine de kilomètres, jusqu'au centre de Machelen-aan-de-Leie où le troisième musée est planté en plein village. Il est baptisé du nom de Roger Raveel (1921-2013), peintre local. " Pendant longtemps, Raveel a été ignoré des habitants de Zulte, l'une des trois entités de Machelen, raconte Mélanie Boutte, la directrice trentenaire en place depuis 2020. Et puis, le temps a fait son oeuvre et on a fini par reconnaître son espace et son talent. " Les peintures abstraites de Raveel (qui bénéficiera d'une expo en 2021 à Bozar) s'installent donc naturellement dans la biennale, par exemple dans le voisinage des créations de Jan Vercruysse, artiste conceptuel mort en 2018. Ici représenté par ce qui pourrait être une armoire géante, sorte de meuble Ikea pour très grandes personnes et appartement surdimensionné. " Cela s'assemble comme un meuble en kit, et on a du mettre un jour et demi à le monter, indique Mélanie Boutte. Et non, il n'est pas permis d'y entrer ( sourire). Cela renvoie à l'idée d'espaces confinés : c'est à la fois sculptural et mystérieux. On découvre cela avant de voir les photographies expérimentales de Jean-Marc Bustamante et puis, beaucoup d'autres choses, comme ce film expérimental réalisé par Chantal Akerman, alors jeune cinéaste. " Une cour sépare les bâtiments modernes de la maison originale, un presbytère du 19e siècle incorporé au musée. Jolie juxtaposition d'une agréable tranquillité provinciale. Mélanie Leboutte ne cache pas son enthousiasme à l'idée de regrouper son musée et les deux voisins dans une collaboration culturelle nécessaire aux temps difficiles. " Oui, on attend les visiteurs avec toutes les précautions d'usage et un prix imbattable : 12 euros pour visiter les trois musées, explique-t-elle. J'espère que cela va fonctionner dans un contexte où la culture en Flandre est, comme vous le savez, soumise à forte pression et à de nombreuses coupes budgétaires. "