En 2022, l'Allemagne entreprendra une gouvernance innovante, et pas uniquement parce que ce sera la première fois en 16 ans qu'une autre personne qu'Angela Merkel sera aux commandes. Pendant plus de 60 ans, l'Allemagne a été dirigée par une succession de coalitions bipartites. Pendant trois de ses quatre mandats, l'alliance chrétienne-démocrate conservatrice de Merkel (CDU/CSU) a mené de "grandes coalitions" centristes avec les sociaux- démocrates (SPD). Mais l'électorat allemand s'est fragmenté, et le gouvernement qui a émergé des élections de septembre 2021 est composé de trois partis. Il s'agit d'une coalition "feux tricolores" dirigée par le SPD, avec les Verts et les libéraux démocrates (FDP) pro-entreprises comme partenaires juniors (le nom est dérivé des couleurs respectives des partis, avec le rouge pour le SPD et le jaune pour le FDP). Cette expérience tripartite fonctionnera-t-elle? Les optimistes espèrent que cette coalition "feux tricolores" pourrait être meilleure que la somme de ses par...

En 2022, l'Allemagne entreprendra une gouvernance innovante, et pas uniquement parce que ce sera la première fois en 16 ans qu'une autre personne qu'Angela Merkel sera aux commandes. Pendant plus de 60 ans, l'Allemagne a été dirigée par une succession de coalitions bipartites. Pendant trois de ses quatre mandats, l'alliance chrétienne-démocrate conservatrice de Merkel (CDU/CSU) a mené de "grandes coalitions" centristes avec les sociaux- démocrates (SPD). Mais l'électorat allemand s'est fragmenté, et le gouvernement qui a émergé des élections de septembre 2021 est composé de trois partis. Il s'agit d'une coalition "feux tricolores" dirigée par le SPD, avec les Verts et les libéraux démocrates (FDP) pro-entreprises comme partenaires juniors (le nom est dérivé des couleurs respectives des partis, avec le rouge pour le SPD et le jaune pour le FDP). Cette expérience tripartite fonctionnera-t-elle? Les optimistes espèrent que cette coalition "feux tricolores" pourrait être meilleure que la somme de ses parties. Les Verts pourraient donner l'élan dans l'action contre le changement climatique ; le FDP pour la bureaucratie et la numérisation. Ensemble, les deux petits partis pourraient trouver un terrain d'entente sur des projets liés aux libertés civiles, tels que la légalisation de la marijuana et la révision de la législation obsolète sur la citoyenneté allemande. Pendant ce temps, le nouveau chancelier SPD Olaf Scholz utilisera son influence pour piloter la prochaine phase de la transition industrielle de l'Allemagne et rassurer les partenaires européens qu'il pratique l'art du consensus, à l'instar de sa prédécesseure. Après les années de gestionnariat d'Angela Merkel, les partis tenteront de se présenter comme une force collective au service de la modernisation. Pourtant, leur méfiance mutuelle risque également de provoquer l'incohérence et la paralysie. Si le FDP, peu enclin à s'endetter, parvient à obtenir le ministère des Finances, par exemple, les Verts auront besoin d'être rassurés sur le fait que leurs ambitions en matière de dépenses ne seront pas bridées à chaque proposition. Les partis ont des points de vue divergents sur les règles budgétaires de l'Union européenne et sur les dépenses de relance financées par la dette.De telles préoccupations se traduiront par un accord de coalition trop détaillé, qui limitera la flexibilité du gouvernement. En matière de fiscalité, la coalition pourrait se heurter à des obstacles au Bundesrat, la chambre haute de l'Allemagne, où les partis qui la composent ne peuvent se targuer d'une majorité. Un gouvernement miné par les désaccords pourrait ne pas être à la hauteur pour faire face aux nombreux défis de l'Allemagne. Il s'agit notamment de s'adapter à la contraction prochaine de la main-d'oeuvre, de planifier des objectifs stricts de réduction des émissions de carbone et de prendre une décision imminente sur l'opportunité et la manière de remplacer la flotte vieillissante d'avions Tornado dont dépendent les Etats-Unis pour le transport des armes nucléaires stationnées en Allemagne. La tâche la plus importante sera de répondre aux besoins d'investissement dans le domaine du climat et du numérique, ce qui représente plusieurs centaines de milliards d'euros. Le frein constitutionnel à l'endettement de l'Allemagne limite les emprunts, ce qui signifie que le nouveau gouvernement devra user d'astuces pour contourner les limites budgétaires. Cela s'avérera plus difficile dans un contexte d'encadrement fiscal, après des années d'abondance. L'Allemagne a contracté une dette de 400 milliards d'euros pendant la pandémie et les réticences du FDP à consentir des augmentations d'impôts ou à toucher au frein à l'endettement se traduiront par une pression pour sabrer les dépenses. Le maigre budget de la défense, qui a longtemps été un sujet sensible pour les alliés de l'Otan, semble vulnérable. La politique allemande sera en tout cas plus mouvementée. Le nouveau Parlement est plus jeune et plus coloré que le précédent. Il comprend notamment une nouvelle génération ambitieuse de députés de gauche du SPD et des Verts. Les électeurs de quatre Etats fédérés se prononceront sur le nouveau paysage politique de l'Allemagne en 2022. Parmi eux, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui est aussi le plus grand. Les élections, en mai, seront par ailleurs le premier test grandeur nature pour les principaux partis, notamment la CDU, qui est reléguée dans l'opposition nationale pour la première fois depuis 2005. Le parti va s'enfoncer dans d'âpres luttes intestines sur la meilleure façon de se repositionner dans l'ère post-Merkel. Les éléphants du parti - dont Norbert Röttgen, spécialiste des affaires étrangères, et Friedrich Merz, coqueluche de l'aile droite - se disputeront le leadership pour réinventer un parti qui panse ses plaies après son échec électoral de septembre. Après le long règne d'Angela Merkel, l'expérience de son parti dans l'opposition se limitera à sa propre expérience politique.