Laurence Rigolet a appris la perte de la deuxième étoile deux jours avant la cérémonie par Werner Loens, directeur Benelux du Guide Michelin, alors qu'elle guidait sa fille dans le premier essayage de sa robe de mariée... Ce soir-là avant le service, c'est un personnel en pleurs qui a pris la nouvelle comme une gifle. Quasi une semaine plus tard, l'orage est passé mais la pilule reste dure à avaler. "Je suis désemparé, susurre Lionel Rigolet. C'est très dur, surtout quand on ne sait pas ce qu'on vous reproche. Heureusement, nous n'allons pas devoir attendre deux ou trois mois pour voir notre dossier. Un rendez-vous sera fixé beaucoup pl...

Laurence Rigolet a appris la perte de la deuxième étoile deux jours avant la cérémonie par Werner Loens, directeur Benelux du Guide Michelin, alors qu'elle guidait sa fille dans le premier essayage de sa robe de mariée... Ce soir-là avant le service, c'est un personnel en pleurs qui a pris la nouvelle comme une gifle. Quasi une semaine plus tard, l'orage est passé mais la pilule reste dure à avaler. "Je suis désemparé, susurre Lionel Rigolet. C'est très dur, surtout quand on ne sait pas ce qu'on vous reproche. Heureusement, nous n'allons pas devoir attendre deux ou trois mois pour voir notre dossier. Un rendez-vous sera fixé beaucoup plus vite." En une semaine, le couple Rigolet a reçu des milliers de marques de soutien. "Nous ne nous attendions pas ça, confie Laurence Rigolet. C'est un cadeau magnifique qui nous permet de tenir. Tous nous disent de ne pas changer. De toute manière, malgré la perte de cette étoile, nous ne changerons pas notre ADN. Nous n'allons pas faire des tomates-crevettes tout de même? Ceci dit, économiquement, ce ne va pas être simple à gérer. Nous étions le deux étoiles le moins cher de Bruxelles, nous sommes aujourd'hui sans doute le 'une étoile' le plus cher. A côté de produits de qualité très onéreux, la façon dont notre maison tourne depuis des décennies engendre de grands coûts de fonctionnement. Ne pas changer notre ADN implique de continuer de la sorte. Il va falloir voir comment la clientèle va réagir." Jusqu'ici, elle suit le couple puisque le restaurant affiche complet à tous les services ou quasi. "Nous étions complets, midi et soir, le jour de l'Ascension, poursuit la fille de Pierre Wynants. Du jamais vu depuis des lustres! Pour en revenir au guide, je suis un peu surprise du texte écrit. Il parle de notre concept Riwyne (une table dans la cave pour 8 à 12 personnes avec un menu unique à 89 euros et des plats différents du Comme Chez Soi, Ndlr). J'espère que les inspecteurs ne s'imaginent pas que c'est la même cuisine qu'en haut et que nous n'avons pas été punis pour ça. Le Lounge de la Villa Lorraine, ce n'est pas la Villa non plus... En outre, ils ne parlent que des plats de mon papa comme la mousse de jambon ou les soles au riesling. Mais ceux-ci ne sont plus dans les menus! Nous les gardons à la carte car ils sont emblématiques de notre maison. Si je les enlève, je perds des centaines de clients." Sur ce que certains appellent l'hégémonie flamande sur les étoiles, le couple préfère rester prudent. "Ce qui est certain, c'est que la Flandre soutient plus ses chefs, déclare Lionel Rigolet. Il suffit de regarder les aides que nos confrères flamands ont reçues pendant le covid. Il y a au nord du pays une vraie fierté vis-à-vis de la gastronomie. Il y a énormément d'événements soutenus par les pouvoirs publics qui mettent les chefs en valeur. Il n'y a rien de tout cela à Bruxelles et en Wallonie. C'est dommage. Génération W, c'est chouette mais ils n'ont pas de moyens car ils ne sont pas soutenus." "En Scandinavie, conclut Laurence Rigolet, l'Etat finance la participation des chefs prometteurs au Bocuse d'Or. Cela coûte très cher mais cela a mis la gastronomie de ces pays sur la scène mondiale. Il faut savoir ce qu'on veut..."